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ECONOMIE

Un discours sans langue de bois sur Casablanca

A HEM, Khalid Safir, wali du Grand Casablanca, fait un exposé sans langue de bois de la situation de la ville et pointe les problèmes structurels.  A lire absolument.  

Un discours sans langue de bois sur Casablanca
N. E.
Le 2 avril 2015 à 20h37 | Modifié 2 avril 2015 à 20h37

Lorsqu’on écoute Khalid Safir expliquer Casablanca, on comprend mieux le discours royal d’octobre 2013. A l’époque, le Roi Mohammed VI avait consacré aux problèmes de gouvernance de Casablanca la moitié de son allocution d’ouverture de la session parlementaire.

Le constat du Roi avait fait grand effet, mais chacun l’a interprété à sa manière. Avait-il critiqué des personnes? Condamné une mauvaise gestion avérée? Recherché un sursaut salutaire? Ou bien suggérait-il que la démocratie locale, telle que nous l’avions connue et pratiquée, avait atteint ses limites?

Les propos de Khalid Safir, ce jeudi 2 avril à l’Ecole HEM de Casablanca, recoupent ceux de Mohamed Sajid. Mais lorsque Mohamed Sajid, à plusieurs reprises, a donné sa version des faits, sa lecture, on a pu penser qu’il se justifiait après l’admonestation royale. Eh bien, Safir et Sajid disent la même chose.

Voici donc, dans la bouche de Khalid Safir, wali du Grand Casablanca, quelques clés pour comprendre la ville:

-Les pouvoirs politiques ont toujours pensé que Casablanca est assez riche et assez évoluée pour générer elle-même des ressources qui couvrent largement ses besoins. Il n’en est rien. Ses ressources ne sont que de 3 milliards de DH par an, dont 2 milliards de DH vont en dépenses de fonctionnement. Si on ajoute les autres dépenses “obligatoires“, il ne reste que 200 MDH par an pour investir.

-Un exemple simple: la ville comporte 5.000 km de voirie, dont 350 km de grandes artères. Si on devait rénover ces 5.000 km avec une seule te unique couche d’asphalte, il faudrait 7 MMDH alors que le budget global n’est que de 3 MMDH, fonctionnement compris.

-En 10 ans, le parc automobile est passé de 500.000 à 1,2 million de voitures.

-Le conseil communal est pléthorique. Il compte 147 membres contre 50 à New York.

La Majorité est éparpillée et instable [problème qui se pose également au niveau gouvernemental]. Les pouvoirs du président sont très réduits face au conseil. Le mode de gestion est inadapté pour les besoins d’une grande métropole.

M. Safir évoque avec doigté et circonspection l’énorme problème de la qualité des élus. Il suggère simplement que la ville a autant besoin d’élus “ouled derb“ [enfants du quartier, de la proximité] que d’élus visionnaires, ayant un niveau élevé de technicité.

L’administration communale est pudiquement qualifiée de “faible et déstructurée“.

-L’intervention de l’Etat elle-même est indispensable mais elle n’est pas cordonnée.

-Il y a une désaffection du citoyen électeur.

-Le financement des 33,6 milliards de DH mobilisés pour le plan 2015-2020 est bouclé. Mais ce montant est insuffisant. Une nouvelle liste de projets a été dressée et la recherche du financement est en cours.

-Les SDL (sociétés de développement local), apparaissent dans ces conditions comme une panacée.

On le sait, les premières expériences, Casa Transport ou Casa Aménagement, sont une réussite. Maintenant, il est question que cette expérience soit étendue à sept autres domaines, comme l’animation ou le contrôle des contrats de gestion déléguée.

Les SDL, sociétés de développement local, sont prévues dans la charte communale. Elles sont le secret qui a fait d’Istanbul, en 20 ans, une ville propre et moderne. On en trouve partout, y compris à Paris. Elles permettent de professionnaliser la gestion de la ville.

“C’est comme une équipe de football, explique M. Safir. Ce ne sont pas les dirigeants qui gagnent les matches ou marquent les buts, mais des entraîneurs et des joueurs qui sont recrutés pour cela“.

Que faut-il faire? Quels correctifs apporter?

Il faut un PMO (Project Management Office, ou Bureau de gestion des projets) pour suivre l'exécution.  Clarifier aussi les prérogatives respectives de l'Exécutif et du Délibératif (autorités et élus). Renforcer le professionnalisme du communal. Renforcer la participation des citoyens, de la société civile et des acteurs économiques à la gestion de la ville. Créer de nouvelles SDL pour la souplesse, la gouvernance, le professionnalisme. Mettre à niveau l'administration fiscale locale pour élargir l'assiette tout en améliorant le recouvrement.

Pourquoi tout cela est-il urgent?

Si Casablanca garde son taux de croissance [économique] annuel moyen actuel, qui est de 4 %, le taux de chômage urbain atteindra 23% dans les 15 prochaines années. “Le vrai défi de Casablanca est là, assène-t-il. Continuer sur cette trajectoire, c’est l’explosion en vol, ce serait dramatique. Le vrai défi consiste à changer de cap, à réaliser des taux de croissance de 7 à 8% par an, pour garder un taux de chômage soutenable“.

Tout le reste est connu. La démarche participative, la définition et la publication des objectifs, les projets mis en œuvre, et au final, Casa peut très bien s’en tirer en étant gérée comme une entreprise, par un X venu du ministère des Finances et un homme d’affaires qui a réussi dans les textiles, tous deux s’entendant bien et amoureux de la ville blanche.

Finalement, Khalid Safir pourrait faire de la politique. Les idées claires, la capacité de mobilisation, l’absence de langue de bois, le discours convaincant… Ses avertissements sur le taux de chômage et l’explosion en vol vous font paniquer. Son plan de sauvetage vous rassure. Un excellent politique, avec la sincérité en plus.

On ne peut s'empêcher non plus de faire le parallèle entre Casablanca et le reste du Maroc. Hassan II disait que Casablanca, c'est le Maroc. Aujourd'hui, ce sont les mêmes défis, les mêmes pressions de la jeunesse et du chômage, les mêmes risques, les mêmes questions de gouvernance, les mêmes limites démocratiques et des élus,... Il y a matière à réflexion...

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N. E.
Le 2 avril 2015 à 20h37

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