Une Marocaine ne peut séjourner dans un hôtel de sa ville: une pratique injuste et injustifiée

L’interdiction émise par certains hôtels ne trouve son fondement dans aucun texte de loi. Pour le ministre du Tourisme Lahcen Haddad, c’est illégal et inadmissible.  

Une Marocaine ne peut séjourner dans un hôtel de sa ville: une pratique injuste et injustifiée

Le 16 juillet 2014 à 10h13

Modifié 16 juillet 2014 à 10h13

L’interdiction émise par certains hôtels ne trouve son fondement dans aucun texte de loi. Pour le ministre du Tourisme Lahcen Haddad, c’est illégal et inadmissible.  

Il a suffi d’une rumeur pour que les passions se déchaînent. Tout a commencé le mois dernier, lorsqu’une députée USFP, répondant au nom de Khadija Zoumi, évoque sous la coupole de l’hémicycle une circulaire émise par le wali de Rabat qui interdirait aux filles de la capitale de séjourner dans un hôtel casablancais. Qu’en est-il exactement ?

Malgré le caractère ubuesque de l’information – comment un hôtel casablancais peut-il dépendre du wali de Rabat ? –  l’indignation s’est propagée telle une trainée de poudre sur les réseaux sociaux, obligeant le ministre de l’Intérieur, d’ordinaire réservé, à sortir de son mutisme. "Les femmes et les hommes sont égaux devant la loi au Maroc", a-t-il déclaré, le 1er juillet, en réponse à une question orale à la Chambre des représentants. Ainsi une femme seule, a-t-il précisé, peut "dormir" dans un hôtel de sa ville de résidence. Voilà qui est clair !

Pourtant, de nombreux témoignages confirment bel et bien l’"interdiction". C’est le cas, par exemple, de cette Rbatie, qui, dans une tribune publiée dans la Nouvelle Tribune, relate sa mésaventure avec un établissement hôtelier de la capitale. Le préposé à l’accueil affiche d’entrée de jeu son refus : «On m’appelle enfin et on me demande une pièce d’identité. Jusque-là, rien d’anormal. Et soudain, le visage du réceptionniste se ferme, il me dévisage, revient vers ma carte d’identité et me la tend en prononçant d’un ton péremptoire la sentence : Nous ne pouvons pas vous donner de chambre !»

Interrogé sur le motif de ce refus laconique, le bougre dévoile la raison: "L’adresse qui figure sur votre CIN mentionne Rabat, et la seule raison qui pousse une femme qui habite Rabat à venir passer la nuit à l’hôtel, est qu’elle soit… euh vous voyez… une femme peu respectable. Et nous sommes un hôtel respectable. Nous ne voulons pas d’ennuis avec la police !» Il a fallu que la dame monte sur ses grands chevaux pour que le gérant, appelé à rescousse, accepte sa requête…

Comment alors démêler le faux du vrai ? Alors que le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad jure par tous les saints n’avoir émis aucune consigne de ce genre, des femmes se font rejeter comme des malpropres. La réponse de ce directeur d’hôtel de luxe casablancais dépasse l’entendement: "Nous n’avons reçu aucun texte en ce sens. C’est la police qui, en récupérant les fiches, nous ordonne oralement de refuser les Casablancaises qui ne sont pas accompagnées de leurs maris. Il s’agit, pour eux, d’une mesure contre la débauche", explique-t-il à Médias 24.

Mais comme cette pratique n’obéit à aucune loi, l’arbitraire se voit érigé en règle. Hamid Bentahar, directeur des Sofitel du Maroc, nous affirme que les établissements dont il a la charge ne font aucune distinction entre hommes et femmes.

Une pratique totalement "aberrante" pour Me Nezha el Azarifi: "C’est une offense aux droits des femmes et aux libertés individuelles qu’aucune loi ne justifie".

Le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad est monté à son tour au créneau. "C’est illégal et c’est inadmissible", grogne-t-il.

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