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Les confidences de Mustapha Ramid. “Voilà pourquoi j'ai changé”

Mustapha Ramid, ministre de la Justice et des libertés a eu «90 minutes pour convaincre». L’émission éponyme de Medi 1 TV, diffusée jeudi 26 juin, a tourné à l’interrogatoire. Le journaliste a titillé le ministre sur bien des points. La question des droits de l’homme a été survolée. Compte rendu.

Les confidences de Mustapha Ramid. “Voilà pourquoi j'ai changé”
Imane Azmi
Le 29 juin 2014 à 14h31 | Modifié 29 juin 2014 à 14h31

Toujours est-il, nous apprenons que Mustapha Ramid ne craint pas de reconnaître qu’il change d’avis en fonction des circonstances et de son angle de perception.

Sur son revirement de bord «klabti vista» dont certains l’accusent? Le ministre répond: «quand on est ministre de la Justice, on défend les citoyens et la justice, mais on appartient à des institutions. C’est ce que n’arrivent pas à comprendre tout le monde». Et d’ajouter: «quand un avocat devient juge, il ne peut plus tenir le rôle d’un avocat».

Qu’est ce qui a changé dans sa vie, depuis qu’il est devenu ministre ? «Mes cheveux ont blanchi», ironise Mustapha Ramid. Et de poursuivre: «Pas moins de 12 heures de travail par jour, ajoutez à cela les soucis du peuple et la de justice, mais je suis soutenu par les militants du ministère».

Comment se fait-il que cette fonction ait provoqué les larmes de ses prédécesseurs comme Naciri, Bouzoubaa et les siennes également? Ramid fait dans la confidence et relate les circonstances de son émotion non dissimulée. Il plante le décor: «durant la présentation du budget du département de la justice, lors de la discussion du projet de loi de finances 2012, en commission parlementaire des finances, la grève des greffiers de justice battait son plein. Les députés présents sont intervenus. Le ton est monté. Je ne comprenais pas pourquoi les gens voulaient les grèves alors que les diplômés chômeurs cherchaient de l’emploi?»

 

 

La relance du journaliste n’a pas tardé:vous avez toujours défendu les diplômés chômeurs, maintenant vous combattez l’emploi direct dans la fonction publique? Tout de go, Ramid rétorque : «je n’ai pas Alzheimer. Nous Marocains, que voulons-nous: avoir une position dans le monde ou rester en marge?». Il s’explique: «j’ai soutenu les diplômés chômeurs en 1998 à 2004. Aujourd’hui, j’ai changé d’avis, je ne crois plus en l’emploi direct. J’ai fauté au début de ma carrière politique, j’étais dans l’opposition».

Le journaliste lui fait remarquer sa nervosité permanente, soulignant qu’on lui reproche son absence d’humour. Ramid répond en trois points. 1-je ne m’énerve pas quand les propos sont vrais. 2-en tant que parlementaire, je lançais des débats et n’attaquais pas des personnes. 3-je suis humain et j’ai droit à l’erreur.

Le portefeuille de la Justice: un fardeau? Son exercice correspond-il aux attentes? Si c’était à refaire, l’aurait-il accepté? Le concerné tient à préciser: «je ne me suis pas proposé à ce poste, ce sont les membres du bureau du parti qui en ont décidé par vote secret. Je ne suis pas dans un projet personnel. Mes rentrées d’argents sont inférieures que lorsque j’exerçais en tant qu’avocat ou parlementaire». Il confie tout de même: «oui, je referais ce choix ».

Quid de l’évaluation du plan de la lutte contre la corruption, auquel l’opposition reproche l’absence de volonté du département? «Le gouvernement dans son ensemble manifeste cette volonté. Nous faisons et réalisons des choses. La corruption est difficile à combattre du jour au lendemain. Pour la 1ère fois, nous avons une commission qui traite des dossiers qui parviennent des citoyens, des parlementaires, des instances. Les rapports sont transférés au procureur. Les moyens manquent».

A ce sujet, il fait une annonce: «avec le ministère de l’Intérieur, il a été décidé pour améliorer les enquêtes dans le cadre de ces affaires, que 4 nouvelles brigades régionales de la BNPJ vont devenir opérationnelles». Et d’ajouter: «ce sont des dossiers sur lesquels on ne peut pas communiquer, il en va du respect du principe de la présomption d’innocence». Et les poursuites judiciaires? «Je ne peux intervenir dans le judiciaire».

