Hamid Chabat convoque le conseil national, conseil de discipline pour les contestataires
Le parti de l’Istiqlal a annoncé la tenue, samedi 31 décembre, d’un Conseil national extraordinaire. Les spéculations vont bon train sur l’éviction de Toufik Hjira ou le départ de Hamid Chabat, mais il faudra attendre que les notables du parti qui disposent de troupes électorales annoncent leurs positions.
La réunion programmée au lendemain des déclarations critiques de Toufik Hjira, président du parlement du parti, contre Hamid Chabat donne l’impression que ce dernier veut reprendre la main. Hamid Chabat a signé un communiqué où il annonce que des membres du comité exécutif qui ont fait des déclarations à la presse dans lesquelles ils désavouent le dernier comité seront traduits en conseil de discipline (fac-similé ci-après).
"Malgré sa bourde énorme, qui aurait entraîné une démission volontaire chez n’importe quel autre leader politique digne de ce nom, Hamid Chabat s’accrochera à son poste, contre vents et marées".
C’est en ces termes qu’un membre de la direction de l’Istiqlal analyse, pour Médias24, en requérant l’anonymat, la décision du secrétaire général de convoquer un Conseil national extraordinaire pour se débarrasser du numéro 2, qui a eu "l’outrecuidance de ne pas le soutenir".
Notre interlocuteur, bien placé dans l’appareil, affirme que malgré le mécontentement général, les statuts de l’Istiqlal ne permettent pas de destituer le secrétaire général après ses déclarations sur la prétendue marocanité de la Mauritanie.
"L’Istiqlal est une vieille machine qui n’a rien à voir avec le RNI et Chabat qui est super orgueilleux, ne partira pas. De plus, ses lieutenants qui aspirent à devenir ministres amplifient la moindre déclaration des rares mécontents qui osent le critiquer publiquement", conclut-il, pessimiste.
Selon un autre ténor du parti, prédire le départ volontaire de Chabat n’a aucun sens, malgré la réprobation de certains cadors comme Yasmina Baddou ou Toufik Hjira.
"Tant que les trois grands notables Ali Quayouh, Noureddine Médiane et Hamdi Ould Rachid ne se sont pas prononcés pour ou contre lui, rien ne bougera à l’Istiqlal. La raison est qu’ils disposent de troupes très importantes dans les régions du Souss Massa, du Nord et du Sud. S’ils décident de le lâcher, le secrétaire général n’aura d’autre choix que de partir mais pour l’instant, les positions de Toufik Hjira ou Yasmina Baddou ne changeront rien du tout, car ils ne disposent pas de troupes. A mon avis, Chabat a convoqué le Conseil national pour organiser après un Congrès extraordinaire qui lui permettra de reporter d’un an l’élection du futur secrétaire général prévue début 2017".
Cette pirouette lui permettrait donc de se maintenir à la tête du parti pour une année supplémentaire, le temps de circonscrire l’incendie qui couve au sein du parti.
Interrogé par Médias24, Karim Ghellab, d’ordinaire très discret, rejoint ses collègues contestataires en condamnant fermement le dernier discours de Chabat devant les syndicalistes d l’UGTM.
"Je ne comprends pas le fond de ses déclarations et encore moins le timing choisi, même s’il est devenu coutumier de ce genre d’attaques provocatrices qui nuisent à notre parti. A cause de ses changements imprévisibles à 180 degrés, la lisibilité des positions de l’Istiqlal n’est plus claire pour les citoyens et les militants. Il ne consulte ni le comité exécutif ni le Conseil national", se désole Ghellab.
Pour l’ancien président de la Chambre des représentants, il faut désormais faire la différence entre le parti et Hamid Chabat, qui en fait partie, mais qui lui nuit par son comportement incontrôlable.
"Je prends mes distances avec le secrétaire général, même si certains n’osent toujours pas s’exprimer par crainte de remontrances ou de représailles. Même s’il tient l’appareil avec ses obligés, sa légalité est désormais artificielle, car il ne respecte pas les règles du parti", ajoute t-il.
Malgré les risques, l’ancien ministre de l’équipement annonce qu’il refuse de se taire plus longtemps, car son "silence contribuerait à alimenter un complot contre les intérêts de l’Istiqlal".
A la question de savoir s’il réclamait la tête de Hamid Chabat, Ghellab a préféré ne pas répondre directement. Cela ne l’a pas empêché d’affirmer qu’il se démarquait de sa ligne politique pour donner une chance et un autre visage au PI en créant un mouvement constructif pour l’avenir du parti.
Sur les chances de Chabat d’obtenir un nouveau mandat de secrétaire général, Ghellab laisse la décision à la base, tout en émettant un jugement édifiant et sans appel sur son bilan de patron de parti.
"En 2007, nous étions le premier parti du Maroc en nombre de sièges au Parlement et aujourd’hui, nous sommes troisièmes, avec un écart énorme par rapport au PJD et au PAM. Le PI est sur une pente dangereuse et pour moi, il est temps que nous en tirions tous les conclusions qui s’imposent car ce parti historique appartient aux Marocains et pas à un seul homme", conclut notre interlocuteur.
Ci-dessous, le communiqué du secrétaire général, annonçant les mesures disciplinaires (source goud.ma):

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