Moncef Belkhayat s’approprie des projets déjà existants
Le programme de Moncef Belkhayat, candidat à la commune de Sidi Belyout et au conseil de la région de Casablanca-Settat est réalisable. Il repose sur des projets déjà actés devant le Roi. Lui, il promet célérité, bonne gouvernance et grande capacité de négociation.
Ceux qui vont voter pour Moncef Belkhayat doivent répondre à une seule question: le candidat aux communales et aux régionales a-t-il la force de négociation nécessaire pour arracher des ressources financières à Rabat? C’est le seul point inconnu dans le programme du doublement candidat aux couleurs du RNI pour la commune de Sidi Belyout et pour la région de Casablanca-Settat.
Contrairement à ce qu’on croit, le programme présenté lundi 31 août à Casablanca par Moncef Belkhayat, n’est pas une spéculation électorale. Il s’inspire des programmes établis déjà par la ville de Casablanca dans le cadre de conventions signées devant le Roi.
Le candidat du RNI les regroupe dans une vision d’ensemble, leur donnant de la cohérence.
Des projets comme le réaménagement de la Médina, la construction du grand stade olympique, Casa smart City ou encore la réalisation d’infrastructures routières et ferroviaires comme le pont à haubans de Sidi Maârouf, les lignes RER, l’extension du Tramway … tout est acté et budgétisé.
Moncef Belkhayat prend ce train en marche en lui collant des wagons à connotation socio-culturelle, eux aussi conçus depuis des années mais qui n’ont jamais été mis sur les rails.
C’est dans cette case qu’il faut classer l’ambition de réhabiliter les théâtres de quartiers, une infrastructure existante mais qui a du mal à vivre pleinement tant sur le plan artistique que sur le plan financier. Le programme de Belkhayat promet la réouverture de ces espaces de création dans le cadre d’un partenariat public-privé.
L’emploi: Belkhayat joue la carte CFC
En terme d’emplois, le programme du candidat du RNI s’engage à attirer vers la région 100 grandes entreprises. Il les définit comme étant des multinationales, des banques, assurances et sièges régionaux de grands distributeurs de marques.
Pour donner l’exemple, Belkhayat cite le malheureux cas de Coca Cola Company qui ambitionnait de faire du Maroc son hub pour l’Afrique. «Tout ce qu’il lui fallait s’était une dérogation fiscale pour que les collaborateurs qui devaient animer le réseau dans les pays africains soient soumis à la fiscalité des pays concernés et non pas à celle du Maroc. Les autorités ont refusé, Coca Cola a plié bagage», affirme Belkayat.
Mais il ne faut pas se méprendre, Belkhayat, même du haut de son siège convoité de président du conseil de la région de Casablanca-Settat, n’aura pas la prérogative d’offrir un package fiscal. Ce fief restera toujours celui du Ministère des Finances et du législateur marocain.
A la rigueur, Mohamed Boussaid, l’argentier du Royaume portant lui aussi la bannière du RNI, pourrait donner un coup de main. Moncef Belkhayat compte peut-être sur cela, mais ce qui est certain, c’est qu’il s’approprie le projet de Casablanca Finance City, piloté par Said Ibrahimi. C’est un projet déjà en marche et en orbite, qui offre un package fiscal pour les entreprises qui s’y installeront.
«Oui c’est un projet qui existe. Nous nous engageons à l’accompagner avec l’appui nécessaire», martèle Belkhayat. Mais aussi, à lui d’en tirer tout le bénéfice politique.
En revanche, pour le tourisme, Moncef Belkhayat joue à fond sa capacité d’écoute ou (selon chacun) son opportunisme politique. L’idée est d’aider les opérateurs régionaux du tourisme à réaliser un rêve qui date de 1993: la création d’un centre de conférences à Casablanca.
Cette infrastructure figure dans le programme de Moncef Belkhayat avec une clarté opérationnelle. «Il ne faut pas compter sur le privé pour construire un centre de conférences. Si j’étais dans le privé, je ne le ferais pas», explique d’emblée le candidat du RNI.
