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Le monde arabe “épuisé” par l’Histoire?

L’hebdomadaire britannique The Economist consacre le dossier principal de sa dernière édition à "la tragédie des Arabes", titre de l’un de ses principaux articles de ce week-end. Le second article est intitulé "Le monde arabe épuisé par l’Histoire".  

Le monde arabe “épuisé” par l’Histoire?
Jamal Amiar
Le 7 juillet 2014 à 12h00 | Modifié 27 avril 2021 à 22h29

Pour The Economist, la tragédie des Arabes en 2014 peut tout d’abord se résumer à deux constats: il y a 1.000 ans Damas, Bagdad et Le Caire étaient des capitales leaders ; aujourd’hui, tout le monde avance, toutes les régions du monde progressent, excepté le monde arabe. "Malgré les espoirs d’il y a trois ans quand une vague de contestation traversa la région et balaya quatre dictateurs en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen (…) écrit le magazine britannique, les fruits du Printemps arabe se sont transformés en autocratie et en guerre". Ceux-ci engendrent de la misère et du fanatisme qui menacent le reste du monde, poursuit The Economist.

Le magazine londonien s’interroge: "Pourquoi les Etats arabes ont-ils misérablement échoué à fonder la démocratie, le bonheur et (pétrole mis à part) la richesse pour leurs 350 millions de ressortissants? Pourquoi les sociétés arabes sont-elles sensibles aux régimes vils et fanatiques?"

Le constat du journal londonien est sans appel comme les titres de ses articles: "Pour que les Arabes se réveillent de leur cauchemar, et pour que le monde soit plus en sécurité, beaucoup de choses doivent changer".

Seule la Tunisie trouve grâce aux yeux de The Economist et, dans une moindre mesure, le Maroc et la Jordanie. Tunis parce qu’elle met en place "les attributs d’une véritable démocratie" ; Rabat et Amman, qui malgré, parfois, "la minceur de leur vernis démocratique restent des lieux agréables et intéressants où vivre".

The Economist n’est pas "Paris-Match". Son rôle n’est pas de flatter ou de publier de belles et grandes images en couleurs. Il est le plus souvent incisif et pertinent. Sa cible: un lectorat anglo-saxon exigeant et des banquiers et des investisseurs à Londres, Francfort, New York, San Francisco, Dubaï, Singapour et Tokyo. C’est l’une des bibles de l’élite internationale qui dirige le monde.

Le monde arabe “épuisé” par l’Histoire?

Avec les intérêts financiers et politiques dont les Anglais ou les Américains disposent à Ryad, Bagdad ou dans les pays du Golfe, The Economist aurait pu faire l’impasse sur le sujet s’il voulait se montrer complaisant. L’heure doit donc être grave. Elle l’est, l’a été et le sera encore pendant un moment. Mais a-t-on besoin de The Economist pour le savoir? En vérité, pas vraiment. Mais politiquement, les Arabes n’aiment pas se regarder dans le miroir. Et quand ils le font, cela donne soit des élections truquées, soit une guerre civile soit un coup d’Etat, soit tout à la fois.

The Economist  note que depuis la deuxième Guerre mondiale, le monde arabe et le Moyen-Orient sont les régions du monde qui ont connu le plus de conflits armés inter-étatiques et civils avec le plus de morts et de destructions, notamment archéologiques et historiques au Levant. Triste record. A la fin des années 1970, une seule guerre civile faisait l’actualité du monde arabe, celle du Liban. Aujourd’hui, on en compte 4, 5 ou 6 selon les critères retenus : Libye, Syrie, Irak, Yemen, Liban ( ?), sans oublier celle d’Algérie qui a duré 10 ans et fait entre 100.000 et 200.000 morts.

The Economist assène: "Mais seuls les Arabes peuvent renverser leur déclin (…). En ces temps agités, tout ce qui a trait à la stabilité séduit." Même si cela rime avec immobilisme et renforcement des privilèges. "Les hommes dans leurs palais et leurs soutiens occidentaux ont besoin de comprendre que la stabilité a besoin de réformes". "Pluralisme, éducation et marchés ouverts ont constitué des valeurs arabes et elles peuvent l’être de nouveau".

Le second article surle monde arabe épuisé par l’Histoire revient sur les épisodes de guerres et de morts de ces 50 dernières années dans le monde arabe, les malheurs libanais, syrien avec déjà 300.000 morts et 13 millions de déplacés et de réfugiés, le blocage algérien ou les divisions libyennes du jour et l’instrumentalisation de la question palestinienne.

Il y a une trentaine d’années l’universitaire arabo-américain Fouad Ajami (1945-2014) publiait à Washington, "The Arab predicament", "le malheur arabe" ou "la fâcheuse situation du monde arabe". Son décès il y a un peu plus de deux semaines a rappelé à ceux qui l’ont un jour lu ou écouté que rien n’avait changé. Au contraire.

L’intérêt de l’article de The Economist réside dans le passage en revue des explications données par les démographes, les politologues et la géopolitique, les sociologues, les anthropologues. Il n’existe pas une seule explication. Mais l’absence d’Etat de droit, la prévalence de la corruption qui augmente les coûts de toute chose publique notamment et pervertit une meilleure allocation des ressources des pays en constituent quelques-unes.

Ensuite, si les hommes et les femmes sont au pouvoir parce qu’ils aiment le pouvoir et pensent que le pouvoir peut changer les choses, il faut y aller avec entrain et mesure mais avec détermination. Le pouvoir doit servir à construire, à améliorer, à servir et à apprendre à mieux servir. Les critiques de la situation du monde arabe, pétrolier ou pas, constatent le gâchis et les risques. Ils sont aujourd’hui importants et réels même si quelques clichés ne sont pas absents de l’analyse.  

Prenant l’exemple du cas égyptien, The Economist écrit que "le gouvernement égyptien peut réussir à étouffer la dissidence, comme les régimes en Irak, en Syrie et ailleurs peuvent éventuellement réussir des solutions à l’algérienne". "Mais pour réussir, les sociétés ont besoin d’ouverture" écrit l’Egyptien Amr al-Zant cité dans l’article. Politique et économie s’équilibrent. "Mais avoir une vie politique fermée et des esprits fermés est une recette pour le désastre; la preuve, conclut The Economist, "regardez l’état actuel des Etats arabes".

The Economiste publie également une carte dans laquelle il classe les pays arabes en fonction du degré de démocratisation :

- Seule la Tunisie est classée en tant que démocratie;

- Le Liban se voit donner l’étiquette de semi-démocratie;

- Les démocraties "de façade" : Maroc, Mauritanie, Algérie, Egypte, Soudan, Jordanie, Koweit, territoires palestiniens;

- Failing state ou Etat défaillant : Libye, Yémen;

- Guerre civile : Syrie, Irak;

- Monarchies absolues : Arabie Saoudite, Oman, Emirats, Bahrain, Qatar.

Le dossier de The Economist apporte davantage d’interrogations que de réponses. Il recèle bon nombre de clichés et manque de profondeur, mais il illustre la manière donc la situation du monde arabe est perçue dans les hautes sphères économiques et financières internationales.

Retenons-en une seule phrase : seuls les Arabes peuvent arrêter leur déclin.

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Jamal Amiar
Le 7 juillet 2014 à 12h00

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