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Versions contradictoires autour du limogeage du directeur de la marine marchande

MISES A JOUR. Comme nous l’avions promis à nos lecteurs, nous avons poursuivi nos recherches sur l’affaire du limogeage du directeur de la marine marchande et sur la rapidité avec laquelle le nouveau ferry, le Diagoras, a obtenu une autorisation provisoire de la part du ministère de tutelle. Voici une seconde mise à jour de notre article.

Versions contradictoires autour du limogeage du directeur de la marine marchande
N. F.
Le 11 juillet 2016 à 10h18 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Au départ, une info: Reda Chakour, directeur de la Marine marchande, vient d’être remplacé et un successeur a été désigné à titre intérimaire. Cette information aurait pu passer inaperçue si les raisons de ce remplacement étaient banales. De plus, M. Chakour exerçait depuis seulement une année. Avant lui, il n’y avait pas eu de directeur depuis quelques années.

Différentes sources du domaine maritime imputent la décision de Aziz Rabbah de se séparer de M. Chakour au refus de ce dernier de violer la procédure en vigueur en matière d’immatriculation d’un navire de la nouvelle compagnie AML, fruit d’une association entre BMCE et l’armateur grec Attica. Il s’agissait du ferry le Diagoras.

Selon ces sources, le ministre de l’Equipement et du transport tenait à ce que le navire d’AML puisse démarrer son activité en même temps que l’opération Marhaba 2016 et sous pavillon marocain. Pour cela, il a exigé que l’immatriculation se fasse dans les plus brefs délais. Seulement, cette procédure exige un mois au minimum, selon des sources professionnelles concordantes. Le temps de procéder à toutes les vérifications nécessaires (calculs de stabilité du navire, de son étanchéité, approbation des plans…) et de délivrer les certificats requis, une vingtaine de certificats au total.  

"Il y va de la vie des passagers. Il s’agit d’une expertise qui n’est pas à la portée du ministère. Seuls des bureaux spécialisés sont à même de réaliser tous ces tests", souligne une source professionnelle.

"Ce navire ne disposait pas des certificats fournis par un bureau indépendant, mais seulement de certificats délivrés par le gouvernement grec, ce qui ne pouvait qu’allonger les délais. Le bureau Veritas avec lequel des responsables du ministère se sont réunis a exigé au moins 15 jours pour procéder aux vérifications", ajoute la même source.

Le Roi Mohammed VI était présent le 29 juin au port de Tanger Med au moment du lancement de la nouvelle compagnie qui a utilisé le ferry Diagoras sous pavillon marocain. Différentes sources du transport maritime sont convaincues que Aziz Rabbah, ministre de tutelle, a voulu accélérer l'immatriculation pour pouvoir arborer un pavillon marocain ce jour-là. D'autres sources évoquent une "nationalité provisoire" accordée au bateau.

Contacté mardi 5 juillet, avant la publication de l’article, Aziz Rabbah a démenti par sms, en deux mots, sans accepter d'entrer dans les détails.

MISE A JOUR. Contacté de nouveau ce vendredi  8 juillet, M. Rabbah a refusé de répondre à nos questions, pourtant simples et précises. “Je ne réponds pas à Médias 24, écrivez-le“, a-t-il répété à plusieurs reprises.

Ce que nous avons compris de cet appel téléphonique qui a duré deux minutes, c’est que le ministre n’admet pas que des accusations contre lui soient publiées. En d’autres termes, Médias 24 devait censurer l’information sur le départ de M. Chakour et sur les interprétations qui en ont été faites par la profession.

Cela étant dit, il a également répété en boucle qu’il a un seul objectif: “ressusciter le pavillon marocain“.

D’autres sources professionnelles marocaines du secteur maritime estiment que les lois marocaines dans ce domaine ont besoin d’être toilettées. Reda Chakour n’a fait qu’appliquer la loi et des textes datant parfois de 1936. Et c’était la responsabilité du ministre que d’en faire la mise à jour. Peut-on reprocher à la compagnie marocaine de demander une autorisation provisoire et un traitement rapide de son dossier? Peut-on reprocher à M. Chakour d’exiger des certificats indépendants et un équipage à 100% marocain, chose prévue dans les textes mais peut-être dépassée?

La version la plus plausible à ce stade, c'est qu'après le départ de M. Chakour, le ferry Diagoras s'est vu octroyer une autorisation provisoire, probablement de trois mois, en attendant un statut définitif. Ce bateau avait déjà été autorisé par le Maroc, sous pavillon grec. Ce qui pose problème, c'est le transfert sous pavillon marocain.

Joint par Médias 24, Mfadel Lahlaissi, DG en charge de la banque de l’entreprise à BMCE Bank et président de la nouvelle compagnie AML (Africa Morocco Link, créée par BMCE), nous confirme la version qui circule dans les milieux maritimes: “Othmane Benjelloun, président du groupe BMCE, a fait acte de patriotisme en voulant ressusciter le pavillon marocain. Il n’a pas voulu démarrer la compagnie, ni la présenter à Sa Majesté, avec des ferries affrétés. Il voulait que l’on démarre avec au moins un ferry en acquisition“. Ce fut le Diagoras.

“Nous avons voulu une vraie compagnie, performante, digne du Maroc“, ajoute M. Lahlaissi, qui précise que le second ferry El. Venizelos, démarre ses activités cette fin de semaine sur Tanger-Algesiras et qu’il pourrait être affecté ultérieurement à la liaison Tanger-Sète.

