Ahmed Taoufiq: “la religion est unique, la politique est plurielle”
Récemment publié au Bulletin officiel du 26 mai, le Dahir organisant les missions des préposés religieux et définissant leurs situations a suscité la polémique. Le ministre des Habous et des affaires islamiques sort donc de son silence et met les choses au point.
Le ministre des Habous et des affaires religieuses n'a pas l'habitude de rencontrer la presse. Pourtant, il a beaucoup de choses à dire. Il est resté jusqu'à présent dans une certaine réserve. Ce mercredi 9 juillet, il a reçu les journalistes.
Ahmed Taoufiq est allé droit au but. "Notre rencontre d’aujourd’hui a pour objectif de donner les éclaircissements nécessaires quant au Dahir 1.14.104 relatif à l’organisation des tâches des préposés religieux. Le traitement qui lui a été donné par certains supports et les interprétations qui en découlent ont fait polémique", explique le ministre.
Quelle est donc la bonne lecture du Dahir, selon le ministre?
Pour situer le débat dans son contexte, Ahmed Taoufik a rappelé, avec insistance, que la publication de ce texte de loi entre dans le cadre de plusieurs autres Dahirs, décrets et décisions publiés durant les dix dernières années et dont l’objectif est la restructuration du champ religieux au Maroc, un chantier lancé en 2004 par le Roi et dont le préposé au culte constitue l'un des piliers.
"Ce champ est régi depuis toujours par des principes connus de tous les Marocains et qui n’avaient pas besoin de Dahirs pour être institués. Aujourd’hui, dans le cadre de la gestion de la chose publique, il était nécessaire de mettre en place une référence juridique", précise le ministre des Affaires islamiques.
Il s’agit donc de passer de la culture traditionnelle à la culture juridique, des coutumes aux textes de loi. Les principes fondamentaux restent inchangés notamment le Coran, le Hadith et Imarat Al mouminin mais c’est la forme qui évolue.
Pour revenir à la polémique créée suite à la publication du Dahir 1.14.104, il faut rappeler que les débats sur les réseaux sociaux et sur certains supports médiatiques ont fait une interprétation particulière du Dahir basée sur la séparation de la politique du religieux.
A ce propos, Ahmed Taoufiq répond : "Les préposés religieux n’ont pas d’activités politiques. Ceci est la réalité actuelle des choses. Ce n’est pas une nouveauté. Les préposés sont complètement conscients de leurs limites et du principe de ne pas mélanger la religion et la politique car ce sont deux discours différents. La religion est unique alors que le champ politique est régi par des courants et opinions aussi différents que nombreux".
En effet, à quelques exceptions près, les préposés sous contrats avec le ministère des Habous n’ont pas d'appartenance politique. Le but est de "protéger les citoyens par la religion et éviter de confondre les deux registres."
Est-ce une séparation claire et nette de la religion du politique?
Le rôle du préposé religieux est d’encadrer le citoyen et de répondre à ses interrogations vis-à-vis de sa religion et ses relations avec ses concitoyens. La mosquée est supposée être un lieu de retour à Dieu et à soi et non un lieu de discours politiques.
Ceci dit que quelles ques soient ses convictions politiques, le préposé ne doit à aucun moment montrer son opinion politique ni entrer dans un différend partiel. "La politique et la religion ne sont pas différents mais ils ont des méthodes et des terrains différents. Par ailleurs, on ne peut pas parler de séparation entre les deux champs mais plutôt de concordance", ajoute M. Taoufiq.
Le Dahir relatif à l'organisation des tâches des préposés religieux et à la définition de leurs situations constitue, en effet, un tournant dans le processus de régulation de la chose religieuse au Maroc.
En plus des Dahirs sur le programme de lutte contre l’analphabétisme dans les mosquées, la création d’un prix Mohammed VI de lutte contre l’analphabétisme dans les mosquées et la création de l’Institut Mohammed VI de formation d’imams, de morchidines et de morchidates, le Dahir 1.14.104 interdit aux préposés, durant leur contrat, d’exercer une activité politique ou syndicale et leur commande de s’abstenir de tout acte pouvant compromettre l’exercice de la religion.
Les préposés religieux doivent également se conformer aux fondements du rite malékite et de la doctrine asharite ainsi que des fondements de la nation; porter une tenue marocaine au moment d’accomplir leurs responsabilités. Le non respect de ces dispositions entraîne la révocation.
De même, un mécanisme a été mis en place pour traiter les réclamations émanant des préposés religieux, par l'entremise d'une commission dénommée "la Commission nationale de traitement des plaintes et doléances des préposés religieux", créée à l'effet d'examiner toute injustice et tout tort subis par les préposés religieux dans leur interaction avec le département de tutelle.
Les autres articles du Dahir prévoient les dispositions en matière d’organisation du travail, des rémunérations, des congés payés ainsi que des conditions d’éligibilité à ces responsabilités.
Il s’agit donc d’un appui de plus aux fondements du champ religieux au Maroc: le Coran, le Hadit et Imarat al mouminine sous la tutelle directe du Roi. Le Dahir rappelle également le principe de la neutralité des mosquées par rapport à la politique. La religion est unique et facteur d’unité et la politique est relative, facteur de diversité et de discorde.
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