Offshoring: les professionnels portent leurs espoirs sur les contrats d'écosystème
Au terme de l’année 2015, les recettes de l’offshoring ont atteint 7,46 MMDH, selon l’Office des changes, en léger rebond par rapport à 2014. Ce chiffre camoufle toutefois une régression dans certaines branches, ce qui ne satisfait pas les professionnels du secteur.
«Les chiffres de l’Office des changes ne nous ont pas choqués. Ils confortent le signal d’alarme que nous tirons depuis 2013», nous confie, d’emblée, Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de la Fédération marocaine des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring (Apebi). Les recettes de l’offshoring stagnent autour des 7 MMDH depuis trois ans.
Pour Mme Karkri, cette stagnation émane d’une régression alarmante de la compétitivité du Maroc comme destination de l’offshoring au niveau mondial: «C’est dommage, parce que nous stagnons dans un marché en plein essor», souligne-t-elle. Rappelons que le Maroc avait été élu, en 2012, meilleure destination pour l’offshoring par l’EOA (European Outsourcing Association).
L’avènement de nouvelles destinations de l’offshoring, offrant des atouts compétitifs plus alléchants que ceux du Maroc, entrave la croissance du secteur dans le Royaume. Mme Karkri cite, à titre d’exemple, des destinations comme la Roumanie, ainsi que le Portugal et l’Espagne, qui se sont redressés après la crise de 2009 et ont opéré une baisse drastique des charges liées au secteur, renforçant ainsi leur présence et leurs offres.
Au Maroc, les charges liées au secteur, principal avantage compétitif, ont beaucoup augmenté par rapport à 2005, année de lancement de la stratégie nationale de l’offshoring: outre les coûts des télécoms, notre interlocutrice évoque l’augmentation des salaires liée au nombre réduit des parcs offshoring: «Le fait d’avoir une grande concentration sur le même parc implique un turnover important et donc une pression sur les salaires», souligne-t-elle.
Notre interlocutrice cite également les mesures liées à la réduction des taux de l'IR. Selon elle, ces mesures doivent toucher l’intégralité du secteur, au-delà des parcs offshore, sans que ceux-ci ne soient dépourvus de quelques avantages: «Il faut qu’il y ait des mesures spécifiques aux parcs offshore, car ils ont joué un rôle important dans le développement du secteur», note-elle.
En outre, les parcs subissent une concurrence, selon notre interlocutrice, de la part du statut Casablanca Finance City, privilégié par les entreprises étrangères: «Il serait mieux que tous les parcs offshoring soient alignés sur le statut CFC, pour ne pas les pénaliser», souligne-t-elle. Il s’ajoute à cela le retard du Maroc en matière de protection des données par rapport aux concurrents de l’Union européenne.
Par ailleurs, la présidente de l’Apebi estime que la régionalisation avancée doit également profiter à l’offshoring, en érigeant des parcs régionaux: «L’offshoring est adapté à tout le Maroc et il ne faut en priver aucune région. C’est un important pourvoyeur d’emplois, qui recrute la jeunesse intelligente pays. Il y a une offre de compétences dans chaque région dont nous devons profiter», note-t-elle.
Des contrats de performance dans le pipe
La tendance de stagnation des recettes de l’offshoring s’est poursuivie au début de l’année 2016, selon Mme Karkri: «Ce sont les mêmes ingrédients et ils donnent le même résultat».
Toutefois, quelques mois après l’échéance de la stratégie nationale de l’offshoring (31 décembre 2015), le secteur porte beaucoup d’espoir sur les nouveaux contrats de performance pour les écosystèmes d'offshoring, élaborés conjointement avec le ministère de l’Industrie, du commerce et de l’économie numérique et qui seront, selon notre source, signés dans quelques jours.
Ceci dit, les professionnels du secteur estiment que l’instauration d’un tel dispositif doit être impérativement accompagnée par la création d’une cellule de veille, afin d'assurer le suivi régulier d’une activité qui évolue rapidement.
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