L’étonnante ingratitude égyptienne à l’égard du Maroc
RAPPEL. Malgré l’engagement militaire égyptien contre le Maroc en 1963, le Royaume a soutenu l’Egypte pour la récupération du Sinaï et dans ses deux guerres contre Israël.
Dénigrement par la presse people cairote de la famille royale marocaine en vacances familiales en Turquie et promotion des thèses du Polisario à Alger et au Caire: ces positions égyptiennes suscitent incompréhension eyt indignation au Maroc.
Depuis les années 60, force est de constater que Le Caire a rarement manqué une occasion de s’attaquer aux intérêts du Maroc.
Les dernières sorties égyptiennes sur le Sahara et la famille royale irritent et déçoivent l’opinion publique marocaine. En la matière, les choses sont à sens unique: le Maroc a toujours été aux côtés de l’Egypte. Le Caire rarement aux côtés du Maroc.
Tout récemment encore, Rabat au lendemain de l’arrivée du général Al-Sissi au pouvoir a activement agi pour rapprocher Le Caire et Doha d’un côté, et Le Caire et les autres capitales du Conseil de coopération du Golfe de l’autre.
1963: Le Caire soutient Alger
1967 et 1973: Rabat soutient Le Caire
En 1963, durant la guerre des Sables qui mit aux prises l’Algérie et le Maroc, Le Caire, alors dirigé par Gamal Abdel Nasser, enverra hommes et matériel au secours de … l’armée algérienne.
C’est durant ces combats que l’armée marocaine fera prisonnier un certain lieutenant et pilote d’hélicoptère nommé … Hosni Moubarak (vidéo ci-dessous). Il sera ensuite libéré et rendu à l’Egypte. Hosni Moubarak deviendra président de l’Egypte au lendemain de l’assassinat au Caire le 6 octobre 1981 d’Anouar Sadate pendant une parade militaire.
En dépit du soutien militaire apporté par l’armée égyptienne aux troupes algériennes en 1963, Rabat enverra hommes et matériels sur le front égyptien dans les derniers jours de la guerre de juin 1967 pour ralentir l’avancée des troupes israéliennes dans le Sinaï et afin d’éviter une totale déroute des troupes de Gamal Abdel Nasser.
Malgré sa popularité et ses discours qui galvanisaient les foules, Gamal Abdel Nasser n’a jamais réussi à remporter une seule victoire militaire ni à donner un visage concret au panarabisme.
La période qui verra Anouar Sadate au pouvoir (1970-1981) restera sans doute comme la décennie qui aura le plus positivement marqué les relations bilatérales. Une période digne et fructueuse. Sadate et l’Egypte se tiennent à l’écart des affaires intérieures marocaines et le Maroc, comme en 1967, soutiendra militairement l’Egypte dans sa guerre d’octobre 1973 visant à libérer le Sinaï de l’occupation israélienne.
Cet objectif sera atteint par la voie diplomatique à nouveau grâce aux efforts de Rabat. Sollicité, le Maroc de Hassan II, au prix de nombreux risques, favorisera le rapprochement diplomatique égypto-israélien voulu par Anouar Sadate et l’israélien Menahem Bégin au lendemain de la guerre de 1973 et de la médiation du diplomate américain Henry Kissinger.
L’Egypte récupère le Sinaï
Rabat, Casablanca et Tanger abriteront ainsi de multiples rencontres entre responsables égyptiens, israéliens et américains dans les années 1976-79. Ces rencontres sur le sol marocain se solderont par le voyage de l’Egyptien Sadate à Jérusalem et la signature des accords de Camp David en présence du président américain Jimmy Carter.
Avant la signature des accords de paix de Camp David de 1979 et la visite qu’effectuera Anouar Sadate à Jérusalem qui se solderont par la restitution du Sinaï à l’Egypte, c’est probablement au Maroc que l’Egyptien Hassan Touhami et le général israélien Moshé Dayan se seront le plus vus et auront le plus échangé.