2e MISE A JOUR. Samedi 9 juillet, le journal Maritime News, qui est l’organe de l’actualité maritime marocaine, publie sa version concernant le départ de Reda Chakour.

Le journal accuse l’ex-directeur de la marine marchande d’une mauvaise gestion du département. Selon lui, ce limogeage était “attendu et réclamé par les professionnels“. Il affirme que les fonctionnaires de cette direction étaient en grève ouverte depuis deux mois.

D’autres décisions “contestables“ ont été prises par M. Chakour selon la même source telles que le déménagement des bureaux de la Direction de la marine marchande de Casablanca à Rabat où réside ce directeur“. Sur les 60 cadres que comptait la direction, 30 ont été limogés, accuse le journal.

“La commission de sécurité maritime de la DMM sans moyens humains pour effectuer ses missions“, poursuit le journal, et le directeur finit par déléguer tous les pouvoirs de contrôle de sécurité, à des intervenants externes, et en particulier Bureau Veritas, sans que le cadre juridique de ce transfert de prérogatives n’aient été clarifié.

On arrive enfin à l’affaire Diagoras: selon le journal, “une décision de haut lieu ordonne que le 1er navire de la nouvelle compagnie nationale AML soit immatriculé sous pavillon marocain“. Cette source accuse le directeur Chakour d’avoir délégué le travail de contrôle préalable à Veritas qui a demandé un mois de délai.

Le limogeage s’est alors imposé, conclut le journal.

Voici donc une nouvelle version des faits. Elle confirme que l’immatriculation du Diagoras se trouve au centre de ce limogeage. Le quotidien Al Akhbar publie ce lundi matin une version proche de celle de Maritime News.

Il manque l’explication du ministre Aziz Rabbah qui refuse de parler à visage découvert ni de répondre à Médias 24.

Deux questions se posent:

- la navigation du Diagoras est-elle sécurisée? Parce que le pouvoir régalien d’immatriculation passe après la sécurité des passagers. Le ministère a-t-il la compétence suffisante pour certifier les navires et en contrôler la sécurité?

-si l’on suppose que la version de Maritime News est vraie à 100%, ce qui est possible, pourquoi le ministre a-t-il laissé faire autant de dégâts jusqu’au mois de juin?

De notre côté, nous avons obtenu le témoignage d’un opérateur maritime très critique vis-à-vis de l’action de Reda Chakour, accusé de bloquer tous les dossiers et de canaliser les contrôles de sécurité systématiquement vers des bureaux étrangers.

3e MISE A JOUR. LA VERSION DE REDA CHAKOUR. Lundi 11 juillet, Médias 24 a contacté l'ancien directeur de la marine marchande Reda Chakour, mis en cause par différentes sources et défendu par d'autres. Voici sa version:

-A mon arrivée à la tête de la direction de la Marine marchande, en janvier 2015, j'ai demandé une audit générale du département. Elle a été effectuée par l'inspection générale du ministère qui a travaillé dessus pendant plusieurs mois. Le rapport qui fait un millier de pages, a mis en lumière différents dysfonctionnements internes.

Le ministre a alors procédé à la révocation d'une dizaine de cadres.

-Les sociétés de classification. Nous avons travaillé sur la base du décret n'°2-92-438 du 17 juin 1992. Ce décret liste les sociétés de classification autorisées ou reconnues par le Maroc. J’ai demandé à ce que cette liste soit mise à jour et élargie et le ministre a donné son accord.

Je rappelle que dans le cas d’une certification, c’est l’armateur qui choisit lui-même la société à laquelle il va faire appel, à condition qu’elle figure dans la liste des sociétés agréées.

Nous avons également actualisé les accords qui nous lient à ces sociétés de classification, en ajoutant une clause selon laquelle à n’importe quel moment, l’Etat peut reprendre ses prérogatives.

-J’ai demandé des ressources humaines supplémentaires sans lesquelles il est impossible de réaliser des certifications par nos propres moyens. Nous avons besoin d’au moins 20 inspecteurs. Je n’ai rien obtenu.

-Je n’ai pas bloqué de dossiers : l’année dernière, nous avons immatriculé un porte-conteneurs et deux pétroliers.

-Il faut se référer aux pv des réunions qui sont explicites.

-Le certificat de ligne de charge, relatif à la stabilité du bateau, sa flottabilité, n’a jamais été délivré par le Maroc. Il a toujours été fait appel à une société indépendante. C’est aussi le cas dans des pays européens comme la France.

-Le problème provient de ceci: le ministre nous a demandé une immatriculation en deux jours. Le calendrier technique du bateau ne coïncidait pas au calendrier politique du ministre.

-Dans le cas du Diagoras, je précise que le bateau est âgé de 28 ans et qu’il a fallu lui octroyer une dérogation, parce que le code maritime marocain [de 1919, NDLR), interdit les bateaux de plus de 25 ans d’âge.

-Pour ce qui concerne le déménagement de la direction de la marine marchande de Casa à rabat, elle a été ordonnée par le ministre, pour une raison simple: le bâtiment qui était le siège de la direction à Casa a été récupéré par le projet de Wessal qui nous a demandé de quitter au plus tard en septembre.

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N. F.
Le 11 juillet 2016 à 10h18

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