USFP: ni la notabilisation ni le retour dans l'opposition n'ont empêché la débâcle
L'USFP est le plus gros perdant de ce scrutin. Même son pari de retour à l'opposition ne l'a pas sauvé. Ruralisation, notabilisation, progression des islamistes... Retour sur une débâcle en plusieurs temps.
C'est sans aucun doute le grand perdant de ce scrutin. Alors qu'on continuait à attendre les résultats avec excitation ce 7 octobre au soir dans tous les QG de campagne du pays, le siège de l'USFP se vidait vite. Le parti de la rose est celui qui a perdu le plus de sièges, 19 au total. Même son pari de retour à l'opposition aura été vain...
Ruralisation de l'USFP, progression du PJD
Les prémices du recul électoral apparaissaient dès 2002.
Lors de ce scrutin législatif, le premier du règne de Mohammed VI et après l'expérience amère du gouvernement de transition auquel a participé l'USFP, cette dernière enregistre des reculs.
L'historien Ghassan Lamrani remarque que beaucoup de candidats sont élus de justesse. En 2007, confirmation de la tendance : le parti, qui conservait encore sa place de premier parti du Parlement, en devient le cinquième... Une perte d'environ 300 000 voix.
C'est qu'un nouveau concurrent s'est présenté. La progression du PJD, en effet, les analystes la corrèlent systématiquement au discrédit de l'USFP. Dès 2002 le PJD a percé sur les terres de la rose. En 2007, il s'affirme dans les fiefs socialistes historiques de Marrakech et Agadir. Le rythme de la valse est clair: là où l'USFP recule, le PJD progresse.
En 2011, les islamistes doublent le parti de la rose dans 72 circonscriptions. Le PJD arrive en tête dans des bastions roses, à Agadir-Inezgane, Casablanca et Rabat... Le parti à la fleur est plus affaibli que jamais. Son influence, en général, dans la société, décline: son journal Al Ittihad al Ichtiraki, est passé de 100.000 exemplaires vendus par jour en moyenne en 1997 à 8.000 en 2008.
Dans le même temps - entre 2007 et 2011-, s'opère un véritable changement dans la cartographie politique: le parti social-démocrate, urbain de nature, ne résiste plus que dans les zones rurales.
La politologue Mounia Bennani-Chraïbi remarque qu'avec le nouveau règne, les sociaux-démocrates ont totalement changé leur logiciel. Ils ne recrutent plus avec sévérité des militants triés sur le volet. Ils s'ouvrent aux entrepreneurs, aux hommes d'affaires et même à leurs ennemis d'hier, les membres de partis qu'ils disaient être "d'administration"...
Une "notabilisation" en règle, un remplacement du "capital militant" par le capital individuel. Le phénomène était déjà perceptible lors des communales de 2003, remarque Lamrani: les sociaux-démocrates reculaient dans les villes, mais pour la première fois, perçaient dans le monde rural de manière significative.
En 2007, pour la première fois, la majorité des sièges de l'USFP ont été remportés par des élus de petites villes et, rappelle Lamrani, "bon nombre de ces sièges sont occupés par des personnalités ayant déjà exercé la fonction d'élus sous d'autres couleurs politiques et qui viennent d'intégrer le parti".
Des crises, encore et toujours
Le chercheur Abderrahim El Maslouhi découpe en quatre moments la trajectoire de l'USFP (précédemment UNFP): "la gauche gouvernementale (1959-1960), la gauche subversive (1960-1974), la gauche opposition institutionnelle (1974-1998) et la gauche gouvernementale (1998-2007)".
Après cette dernière séquence, il faut avouer qu'il devient même difficile de suivre la logique du parti. Depuis quelques années, de départs des cadres les plus efficaces (Ali Bouabid, Omar Balafrej, Ali El Yazghi, Abdelali Doumou...) en tentatives de relancer le parti (Appel pour une nouvelle USFP, opération Refondation-USFP...), en passant par les guerres intestines minant jusqu'à son bras syndical la Fédération démocratique du travail (FDT), l'USFP semble au bord du gouffre. Inerte, sauf dans la fracture, elle est coincée entre les nouveaux arrivants PJD et PAM, qui comptent lui ravir ses derniers réservoirs électoraux et un renouveau à gauche qui s'opère sans elle, si ce n'est contre elle.
Ce 7 octobre, Omar Balafrej, ancien de l'USFP qui se présentait sous les couleurs de la Fédération de la gauche démocratique, remportait un siège dans la circonscription historiquement rose, l'Océan, où Mehdi Ben Barka avait été élu en 1963 et que l'ancien maire de Rabat Fathallah Oualalou a précédemment occupé.
En 2011, le parti a opéré un revirement stratégique, mais même ce pari de retour à l'opposition en vue de remobiliser un électorat et travailler en interne est, au vu des résultats du 7 octobre, un échec. Une piste de compréhension possible : le retour à l'opposition ne s'est pas accompagné d'une révision de la politique de "notabilisation" dont parlent les chercheurs: les militants, les "fils du parti" et les historiques sont une minorité parmi les élus qu'aligne le parti en 2016.
Scissions à répétition, crise de l'idéologie socialiste, progression de l'islamisme, qui met la main sur les syndicats étudiants, changement du comportement électoral (la baisse du taux de participation dont l'USFP est une des premières victimes), érosion de l'identité à l'exercice du pouvoir, conséquences de l'alternance ou encore de la libéralisation de la vie économique durant cette dernière période...
Autant de faits qui, selon Ghassan Lamrani, ont eu raison d'un parti historique, incapable de se renouveler.
Cliquer sur les cartes pour les agrandir.

L'intensité de la couleur dépend de la "densité" en nombre de sièges.
La densité est calculée comme suit: (nombre de sièges obtenus par le parti/ nombre total de sièges dans la circonscription).
Si un parti obtient 2 sièges sur 3, la densité est de 66,66%
Évolution en pourcentages de la présence de l'USFP et du PJD au Parlement.
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