Verbatim. Lachgar: “Quand Benkirane était de gauche”
Le premier épisode de "Hadith Ramadani", organisé par Med Radio, avait accueilli Hamid Chabat, SG de l'Istiqlal. Le second épisode donne la parole à Driss Lachgar. Ce dernier revient sur ses toutes premières rencontres avec Benkirane.
Les premières rencontres de Lachgar avec Benkirane remontent à "1971 ou 72'.
Benkirane et Mohamed Sassi “sont venus frapper à la porte des jeunesses Ittihadias“. A l'époque, l'actuel chef du gouvernement "avait des cheveux jusqu'aux épaules, et mettait des pantalons à pattes d'éléphant. Il était plus à gauche que nous. (...) C'était un bel homme qui était très ouvert sur les femmes. Nous ne nous sommes rendus compte du changement qu'il a connu qu'en 1975, quand Omar Benjelloun (figure de l'USFP, assassiné le 18 décembre 1975) a été tué".
Lachgar découvrira le nouveau Benkirane "qui participait aux manifestations de soutien à ceux qui ont été détenus suite au meurtre de Benjelloun. La rivalité entre nous était très aiguë, car ceux qui avaient tué Omar Benjelloun ont été arrêtés en flagrant délit".
Il saura, par la suite, que "Benkirane a intégré la chabiba islamya". Les deux hommes ne se reverront qu'en 1991, lors de la marche de soutien au peuple irakien, organisée lors de la guerre du Golfe.
"Ce sera une rencontre-choc. Je faisais partie des responsables qui préparaient l’événement. Alors que nous travaillions depuis 3H ou 4H du matin, et essayions de nous mettre d'accord sur les noms des responsables politiques qui allaient être dans les premiers rangs, Benkirane arrive à 6H du matin et prend les devants, (...) chose que j'ai considérée, à l'époque, comme une forme d'escroquerie". Lachgar décidera donc d'affronter Benkirane, mais en sera dissuadé par Abdelkarim Benatiq (syndicaliste et ex-USFPiste), qui a pris la défense de Benkirane. Il abandonnera finalement l'idée de l'affrontement pour "ne pas donner l'impression que les Ittihadis sont désunis".
2009: l'alliance “contre-nature“
Les désaccords ne cesseront de se creuser entre les deux hommes, ce qui n’empêchera pas le PJD et l'USFP de nouer une alliance durant les élections communales de 2009.
"A l'époque, nous n'avions pas pu obtenir de bons résultats, et nous n'avions remporté aucune ville. (...) Certains, au sein du parti, ont considéré que notre rôle avait pris fin, et que la structure du parti avait trop vieilli. (...) Je me suis dit que nous ferons comme les autres partis, et laisserons à nos bases la liberté de choisir leurs alliances".
L'alliance avec le PJD a, selon Lachgar, été "une relative réussite (...) Elle nous a permis d'obtenir Rabat et Agadir. De notre côté, nous avons été plus fidèles, et avons offert au PJD Tétouan, Larache, Chaouen et plusieurs autres villes".
Lachgar estime que si "L'USFP a tenu ses engagements à 100%, le PJD ne les a tenus qu'à 70% ou 60%. Nous avons perdu Martil d’une seule voix."
Cette alliance, vue comme contre-nature à l'époque, ne se justifie pas, selon Lachgar "sur le plan idéologique. (...) Mais ce qui nous a réuni, à l'époque, c'était la volonté d’affronter le PAM".
(Demain: Suite et fin)
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