Réaffirmation spectaculaire du monopole du religieux par le Roi
C’est un coup de maître et une décision importante pour le Maroc. Une réponse appropriée à ce qui se passe dans le monde, même si elle s’inscrit dans une logique entamée depuis 2003. Le Roi Mohammed VI vient de réaffirmer le monopole de la gestion du champ religieux.
Ce monopole est détenu par le Roi en tant que Amir Al Mouminine. Un Dahir vient exposer quels sont les fondements de notre religion.
Le mois de Ramadan commence sous le signe d’une nouvelle reprise en main du champ religieux. Un Dahir notamment, fera date. Il concerne les “préposés“ aux mosquées, autrement dit tous les imams, quel que soit leur statut. Il installe une neutralité des mosquées par rapport à la politique et réaffirme le monopole du religieux, assumé par le Roi, Amir Al Mouminine (commandeur des croyants).
C’est une nouvelle reprise en main du champ religieux, ou un nouveau palier dans la restructuration du champ religieux entamée avec le discours fondateur d’avril 2004. Déjà avec la réforme de la Moudawana puis avec le discours du Trône de 2003, on savait que la restructuration du champ religieux allait être un chantier du règne.
Le Bulletin officiel du 26 juin publie quatre dahirs qui concernent le champ religieux [seule la version en langue arabe est disponible]. Ils portent sur:
1.le programme de lutte contre l’analphabétisme dans les mosquées ;
2.la création d’un prix Mohammed VI de lutte contre l’analphabétisme dans les mosquées ;
3. la création de l’Institut Mohammed VI de formation d’imams, de morchidines et de morchidates ;
4.l’organisation du rôle des préposés religieux, vocable plus général qu’imam, qui englobe les imams dans leurs différentes catégories et statuts.
Les deux derniers dahirs sont significatifs. Le dernier, en particulier, fera date.
Il s’agit du Dahir n°1.14.104 du 20 mai 2014. Les préposés religieux sont des personnes liées par contrat au ministère des Habous ou chargées par lui d’exercer des responsabilités dans les mosquées. Ils se chargent notamment de l’imamat (conduite de la prière), l’encadrement religieux, le conseil, le prêche, l’appel à la prière…
Les obligations des préposés religieux. Il leur est interdit d’exercer toute activité ou de prendre une quelconque position à caractère politique ou syndical, de s’abstenir de tout acte pouvant compromettre les rites, de veiller à la quiétude des lieux de culte.
Les préposés religieux doivent se conformer aux fondements du rite malékite et de la doctrine asharite ainsi que des fondements de la nation ; porter une tenue marocaine au moment d’accomplir leurs responsabilités. C'est un retour à la marocanité sans concessions. Le non respect de ces dispositions entraîne la révocation.
Les autres articles du Dahir prévoient les dispositions en matière d’organisation du travail, des rémunérations, des congés payés ainsi que des conditions d’éligibilité à ces responsabilités. Entre autres, il y a une condition d’âge (inférieur à 50 ans au moment du recrutement) et de formation (licence ou équivalent).
La causerie religieuse inaugurale de ce mois de Ramadan, qui a eu lieu mardi devant le Roi, a été prononcée par Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques. Et comme tout propos prononcé par le ministre, a fortiori en présence du Roi, le choix du sujet avait du sens.
Le thème officiel était le suivant : “'Les mécanismes de protection de la religion et de la foi au Royaume du Maroc'', s'inspirant du verset du Saint Coran: "Il vous a légiféré en matière de religion, ce qu'Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t'avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus: Etablissez la religion, et n'en faites pas un sujet de divisions''.
En d’autres termes, il s’agissait du monopole du champ religieux, la religion ne devant pas être un facteur de division mais d’unité.
Les lecteurs de Médias 24 le savent bien : depuis le lancement de notre portail, nous n’avons cessé de réaffirmer que le monopole du champ religieux est un impératif essentiel et stratégique. L’ouverture du champ religieux à la libre concurrence n’a enfanté au mieux que la discorde, au pire les violences et les guerres.
Le Maroc passe donc un nouveau palier en matière de restructuration du champ religieux. On ne pourra plus mêler politique et religion. On ne pourra plus diffuser dans les mosquées n’importe quelle vision, interprétation, voire falsification de l’islam. Des imams seront dorénavant formés dans un institut spécialement créé pour l’occasion. Et surtout, le monopole du religieux est réaffirmé par la force de la loi, à travers un Dahir.
En ces temps où la circulation des biens religieux est universelle, où une certaine invasion se fait grâce aux nouvelles technologies, où les excès, voire les violences, deviennent omniprésents, ces décisions vont contribuer à préserver le Maroc et les Marocains et à les protéger.
Mais le chantier n’est pas achevé. Le champ religieux est vaste, ses composantes sont nombreuses, d’autres étapes devront suivre.
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