Le marché britannique reste une priorité pour Marrakech!
Malgré une baisse certaine ces derniers mois des arrivées de touristes britanniques, l’optimisme reste de mise dans la ville. Les Anglais et leur fort pouvoir d’achat sont toujours les premiers clients des offres haut de gamme. Pour les spécialistes du secteur, les indicateurs restent au vert…
En 20 ans, le nombre de touristes britanniques se rendant au Maroc est passé de 100.000 à 500.000 par an. Et tout laissait penser que ce n’était qu’un début, les professionnels du secteur misant sur une augmentation continue de 10 à 15% par an. Cela, c’était avant.
Avant que le terrorisme ne vienne tout remettre en questions. Notamment les deux attentats en Tunisie. Car les anglo-saxons, dans leur grande majorité, raisonnent par larges régions: l’Afrique du Nord, c’est la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, l’Egypte, la Mauritanie… Quand quelque chose se passe dans un de ces pays, c’est tout le secteur qui est affecté.
Et pour ne rien arranger, il y a eu le 3 septembre dernier, le classement par le Foreign office du Maroc dans la liste des pays à risques. Ce qui amène Ali Kasmi, PDG de Travel Link, une grande agence spécialisée dans le tourisme britannique à réagir: «Le Foreign Office est fidèle à ses règles: il signale un risque pour tout pays dans lequel les autorités elles-mêmes font part d’une potentielle agitation terroriste.
Le Maroc a donc été mis exactement sur le même plan que la France, l’Espagne ou l’Italie. Le Foreign Office est toujours très clair: quand il estime que ses ressortissants doivent absolument éviter certains pays, il le dit sans ambiguïté; ce fut le cas à un certain moment pour la Tunisie ou l’Egypte; c’est encore le cas par exemple, pour la Libye. Rien à voir donc avec le Maroc».
Il n’empêche: sur Marrakech, principale destination des anglais venant au Maroc, la baisse est sensible, de l’ordre de 25%. Mais Ali Kasmi reste optimiste: «C’est vrai que août et début septembre ont été très calmes! Mais la fin du mois se présente bien. Octobre également. Reste donc novembre, mois pour lequel, on sait en principe exactement ce que seraient nos chiffres et à l’avance.
Cette année, c’est encore l’incertitude, mais ce n’est pas très grave car le comportement des anglais a changé: il n’y a pas si longtemps, ils réservaient des mois à l’avance; aujourd’hui, ils sont devenus des spécialistes des réservations de dernière minute. C’est sans doute lié au climat ambiant: les gens hésitent jusqu’au dernier moment…et ils finissent par se décider. Donc pour novembre rien n’est perdu!»
Et cet optimisme est largement partagé, ne serait-ce que par les compagnies aériennes qui croient tellement au potentiel de la destination Marrakech qu’elles n’ont annulé aucun vol jusqu’à présent, comme si, elles aussi, étaient persuadées que tout allait s’arranger…
Car l’aérien est une pièce maîtresse: il ne suffit pas de dire à un britannique «le Maroc est beau, le Maroc est ensoleillé, le Maroc a une grande culture», encore faut-il qu’il puisse s’y rendre facilement, qu’il habite Londres, Manchester, Bristol ou Glasgow.
Les efforts nécessaires ont été faits: aujourd’hui, ce sont 4 ou 5 vols qui arrivent quotidiennement sur Marrakech, en provenance directe non seulement de Londres, mais aussi de plusieurs villes de province: ils représentent près de 80% des vols entre le Royaume-Uni et le Maroc.
Dernière raison d’optimisme de Ali Kasmi: « on a vu ces derniers mois sur les réseaux sociaux des comptes-rendus de faits divers, qui se sont déroulés à Inezgane, Fès ou même Marrakech qui n’ont pas contribué à mettre en valeur l’esprit de tolérance de ce pays, et de Marrakech en particulier. Mais à côté de cela, la presse du monde entier parle des tournages de films de plus en plus nombreux qui se déroulent à travers le pays; on commente beaucoup le fait que stars et politiques aient des villas à Marrakech; et les évènements privés qui se déroulent dans la ville, comme des mariages de vedettes, nous mettent à l’honneur».
Alors Ali Kasmi ne trouve pas exagéré de miser sur quelques 700.000 touristes britanniques en 2017 ou 2018. A la condition quand même précise-t-il que la ville et la région continuent le travail largement commencé pour faire de Marrakech une ville de tourisme tranquille.
