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Marc Nassif: « 10% des voitures vendues par le groupe Renault dans le monde viennent du Maroc »

Nommé à la tête de Renault Maroc en janvier dernier, Marc Nassif se fixe deux objectifs: consolider la place de Renault sur le marché local et la place de Renault Maroc dans l’architecture internationale du groupe.  

Marc Nassif: « 10% des voitures vendues par le groupe Renault dans le monde viennent du Maroc »

Le 21 avril 2016 à 12h15

Modifié 21 avril 2016 à 12h15

Nommé à la tête de Renault Maroc en janvier dernier, Marc Nassif se fixe deux objectifs: consolider la place de Renault sur le marché local et la place de Renault Maroc dans l’architecture internationale du groupe.  

Entretien avec un dirigeant optimiste sur l’avenir de l’industrie automobile au Maroc, autour d’une interrogation-clé: comment le groupe Renault et ses partenaires comptent atteindre les objectifs de 900 millions d’euros d’investissements, 50.000 emplois et 65% de taux d’intégration industrielle, d’ici 2023? 

Médias 24: Qu’est-ce qui est à la charge de Renault et qu’est-ce qui est à la charge des fournisseurs, dans la nouvelle convention signée entre l’Etat marocain et votre groupe?

Marc Nassif: Revenons à la source et au contexte, parce que cela est important. On a accéléré l’importance du Maroc dans le dispositif industriel du groupe dans les années 2000 ; il y a eu deux grandes étapes et celle-ci est une troisième.

"En 2016, nous allons battre des records de production à Tanger et à Casablanca"

La première étape est venue après les années où on partageait la Somaca avec d’autres constructeurs. On a mis la main sur la Somaca et on a eu le courage de parier sur cette unité. On a parié sur le fait que le marché marocain serait important. Et on a pris le pari d’y localiser la production à 100% et d’y mettre une pépite, qui a été le modèle Logan. Vous savez quel a été le big bang qu’a fait la Logan sur le marché local. Cela a été la première grande étape après toutes ces années de présence historique.

Ensuite, il y a eu 2007, avec l’engagement de faire l’usine de Tanger et son nauguration, début 2012. Là, le Maroc pour le groupe prend une autre dimension, car la vocation de l’usine de Tanger est l’export. Si on regarde la photo actuelle, c’est important. On est au-delà des 280.000 voitures et on devrait dépasser les 300.000 voitures en 2016. Nous allons battre des records de production, tant à Tanger qu’à Casablanca.

"Une voiture sur 10 que Renault exporte dans le monde, vient du Maroc"

Le Maroc est une base industrielle, dont plus de 90% de la production est exportée. Donc les enjeux pour moi sont doubles: il s’agit de réaffirmer notre présence commerciale et continuer de développer nos deux marques, mais également de servir notre grande maison, en confirmant la place importante qu’a prise le Maroc dans le groupe Renault. Pratiquement 270.000 véhicules Renault sont exportés à partir du Maroc, Tanger Med et la Somaca. Cela veut dire que près d’une voiture sur 10 que Renault exporte dans le monde, hors Maroc, vient du Maroc. On a fait 2.800.000 unités l’année dernière dans le monde et 270.000 véhicules ont été exportés à partir d’ici.

Cela signifie que le caractère compétitif du Maroc est jugé sur le fait que nous arrivons, nous entreprises marocaines, à mettre sur le marché des véhicules qui soient dans le coup et à satisfaire nos clients. Mais il faut aussi que le Made in Morocco, le sourcing du Maroc soit compétitif, parce que là, on se retrouve en compétition avec les Indiens sur Lodgy, sur les autres véhicules de la gamme Dacia avec la Roumanie.

"Il faut augmenter le contenu local de notre production"

Là on ne prend plus un thermomètre par rapport à notre situation vis-à-vis de nos concurrents internes, mais vis-à-vis de nos concurrents externes. Là, pour y aller, nous n'avons pas le choix: il faut que l’on augmente le contenu local de notre production.

