En direct de Gaza, le docteur Zouhair Lahna témoigne
Après un premier témoignage poignant sur le calvaire des palestiniens qui vivent sous une pluie de bombes depuis plusieurs jours, Zouhair Lahna, gynécologue Marocain et acteur associatif engagé livre un second témoignage tout aussi émouvant depuis l’hôpital Shifa.
Zouhair Lahna est chirurgien obstétricien, acteur associatif, ancien Chef de clinique des Universités de Paris VII et membre de Médecins Sans Frontières. Auparavant, il a participé à plusieurs opérations humanitaires à travers le monde: Afghanistan en 2001, Congo 2004, Jenine en 2006 et les guerres de gaza de 2009 et de 2014. Le témoignage suivant a été adressé le 21 juillet par le docteur Lahna au journaliste Rachid Jankari, sous le titre: "Au quotidien je cherche les morceaux de bombes qui se sont logés dans les intestins des enfants de Gaza".
"En temps normal, je suis un chirurgien gynécologue. D’ailleurs, j’avais prévu d’animer au profit du corps médical palestinien une formation en laprascopie et en chirurgie pelvienne à l’hôpital de Rafah en août prochain. Cependant, l’attaque de l’armée sioniste ne m’a pas laissé le temps de passer un Ramadan paisible ni d’assurer l’assistance liée à mon domaine d’expertise et à ma spécialité au profit des médecins palestiniens.
A cause de l’agression israélienne sur Gaza, je suis devenu par la force des choses un apprenti urgentiste qui porte les blessés, nettoie les blessures, défait les habits ou plutôt les déchire pour pouvoir accéder et soigner les corps martyrisés. A l’hôpital international européen Shifa, je cherche au quotidien les morceaux de bombes qui se sont logés dans les intestins des enfants. Quand aux médecins palestiniens, au fil des agressions, ils ont acquis une bonne et malheureuse expertise dans la chirurgie de guerre où un patient peut subir l’intervention de plusieurs chirurgiens simultanément en présence d’anesthésistes, sans parler des infirmiers, des médicaments et du sang qu’il faudra lui administrer.
Les blessures sont souvent graves et multiples. Dès que le blessé arrive, nous essayons de le sauver mais sans acharnement. La mort bien que douloureuse est acceptée comme un destin, une élévation, un sentiment très difficile à faire comprendre ou accepter par les non croyants. Les déchirures des familles sont perceptibles mais finissent par accepter cette mort causée par une armée et non pas une colère de la nature.
Nous vivons l’histoire à Gaza
Je suis arrivé à Gaza le dimanche 13 juillet, soit quelques jours après le début de la sinistre agression. Je suis arrivé en compagnie du docteur norvégien désormais célèbre Mads Guilber et de deux médecins palestiniens d’Europe : Abou Arab de Norvège lui aussi et Abdine d’Angleterre..
Après des difficultés de passage dans le Sinae, devenue zone militaire, nous avons eu de la chanche d’entrer dans la bande de Gaza après seulement deux jours d’attente.
Jusqu’à présent et à ma connaissance, nous sommes les seuls médecins venus de l’extérieur après le début de l’agression israélienne qui ont pu entrer à Gaza. Les autres collègues qui sont venus en renfort ont été bloqués. Nous avons le sentiment de vivre un tournant de l’histoire. Nous sommes dans l’histoire. Ce n’est pas évident d’expliquer ce constat.
Ce combat de David contre Gholiath est surprenant. Quelque soit notre point de vue sur le Hamas et sa politique, nous sommes devant un peuple qui réagit sobrement à une guerre injuste et une agression disproportionnée. Cette acception du destin est sidérante.
Depuis deux jours, l’hôpital Shifa est considéré à tort ou à raison comme sécurisé (safe), par conséquence, il est assailli par les habitants du quartier de Cha’jia. Les femmes, les enfants et les jeunes dorment dans le petit jardin de l’hôpital et cherchent des endroits à l'hôpital pour s’abriter des agressions quotidiennes.
Les familles qui ont quitté leurs domiciles sous les bombes juste avec leurs affaires sur le dos bénéficient du soutien des bienfaiteurs qui distribuent de la nourriture pour la rupture du jeûne et du souhour. J’ai du mal à imaginer ce qu'il va advenir de ses familles sans abri dans quelques jours après la fin de l’agression.
Israël bombarde même les hôpitaux !
Cet après midi du lundi 21 juillet, alors que je discute avec le chef de service maternité dans son bureau, nous avons été informés des bombes larguées sur l’hôpital Al Aqsa au centre de Gaza. Bilan: 4 morts et plusieurs blessés. La panique au sein des équipes médicales de l’hôpital Shifa est devenue palpable. Ils sont inquiets du sort de leurs collègues mais aussi de leur propre sort parce qu’il n’y aucun lieu épargné par les attaques israéliennes. Autrement dit, à cause de cette agression, aucun havre de paix n’est disponible à Gaza, y compris dans les hôpitaux."
Zouhair Lahna, Gaza, le 21 juillet 2014.
à lire aussi
Article : Le Honduras décide de suspendre sa reconnaissance de la “rasd”
Le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la pseudo “rasd”, une décision officielle notifiée à Rabat et aux Nations Unies.
Article : Engrais. Sous pression à cause du blocus d’Ormuz, l’Inde se tourne massivement vers le Maroc
Entre le blocus d'Ormuz qui paralyse la production indienne, les restrictions chinoises à l'export et la crise agricole américaine, le marché mondial des engrais phosphatés traverse une période de turbulences sans précédent. Dans ce contexte, l'Inde, plus exposée que jamais à la désorganisation des flux, consolide sa dépendance au Maroc.
Article : Hôtellerie : Marriott nomme Denis Laus à la tête du futur resort de Taghazout Bay
Prévu pour l’été 2026 aux portes d’Agadir, l’établissement comptera 250 chambres avec vue sur l’océan, plusieurs espaces de restauration et 600 m² dédiés aux réunions et événements.
Article : La réforme des Groupements sanitaires territoriaux cherche ses preuves sur le terrain
Cinq directeurs généraux nommés par le Roi, des indicateurs présentés comme probants dans une région pilote, mais des syndicats qui contestent et des décrets toujours manquants. La réorganisation du système de santé public marocain autour de groupements sanitaires territoriaux s'accélère. Le plus dur reste à faire.
Article : Casablanca : le Mégarama dément tout projet de démolition sur le front de mer
Le Mégarama de Casablanca ne fait l’objet d’aucun projet de destruction, a indiqué à Médias24 une source autorisée au sein de l’établissement, réagissant à des informations relayées en ligne sur une possible démolition de plusieurs installations du littoral.
Article : SIAM 2026 : Maroc Telecom dévoile ses solutions Agritech pour une agriculture intelligente
Partenaire officiel du SIAM, Maroc Telecom présente ses dernières innovations Agritech fondées sur l’IoT, l’intelligence artificielle et la 5G, afin d’accompagner la transformation digitale du secteur agricole.