Femmes élues au Maroc : elles témoignent
Motivations, doutes, difficultés à s’imposer et à coordonner responsabilités familiales et engagements d’élue… Deux journalistes françaises, Marie-Claude Schultz et Hélène Nahory, dressent 38 portraits d’élues locales marocaines.
Femmes élues au Maroc: portraits et témoignages, publié par l'Association marocaine pour des éco-villes (Amev), comporte des portraits de 38 femmes élues, membres du réseau de collectivités locales mobilisées pour l’environnement et le développement durable. "Cet ouvrage (...) évoque leur quotidien d’élues locales, éclaire leurs motivations et saisit leurs doutes. Il aborde leurs difficultés, leurs réussites mais aussi leurs espoirs", lit-on dans la préface.
Marie-Claude Schultz et Hélène Nahory admettent, dans l'avant-propos, qu'elles auraient "pu restituer (les témoignages, NDLR) sous forme d’interviews questions-réponses mais nous avons préféré recourir au portrait, plus vivant, plus agréable à lire et surtout pour rendre compte de ce que vous n’avez pas toujours exprimé avec des mots."
"À l’issue de la rédaction de vos 38 portraits, nous avons été frappées par des similitudes dans vos récits que nous souhaitons vous faire partager ici. C’est en quelque sorte, un profil-type de l’élue municipale marocaine. Que vous siégiez dans une ville ou dans un douar, le verbe « aider » est celui qui revient le plus souvent dans vos propos. Cela s'explique sans doute par le fait que l'on vous cantonne la plupart du temps aux affaires sociales. (...) Nous avons aussi relevé la ressemblance de vos situations familiales : les plus jeunes d’entre vous sont célibataires, les autres des mères de famille avec de grands enfants. Ces deux cas de figure témoignent de votre peine à concilier les engagements associatifs ou politiques et les contraintes du foyer."
Le premier portrait est celui d'Anouzha Abakarim-Nahiza, conseillère municipale à Tiznit et Présidente de la Commission des affaires sociales, culturelles et sportive, qui affirme que "plus on descend vers le sud du Maroc, plus c’est difficile pour les femmes de faire de la politique".
Nous découvrons, par la suite, Aziza Achkour, élue vice-présidente de la commission des finances à Ouled Aissa avec un score de 90%, qui témoigne: "comme beaucoup d’autres femmes, j’ai longtemps cru que la politique était mauvaise pour nous. Du coup, j’avais peur des autorités, des hommes… Je me suis débarrassée de cette peur qui m’entravait. J’en suis fière et c’est aussi un grand soulagement".
Radia Azelmat, elle, est troisième vice-présidente du conseil de la commune de Tiznit. Elle raconte qu'après avoir été "parachutée par son parti", elle a fait ses preuves, progressé. "On aurait dû nous préparer avant de nous jeter dans la fosse aux lions" se plaint-elle, poursuivant que "la plupart des partis ont eu besoin de nous pour meubler leurs listes additionnelles mais ils n’ont pas pensé à des formations ", concluant que c'est "peut-être est-ce fait à dessein ? Les quotas ont été imposés et les partis ont eu peur de nous voir arriver. Sans formation, nous étions moins dangereuses."
Des profils différents, mais des difficultés similaires, et des espoirs similaires: "Lorsque vous vous projetez dans le futur, vous espérez toutes voir autant de femmes que d'hommes à des postes-clés. C'est la parité et vous l'appelez de tous vos vœux. Nous espérons que ce livre contribuera, même modestement, à les exaucer" écrivent les auteures.
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