– Vous semblez plus optimiste aujourd’hui qu’en 2007, car vous dites "on va augmenter le chiffre d’affaires, la production et l’intégration industrielle". Que s’est-il passé? Lorsque Snop ou Acome, par exemple, annoncent cette semaine de nouvelles capacités de production, cela entre-t-il dans le compte des 900 millions d’euros d’investissement attendus dans le cadre de la nouvelle convention signée entre l’Etat marocain et le groupe Renault?

– Je vais être très clair. Les 10 milliards de DH d’investissements ou les 900 millions d’euros d’investissements et les 50.000 emplois générés sont une estimation que nous avons faite en bonne intelligence et en bonne foi et pour l’instant, nous ne nous sommes pas trompés dans nos prévisions, avec l’équipe du ministère de l’Industrie.

Nous avons calculé que pour atteindre les 65% d'intégration sur Tanger, il faudrait ramener un certain nombre de technologies et de fournisseurs. Au vu de l’état de l’art que l’on connaît, on peut estimer les besoins capitalistiques qu’il faut mettre sur la table pour ramener certaines technologies. C’est comme cela qu’on est arrivé à ces 900 millions. Nous avons aussi nos estimations, "mètre en bois". Nous savons que pour faire tel volume dans telle technologie cela génère tant d’emplois directs et indirects. C’est comme cela que sont sortis les chiffres de 900 millions d’euros et de 50.000 emplois.

– Certains professionnels de l’automobile disent que vous vous êtes fixés un objectif de taux d’intégration industrielle de 65% pour 2023, mais qu’il serait possible d’atteindre cet objectif avant. Que leur répondez-vous?

– Qu’ils viennent me le démontrer, moi je serais ravi de le faire avant. Questionnez tous les gens qui sont dans le salon (NDLR: Salon de la sous-traitance automobile de Tanger) aujourd’hui: Nous sommes début 2016 et il faut entre deux et quatre ans, sérieusement, pour s’implanter et monter en puissance. Et je doute que tous les gens qui souhaitent venir au Maroc décident aujourd’hui, en avril 2016, de venir investir. Les effets d’aujourd’hui se verront en 2019 et c’est pour cela que dans le cadre de ce nouveau deal, nous pensons voir les pleins effets des efforts d’aujourd’hui en 2023.

Ce que l’on récolte aujourd’hui c’est le fruit de décisions de mes prédécesseurs et de ceux qui ont mis en place leurs usines il y a quelques années et montent en puissance aujourd’hui. C’est le fruit du travail réalisé par exemple par Snop, qui a fait l’usine 1, l’usine 2 puis maintenant une usine basée sur l’outillage, une technologie qui n’existe pas ici. Je ne pense pas que l’objectif que l’on a pris soit un objectif tranquille et laxiste. Faire les choses de manière sérieuse et durable est un vrai challenge.

– Snop augmente ses capacités pour vous servir, Valéo s’apprêterait à faire de même l’année prochaine, les Catalans de T.I. Automotive prospectent de manière sérieuse en ce moment pour s’installer. Qui attendez-vous d’autre au Maroc, pour servir le développement de l’industrie automobile et le développement de Renault?

– Cela va dépendre. On le dira lorsque la compétitivité sera démontrée. On ne peut pas se contenter d’être rentable en s’implantant ici. Il faut aussi être compétitif. Nous-mêmes, à Renault et l’Etat, voulons continuer à faire du Maroc une plate-forme d’exportation, ce qui signifie que l’on va se retrouver en concurrence avec les gens les plus compétitifs.

Voiture électrique: "si le Maroc décide d’y aller, on ira"

– Une dernière question: le groupe Renault va-t-il se montrer audacieux et "foncer" sur l’hybride et l’électrique au Maroc?

– On adorerait, mais il faut de l'infrastrucutre. Et l’infrastructure nous ne la faisons pas seuls. Nous commercialisons déjà la Zoé et la Twizzy. Elles se vendent peu car il faut de l’infrastructure. Nous sommes en train de voir si, à l’occasion de la COP22, on ne pourrait pas provoquer une espèce d’électrochoc. Nous sommes leader dans l’alliance Renault-Nissan dans l’électrique. Il n’y a pas de raison si le Maroc décide d’y aller, que l’on n’y aille pas.

 

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