En revanche, il donne l’exemple des 18 magistrats dont les uns ont été forcés au départ à la retraite et les autres tout simplement licenciés. Le conseil supérieur de la magistrature, le CSM détient selon lui, les preuves de leur culpabilité. «D’ailleurs, le CSM surveille le patrimoine financier et immobilier des magistrats», lance-t-il.

Le dialogue national pour la réforme de la justice. «Nous avons aujourd’hui un référent, une charte qui trace la voie de la réforme. Des textes ont été élaborés: procédures pénale et civile, loi organique pour le conseil supérieur du pouvoir judiciaire, celle portant sur l’organisation de la magistrature, le code pénal», expose Ramid.

Sur la même thématique: les membres de la commission supérieure ayant élaborée la charte, la participation contestée des cadres conservateurs du ministère de la justice et les voix qui s’élèvent contre? Les réponses du ministre :

- Parmi les 40 personnes membres de la commission, on comptait 13 magistrats.

- Il ne pouvait se passer des hauts fonctionnaires qui pratiquent la chose judiciaire ou encore des anciens ministres comme Machichi Alami ou Tayeb Naciri.

- Les présidents des différentes instances du CNDH, CESE, Instance de lutte contre la corruption…ont participé.

Cas du Club des magistrats: Les révélations de Mustapha Ramid. Les représentants du Club des magistrats n’ont pas été inclus dans la commission supérieure en raison du mouvement de grève, qu’ils prévoyaient pour le 15 mai 2012, alors que le 8 mai, le Souverain recevait les membres de cette cellule. Une situation indécente selon Ramid. «Nous amorçons alors une étape histoire et ils menaçaient de grève en revendication à des augmentations de salaires!»

Cas de l’association de l’ordre des avocats. «Depuis la semaine dernière, des relations nouvelles se sont établies avec l’association de l’ordre des avocats. Dès vendredi prochain, une commission conjointe discutera de nos différends», indique Mustapha Ramid.

Le projet de loi organique relatif à la cour constitutionnelle et l’absence de la disposition permettant de soulever l’inconstitutionnalité d’une loi. «Il est vrai que j’étais d’accord pour son intégration. Toutefois, cette disposition n’est nécessaire pour l’instant. Au final, je suis tenu de défendre les recommandations fixées par la charte. La constitution ne précise pas que cette disposition soit comprise dans la loi organique relative à la cour constitutionnelle. Elle peut faire l’objet d’un texte à part», explique-t-il.

Etat des infrastructures des équipements de justice. «Je souffre en visitant les tribunaux. Selon les prévisions de la charte, en 2016, nous assisterons à deux sortes de chantiers: les uns finis et les autres inaugurés. En 2018, il n’y aura plus un seul tribunal délabré», promet le ministre.

Situation des droits de l’homme. «Il n’y a pas de recul de 2011 à aujourd’hui. Certes, dans la pratique, il subsiste des interventions sécuritaires abusives comme par exemple le refus d’accorder des autorisations aux associations. Mais, depuis ma prise de fonction en 2012, il n’y a pas eu de rapts. Nous ne vivons pas dans un régime de torture structurelle. Malheureusement, en raison de la difficulté de la preuve, les responsables ne sont pas conduits devant la justice», dit-il

Dossier des prisonniers salafistes. La vision de Mustapha Ramid repose sur l’ouverture d’un dialogue en prenant en considération les trois catégories de détenus : 1-ceux qui peuvent bénéficie d’une grâce, 2- les criminels persévérant dans leur position, pour ceux-ci la justice suivra son cours, 3-ceux qui regrettent et sont prêts à réintégrer la société, auxquels le pardon devrait être accordé.

Coopération judiciaire Maroc-France. «La France a commis des erreurs et des dépassements. Notre réaction a été inédite», se contente-t-il de commenter.

Peine de mort. «La majorité du pays ne veut pour l’instant abolir la peine de mort, à nous de poser des conditions dans le cadre du droit pénal».

L’affaire de la nationalité française de Salaheddine Mezouar. «Je n’imagine pas qu’un ministre puisse mentir à ce sujet. Si c’est vrai? C’est une catastrophe! Il ne devrait pas mentir.»

Abdelillah Benkirane et son discours sur les femmes. «J’ai visionné plusieurs fois la vidéo. Il a dit de belles choses sur les femmes. Ses propos ont été détournés, l’opposition provoque des situations et véhicules des choses fausses».


 

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Imane Azmi
Le 29 juin 2014 à 14h31

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