C’est à l’Etat de le faire. Belkhayat table, et il a raison de le croire, que le centre de conférences doit être le centre du business touristique de la région. Grâce à lui, des privés se lanceraient dans des opérations de croissance ou de positionnement sur la région. Son programme prévoit d’ailleurs la mise en chantier de 25 hôtels classés. Faisant ainsi miroiter les retombées en termes d’emplois et de fiscalité aussi bien locale que régionale. Belkhayat essaie de vendre l’idée à l’Etat qui pourrait engager son bras financier, qu’est la CDG, pour prendre en charge la construction du centre de conférences.
Le clin d’œil à Sidi Belyout
En visant le conseil régional, Moncef Belkhayat garde les pieds sur terre: c’est dans la commune de Sidi Belyout que son avenir se jouera. Comme l’a déjà expliqué Médias 24, après les élections du 4 septembre, les partis se lanceront dans un marathon de négociation pour élire les présidents des communes, du conseil de la ville de Casablanca ainsi que du président de la région.
Sans une bonne carte à Sidi Belyout (communales), Moncef Belkhayat sera mis sur la sellette. Surtout que Mohamed Sajid, le candidat de l’Union Constitutionnelle aux régionales, a ciblé la liste de Moncef Belkhayat en se présentant contre lui à Anfa (régionales) et non pas à Ain Chock. Les observateurs y voient la volonté de Sajid de baliser en cas de besoin le terrain pour Mustapha Bakoury en affaiblissant la liste RNI contre une place au conseil de la ville, cette même place que Moncef Belkhayat convoite à travers sa candidature à la commune de Sidi Belyout.
Au travers de ses ambitions pour la région, le candidat RNI place toujours sa commune à la bonne place.
Ainsi, dans son programme, il fait de la réhabilitation de la Médina un projet de candidature. Il s’inspire encore une fois d’une vieille idée, jamais réalisée: faire de la Médina un espace touristique et culturel à l’image du quartier latin à Paris. D’où l’idée de Moncef Belkhayat d’aider à la réhabilitation des habitations tout en accordant des autorisations d’ouverture de cafés et restaurants en y mettant le décor adéquat. Il reste à savoir si l’idée poussera la ressemblance avec le quartier latin jusqu’à créer une spéculation immobilière autour des vieilles maisons de la Médina.
L’argent et les prérogatives
Conceptuellement, le programme de Moncef Belkhayat est réalisable, y compris la partie concernant les Jeux Olympiques si, et seulement si, Rabat adhère au projet. Il se heurte, toutefois, à deux problèmes de taille: les prérogatives et le financement.
Pour les prérogatives, le candidat au RNI compte sur l’ambiguïté des lois sur les communes et les régions pour élargir son champ d’intervention. Ce qui reste possible dans des domaines comme la santé ou encore l’enseignement préscolaire. Mais, le candidat du RNI ne peut aller sur le terrain de la sécurité de la région qui relève davantage de la DGSN que du Ministère de l’Intérieur.
Le programme de Moncef Belkhayat prévoit l’installation de 1.000 caméras moyennant un budget de 160 millions de DH, mais il ne peut les gérer ni intervenir dans la gestion de la sécurité de la région.
A cela s’ajoutent des projets dont la réalisation repose sur le partenariat public privé (PPP). En fait, dès qu’il s’agit d’un blocage de prérogatives, Moncef Belkhayat sort la carte du PPP. Dans des domaines comme la santé, l’éducation, la formation… il a besoin de partenaire et à leur tête le gouvernement (ou Etat central pour rester large).
Idem pour l’argent. Rappelons que le budget de la ville de Casablanca est de 3 milliards de DH. Celui du conseil régional sortant ne dépasse pas 250 millions de DH. Le plan de Belkhayat réclame 6,5 milliards de DH par an (3,4 milliards de DH additionnels par rapport au budget actuel). Où trouver cet argent ? «Il faut l’arracher à Rabat», répond Moncef Belkhayat.
Le candidat du RNI a une conviction ferme =: tout se négocie et cela est encore plus vrai dans l’arène politique.
Pour mettre en évidence sa capacité de négocier, le porteur des couleurs du RNI rappelle qu’en arrivant au Ministère de la Jeunesse et des Sports, il a pu augmenter le budget de son département et arracher aux finances l’argent nécessaire pour achever la construction des trois stades (Tanger, Marrakech, Agadir) en une année après 7 ans de retard.
«Croyez moi, je sais négocier et si je promets, je livre», conclut-il.
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