Au lendemain des accords de Camp David, lorsque Le Caire sera exclu de la Ligue arabe, Rabat, à nouveau, contribuera à briser l’isolement diplomatique égyptien et déploiera, avec Tunis et Ryadh notamment, tous les efforts pour réintégrer l’Egypte de Hosni Moubarak au sein du groupe des 22.
Si le Maroc a peu apprécié l’arrivée au pouvoir du président Morsi en 2012, Rabat n’ira pas jusqu’à adopter une attitude hostile. Le Maroc observe et reste neutre. Rabat, depuis l’ère Ben Bella à Alger et la guerre des Sables et l’hostilité du Front du refus arabe (l’Algérie de Houari Boumedienne, la Syrie de Hafed al-Assad, la Libye de Mouamar Khaddafi et l’Irak de Saddam Hussein) aux accords de Camp David, sait à quoi s’en tenir en matière de relations entre pays-membres de la Ligue arabe. Hostilité et coups bas sont malheureusement beaucoup plus nombreux, à tous les niveaux, entre des Etats qui partagent langue, religion et nombre d’autres traits culturels et politiques.
Lorsqu’après l’éviction du pouvoir de Morsi en juillet 2013, le maréchal Al-Sissi est élu à la présidence égyptienne, Rabat félicite le nouveau président.
Rabat n’était certes pas ravie de voir le candidat des frères musulmans arriver au pouvoir au Caire mais le Maroc n’a pas cultivé depuis 50 ans l’habitude de se mêler des affaires des pays voisins ou «frères».
Rabat, Ankara, Le Caire
Malgré ses difficultés économiques, son retard social, et son recul diplomatique, Le Caire continue à se considérer comme le centre d’un Moyen-Orient pluriel et aux nouvelles générations plus connectées vers Dubaï ou Marrakech que vers Le Caire.
Cette attitude du Caire se reflète sur le plan diplomatique. Les cercles officiels égyptiens sont susceptibles sur le rôle de la Turquie, du Qatar, d’Israël ou de Ryad dans la région.
La visite de Mohammed VI en Turquie ces jours-ci a pu, sans justifications aucune, sauf à considérer la susceptibilité égyptienne comme étant importante ou incontournable, irriter Al-Sissi et ses hommes.
Les photos de la famille royale marocaine en compagnie du président turc Tayep Erdogan et de sa famille ont été largement diffusées en Egypte. A Istanbul, Mohammed VI s’est promené dans les rues et a invité son frère Moulay Rachid à le rejoindre dans ses vacances turques.
Le Caire et Ankara se considèrent mutuellement comme des concurrents diplomatiques dans la région. Economiquement et politiquement, l’Egypte des généraux ne fait pas le poids. Le Maroc n’a aucune obligation ni intérêt à choisir un pays contre l’autre. Au contraire, il a à développer ses meilleures relations avec l’un et l’autre des pays. L'Egypte d'Al-Sissi a considéré Ankara et Doha comme ses deux principaux ennemis dans la région. Elle vient de se réconcilier avec le Qatar, mais pas avec la Turquie.
Inacceptable: des officiels égyptiens à Tindouf
Ces dernières semaines auront été marquées par plusieurs gestes que l’on peut qualifier d’inamicaux. Une visite d’Al-Sissi à Alger au printemps dernier a été suivie de visites d’officiels égyptiens à Tindouf et la publication au Caire et sa présentation à Alger d’un ouvrage pro-Polisario. La question prend les aspects d’une provocation, certes stérile, mais réelle.
C’est peut-être là qu’est atteint le comble de l’ingratitude: là où le Maroc a aidé l’Egypte à récupérer son désert du Sinaï occupé par Israël entre 1967 et 1979, Le Caire veut rajouter de l’eau au moulin de ceux qui veulent remettre en cause l’intégrité territoriale du Royaume. Inacceptable.
Si en politique il n’y a que des intérêts et pas d’amis, la fragile situation de l’Egypte et l’attitude constante de solidarité du Maroc avec Le Caire au fil des décennies devrait l’inciter à plus de discernement. Aux partenaires et partisans des rapports gagnant-gagnant disons «bienvenue», aux autres, «à plus tard» … si on trouve le temps.
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