Le philosophe Ali Benmakhlouf anime la 3e causerie religieuse du Ramadan
C’est un penseur très respecté par ses pairs, très connu en France comme au Maroc, qui a donné une conférence lundi en fin de journée, dans le cadre de la 3e causerie religieuse du Ramadan. Comme toujours, les choix ont du sens. Le philosophe en question est Ali Benmakhlouf.
Il n’est pas courant qu’un philosophe anime une causerie religieuse. Le seul précédent est celui de Taha Abderrahmane qui comme Ali Benmakhlouf est un logicien.
L’exercice était difficile. Il s’agissait d’un thème sur "les droits du corps en Islam" à la lumière du Hadith du Prophète: "Jeûne et romps le jeune. Prie puis dors. Car ton corps a des droits sur toi".
Ali Benmakhlouf est membre du Comité d’éthique en France. Il a beaucoup travaillé sur l’éthique, et aussi sur les rationalistes comme Montaigne, Diderot, Farabi et Ibnou Rochd. Enseignant à Sciences Po Paris, il est également, toujours en France, président du comité consultatif de déontologie et d’éthique de l'Institut de Recherche pour le Développement, vice-président du Comité consultatif national d'éthique (CCNE).
L’événement a du sens parce qu’il signifie que la causerie du Ramadan n’est pas seulement théologique. Mieux encore, elle peut être donnée par un philosophe, par définition adepte de la Raison et de l’esprit critique.
Cet événement impose également une interrogation: n’est-il pas temps de créer un comité d’éthique au Maroc? Pluridisciplinaire évidemment, d’où sa pertinence.
Enfin, cette causerie religieuse conforte l’ouverture sur les sciences humaines qui est désormais acquise et que l’on espère voir par exemple dans les programmes de formation des futurs imams par l’Institut Mohammed VI.
A chaque fois que l’on invite une personnalité extérieure au champ religieux, à donner une causerie religieuse, le risque est de tomber dans le concordisme. C’est-à-dire de vouloir affirmer et réaffirmer que la science, la logique ou la Raison concordent avec la Révélation. Ecueil qui n’a pas été complètement évité par Ali Benmakhlouf et qu’il faut dépasser à l’avenir.
Le conférencier a tout d'abord traité de la relation de l'homme avec son corps, qui a différé suivant le temps et les avis des gens, précisant que cette relation a oscillé entre le déni du corps comme s'il était une source du mal et de décadence, et une perception charnelle de ce corps, versant ainsi dans la concupiscence.
Pour lui, le corps est la partie de l'homme la plus fragile comparativement avec l'âme et nécessite, de ce fait, une attention, de la prévention et des soins, citant à cet égard des hadiths du prophète Sidna Mohamed, prière et salut sur lui, comportant des conseils ayant trait à la prévention.
Le Pr Ben Makhlouf a centré sa conférence autour de trois axes, à savoir, les droits du corps, la prévention et la dignité, le corps n'étant pas une marchandise, l'autonomie fonctionnelle des corps et la consultation médicale génique et le rapport médecin-patient.
Le conférencier a aussi soulevé, dans ce contexte, la question du don d'organes, soulignant que la sacralité du corps humain implique que ce corps, ses composantes et organes ne doivent en aucun cas être un objet de propriété, ni faire l'objet de marchandisation ou de concession.
Il a fait remarquer que les théologiens musulmans ne s'opposent nullement à la greffe d'organes, devenue une pratique courante dans nombre de pays islamiques, soulignant que l'éthique en médecine doit être sous-tendue par le bien et la conformité avec le principe du respect de l'autre, tout en atténuant la tutelle médicale traditionnelle.
(Avec MAP)
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