Les Britanniques qui ont déjà la barrière de la langue, sont vite mal à l’aise face à de faux guides, des vendeurs agressifs, des prix de l’artisanat excessifs, des commissions faramineuses réclamées par certains guides ou des chauffeurs de taxi roublard.
Beaucoup a été fait, mais c’est un travail de longue haleine qui sera payant. La Grande Bretagne peut, en grande partie, compenser les pertes enregistrées sur le marché français: les anglais sont de bons clients ; ils sont sortis rapidement de la crise; ils ont une livre sterling à 15 DH: ils ont donc de gros moyens. Ils peuvent fréquenter les palaces, les restaurants chics et les boutiques de luxe… à condition d’être bien accueillis, par des Marocains parlant leur langue tout particulièrement.
Un chiffre à ne pas oublier: les anglais font, en moyenne, 86 millions de voyages à l’étranger, chaque année. Pour le Maroc, le potentiel est d’autant plus énorme que Marrakech reste un nom qui fait rêver les britanniques. Pour eux, la ville concentre toute la magie de l’Orient: il suffit de ne pas décevoir ceux qui font le déplacement, le bouche à oreille et les réseaux sociaux peuvent booster ou faire chuter une destination. Chaque chauffeur de taxi, chaque réceptionniste d’hôtel, chaque vendeur de souvenirs, chaque serveur de restaurant contribue, en positif ou négatif à construire l’image de la ville ocre…
À découvrir
à lire aussi
Article : Avenue Royale. Ce que les documents officiels révèlent sur le chantier le plus sensible de Casablanca
À Casablanca, le projet de l’avenue Royale franchit une nouvelle étape, marquée par l’accélération des démolitions dans l’ancienne médina. Si les opérations avancent sur le terrain, le projet reste entouré d’un flou persistant, notamment sur sa configuration finale et son calendrier. Consultés par Médias24, les marchés publics permettent toutefois d’en éclairer plusieurs volets. Le point sur l’avancement du projet.
Article : Bourse. Le pourquoi de la décision de Sothema de diviser ses actions par cinq, l'intérêt pour les investisseurs
À compter du 5 mai 2026, le titre Sothema changera de format à la Bourse de Casablanca. Derrière cette opération technique, des enjeux de liquidité, d’accessibilité du titre et d’attractivité auprès des investisseurs particuliers. Décryptage.
Article : Bonnes feuilles. Et si on faisait renaître le Conseil national du commerce extérieur ?
Ancienne conseillère auprès de plusieurs Premiers ministres, Nezha Lahrichi revient, dans "Le Pouvoir entre réalisme et illusion", sur une trajectoire passée au plus près de la décision publique. Le livre tient à la fois du témoignage, du portrait politique et de l’essai sur les dérives contemporaines du pouvoir. Médias24 en publie ici des bonnes feuilles consacrées au Conseil national du commerce extérieur, institution dont l’histoire contrariée résonne avec une question très actuelle : comment penser, organiser et anticiper le commerce extérieur marocain ?
Article : African Lion 2026 : à Cap Drâa, les drones FPV s'invitent sur le théâtre d’exercice
Une précision chirurgicale pour quelques centaines de dollars : le drone FPV a brisé les codes de la guerre conventionnelle. Face à ce prédateur qui impose un stress permanent aux troupes au sol, les Forces armées royales ripostent.
Article : Du jamais vu. Flambée de la viande ovine qui frôle les 200 DH/kg
À l’approche de Aïd al-Adha, la viande ovine atteint jusqu’à 170 DH le kilo chez le boucher. Pour les morceaux les plus demandés, les prix grimpent à 190, voire 200 DH le kilo. Ces niveaux sont inédits au Maroc par leur ampleur, mais aussi par la rapidité avec laquelle ils se sont imposés.
Article : “Rabat ne sera pas une ville-musée”. La transformation de l'offre culturelle de la capitale expliquée par Mehdi Bensaïd
ENTRETIEN. Dans un contexte de transformation accélérée des infrastructures de la capitale, le ministre de la Culture évoque pour Médias24 les leviers qui doivent faire de Rabat un pôle culturel majeur à l’international. Entre modernisation, développement de la formation et démocratisation de l’accès à la culture, Mehdi Bensaid défend une vision globale à long terme.