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5è congrès du MUR, le PJD se retourne contre sa matrice

Le cinquième congrès du Mouvement Unicité et Réforme (MUR) marque l'affirmation de l'hégémonie du PJD sur le mouvement. La défaite de Raïssouni précise les contours du changement de cap du mouvement. Tour d’horizon.

5è congrès du MUR, le PJD se retourne contre sa matrice
Reda Zaireg
Le 11 août 2014 à 16h52 | Modifié 11 août 2014 à 16h52

Certaines mauvaises langues -- peut-être sensées d’ailleurs-- affirment que Benkirane a remplacé un inoffensif par un autre. Abderrahim Echikhi, membre du cabinet du chef du gouvernement, est ce remplaçant. Classé cinquième au premier tour du congrès du MUR (Mouvement Unicité et Réforme), avec 166 voix, il a dominé le second tour, déclassant un Saadeddine El Othmani ou un Raïssouni, qui étaient, pourtant, largement soutenus.
De l'homme, nous ne savons pas grand chose. Moins populaire que certains de ses concurrents à la présidence du MUR, notre confrère Hespress le décrit comme "l’ombre de Benkirane", et met l'emphase sur sa proximité avec le chef du gouvernement. L'accompagnant tantôt dans ses activités partisanes, tantôt gouvernementales, le rôle d'Echikhi et son influence auprès du chef du gouvernement restent largement méconnues. Ce que l'on sait, c'est qu'il fait partie de ses hommes de confiance.
Son élection a suscité quelques polémiques. Sur les réseaux sociaux, certains observateurs et des militants du MUR ont répété à l'envi que le choix d'Echikhi permettra à Benkirane de renforcer sa mainmise sur le MUR. Au sein du mouvement, la contestation reste minime, et les prises de positions des membres du MUR s'opposant à son élection résignées et mesurées. Le MUR garde donc sa (proverbiale) cohésion.


Le cas Raïssouni


Il était donné pour président. Il a dominé le premier tour de la course, en s'assurant 340 voix. Et pourtant, il a perdu. La disqualification de Raïssouni soulagera Benkirane. Raïssouni était, peut-être, adulé par les militants du MUR. Il avait marqué le mouvement par son charisme, par sa vaste connaissance de la chose religieuse et par ses réseaux d'alliés.

Mais ses prises de position, trop éloignées de l'image que se forge le MUR, comme représentant N°1 d'un Islam politique 'soft', moderne, éloigné de toute ambition de monopoliser le religieux, faisaient de lui un emblème dont il faut conserver l'aura au sein du mouvement, certes, mais qu'il fallait exclure des postes de responsabilité et, surtout, des postes de représentation. En somme, en faire une sorte de lustre qui illumine la maison ...
Raïssouni était l'homme des périodes difficiles. Président du MUR de 1996 à 2003, il a assis la notoriété du mouvement, et l'a sauvé de certaines crises aiguës qui menaçaient son existence. Mais sa vision de ce que doit être un mouvement islamique au Maroc semble dépassée.

Déjà, en 2004, le fraîchement élu président du MUR Mohammed El Hamdaoui définissait la nouvelle ligne directrice du mouvement. Il a déclaré, dans un entretien accordé au quotidien Attajdid que "les mouvements islamiques au Maroc sont arrivés à un certain niveau de maturité, et ont pris conscience des défis du moment".

Un constat réactualisé aujourd'hui, au sortir d'un printemps arabe marqué par la déliquescence des mouvements politiques islamiques. Le PJD a joué la carte de la désolidarisation --du moins idéologique-- avec les Frères Musulmans afin de s'assurer une longévité. Que le MUR, son antichambre idéologique, ne suive pas la marche, semblait exclu. Et que Raïssouni soit l'homme qui coupe les amarres entre MUR et FM est improbable. Mais ce dernier ne perd pas grand chose.

Comme l'a judicieusement noté notre confrère Ziad Alami, de Le360: "Benkirane n’est pas sans savoir que Raïssouni postule pour la présidence de la Confrérie des Frères musulmans, en remplacement du très controversé Cheïkh Qardaoui. Une "ambition" qui, toute évidence, arrange les calculs de Benkirane, qui s’est empressé de faire, aussitôt après son voyage aux Etats-Unis, une déclaration médiatique où il a nié catégoriquement toute relation de son parti avec le mouvement des Frères". Une présidence de perdue, une de retrouvée, donc ?
Si certains observateurs estiment que le PJD était aux manettes du MUR au lendemain des attentats de 2003, il faut noter qu'à l'époque, cette prise en main avait des airs de condition de survie. Aujourd'hui, il s'agit d'un choix politique.

Une femme au bureau du MUR

Parmi les grandes nouveautés de ce cinquième congrès, la montée en puissance des femmes du mouvement. Une femme, Fatima Ennejar, a été élue vice-présidente au bureau exécutif du MUR. Une première. Pour ceux qui souhaitent faire connaissance avec Fatima Ennejar, voici l'un de ses prêches:

Ecoutez, vous serez surpris. Si le MUR et le PJD veulent s'adapter à l'air du temps, la mue n'est pas complètement achevée.

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Tags : Marrakech
Reda Zaireg
Le 11 août 2014 à 16h52

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