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Législatives. La campagne électorale s’annonce chaude

La tension est montée d’un cran dans le champ politique, au cours de la semaine écoulée. Déclarations, alliances, repositionnements, la campagne électorale va être chaude.

Législatives. La campagne électorale s’annonce chaude
R. B.
Le 26 juin 2016 à 17h19 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Trois thèmes majeurs occupent le premier plan de la pré-campagne électorale:

-l’économie: bilan économique du gouvernement Benkirane et recherche d’un nouveau modèle économique ;

-la démocratie ;

-le projet de société, avec notamment la place des libertés individuelles.

A côté de cela, le leader d’un parti important, l’Istiqlal, se repositionne sur l’échiquier et se rapproche du PJD.

Après avoir insisté le lundi 20 juin sur le référentiel islamique sur lequel s’appuie son parti, Hamid Chabat a lancé la grosse artillerie contre le PAM, empruntant le même vocabulaire que le PJD et dénonçant ce qu’il appelle le “tahakkoum“ [visées hégémoniques, volonté de domination].

Un dirigeant de l’Istiqlal contacté par Médias 24 estime que Hamid Chabat prépare son parti et l’opinion à la défaite électorale qui s’annonce, en désignant à l’avance un coupable. Pour lui, la prochaine défaite sera évidemment le résultat d’un complot.

Samedi, Chabat a réuni un Conseil national que son propre président Toufi Hejira a boycotté.  Il y a repris les mêmes thèmes, complot, lutte contre le “tahakkoum“, attaques contre le PAM. Le même jour, le quotidien Al Massae publiait une longue interview de Chabat, d’une rare violence.

En gros, le PAM est accusé d’être “plus puissant que la primature; c’est lui qui a provoqué les problèmes que connaît l’Istiqlal; c’est le PAM qui a choisi plusieurs responsables du ministère de l’Intérieur, ainsi que dans l’administration publique“. M. Chabat fait allusion aux recours contre Yanja Khettat, président de la région de Dakhla-Oued Eddahab, aux poursuites contre ses deux fils, aux manœuvres électorales lors de l’élection du Conseil régional de l’Oriental.

Après avoir donc quitté le gouvernement d’une manière spectaculaire en 2013 et demandé sans succès un arbitrage royal, Hamid Chabat s’était attaqué au PJD et à son chef Abdelilah Benkirane, d’une manière personnelle et avec une rare violence.

Maintenant, il a manifestement regretté son geste et revient à sa première alliance avec le PJD.

Le 7 octobre, les électeurs diront ce qu’ils en pensent.

L’économie, la compétence, la gouvernance

Tous les partis essaient d’écouter et de se faire entendre par la CGEM et si ce n’est la CGEM, par les opérateurs économiques. Tous travaillent sur un programme économique.

Le bilan économique du gouvernement fait l’objet d’un tir groupé. Le ralentissement économique constaté cette année, la décélération du crédit, la persistance des délais de paiement, tout cela a alerté la Banque centrale et la CGEM. Les deux étaient dans leur rôle en adressant un mémorandum au chef du gouvernement, mais ils ont été accusés de faire de la politique ou de comploter contre le PJD. Pourtant, ni la CGEM ni la Banque centrale n’ont médiatisé le contenu du mémorandum, lequel circule par contre allègrement dans les couloirs du gouvernement.

Côté gouvernement, il y a deux sons de cloche:

-le PJD met en avant un bilan économique positif, avec notamment une amélioration des grands équilibres.

-le RNI, qui a en charge le pôle économique, a une position plus difficile. La partie positive du bilan économique est bien la sienne, hormis le démantèlement des subventions qui doit être mis à l’actif du chef du gouvernement. Par contre, inflexion de la politique économique, nouveau modèle économique, le RNI a-t-il eu vraiment la main?

Côté opposition, les critiques pleuvent:

-on juge un bilan aux réformes qui ont été conduites. Le démantèlement des subventions n’est pas une réforme à proprement parler. Les seules vraies réformes ont été faites dans le domaine des finances publiques par le RNI. D’autres réformes, plus importantes, comme l’enseignement, ont été validées et certainement initiées par le Palais.

-le ralentissement économique n’a pas été anticipé, rien n’a été fait pour le contrer, il n’y a pas eu de réactivité suffisante.

-l’entreprise n’est pas au cœur des préoccupations de la primature; la loi sur la grève, la compétitivité de l’économie, ne sont pas prioritaires. Par contre, ce qui relève de l’image l’est: classements internationaux,  satisfaction des électeurs.

-le tourisme n’a jamais été compris ni considéré, Haddad s’est battu seul. Le chômage est en hausse et sans la baisse de la population active, la hausse aurait été plus forte. Le chômage des jeunes en milieu urbain a explosé, c’est une bombe à retardement. La démographie estudiantine connaît une hausse vertigineuse, provoquée en partie par l’augmentation des bourses. La création d’emplois est un échec indéniable.

 -beaucoup sont convaincus que si le PJD avait tenu le pôle économique du gouvernement, le bilan aurait été catastrophique. En tout cas, de nombreuses critiques sont adressées aux ministres PJD tels que Rabbah et Boulif.

-A l’instar de ce que laisse entendre Adil Douiri, beaucoup pensent aussi que le PJD a un double problème: la compétence (“savoir et comprendre“ [Adil Douiri dixit]), la gouvernance (“mettre en œuvre vite et bien“).

La démocratie

Abdelilah Benkirane a un discours bien rodé, consistant à rappeler les printemps arabes, l’année 2011, le “Tahakkoum“ et accusant le PAM d’être un représentant du courant anti-démocrate, désireux de commander le champ politique. En face, il estime que lui et ses alliés représentent la légitimité populaire.

Cela reste bien entendu à démontrer, mais cela fait aujourd’hui au moins deux années que ce thème est publiquement matraqué dans tous les meetings, tous les discours du PJD.

En face, chez ses opposants, on accuse le PJD de ne pas tolérer les avis contraires [cf sa réaction au mémorandum CGEM et Bank Al-Maghrib]. La démocratie, ajoute-t-on, n’est pas uniquement le mode de sélection des députés ou des conseillers dans les régions et communes. C’est aussi les droits de sminorités, la parité, l’égalité hommes-femmes, ou la liberté de création.

Le projet de société

Ceci nous amène au projet de société du PJD. Le tropisme social est indéniable, mais ce parti à référentiel islamique n’en a pas le monopole.

C’est surtout dans le domaine de la création culturelle et des libertés individuelles que le projet du PJD suscite des réserves, voire des inquiétudes.

Chez les opposants au PJD, on accuse ce dernier de vouloir ré-arabiser et ré-islamiser la société. Le dialecte marocain, le tamazight, ne jouissent pas de la considération qu’ils méritent, voire sont combattus en sous-main. Le projet de révision du code pénal, retiré du circuit, n’est pas à la hauteur de la modernité de la Constitution. Le parti se positionne comme le gardien du référentiel islamique, dans un pays où le Chef de l’Etat est Amir Al Amouminine (commandeur des croyants), seul responsable de la gestion du champ religieux.

Beaucoup pensent que la montée de l’intolérance dans l’espace public, ainsi que la multiplication des incidents (comme les jupes d’Inezgane ou les agressions contre les dé-jeûneurs) sont directement ou indirectement générés par le carcan culturel et social et le discours moralisateur performatif du PJD.

Voilà ce que sont déjà les principaux thèmes de la campagne électorale pour les législatives.

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R. B.
Le 26 juin 2016 à 17h19

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