La visite privée du Roi vue par les Tunisiens
TUNIS. C’est extraordinaire comme des gestes en apparence simples peuvent avoir des effets puissants et durables. Qu’un Chef d’Etat effectue une visite privée dans un pays étranger, quoi de plus banal ? Et pourtant, celle du Roi du Maroc à Tunis marque profondément la population, voici pourquoi.
Les relations entre le Maroc et la Tunisie sont des relations lointaines et profondes. Elles remontent presque au-delà du temps. Plus près de nous, rappelons simplement que les hafsides qui ont régné sur la Tunisie près de 4 siècles, étaient des berbères masmouda venus du Maroc.
A l’époque moderne, les relations entre les deux pays, telles qu’elles sont vues de Tunis, portent l’empreinte de Bourguiba et de Mohammed V. Mohammed V, un souverain populaire jusqu’en Tunisie et jusqu’à ce jour, le plus beau boulevard de Tunis porte son nom.
Au milieu des années soixante, Bourguiba met en place ce qui deviendra une doctrine inoxydable de notre diplomatie tunisienne, jusqu’à présent: le partenariat et les relations approfondies avec le Maroc, pour éviter les têtes-à-têtes avec les deux voisins ombrageux, Algérie et Libye. En d’autres termes, un équilibre régional. Ou un rééquilibrage.
En 1971, le coup de Skhirat provoque un nouveau rapprochement: alors que la situation était confuse, la Tunisie avait réaffirmé son soutien au Maroc de Hassan II et rassuré la communauté marocaine réunie à l’ambassade.
En janvier 1980, un commando tunisien armé entraîné en Libye et infiltré à partir de l’Algérie, prend la ville de Gafsa au milieu de la nuit. Le Maroc envoie immédiatement un soutien logistique et militaire. Nous ne l'avons jamais oublié.
Sur la scène internationale, il y a en plus des ces relations désintéressées, une complicité sur les grands dossiers, comme celui du Proche Orient.
Au-delà de l'économie
Dans le langage diplomatique, les mots sont banalisés et perdent de leur valeur. Ils sont démonétisés en quelque sorte. Dans le cas de nos deux pays, il n’est pas du tout exagéré de parler non pas d’une amitié mais d’une fraternité réelle et désintéressée.
La visite du Roi ne doit pas sa portée et son retentissement national à un forum économique, qui est en fait un format dupliqué de pays en pays. Ni à des accords de coopération. La prolongation de la visite du Roi, ses sorties en ville comme un simple quidam, sans protection visible, a frappé les esprits. Elle a éclipsé les aspects diplomatiques, économiques et officiels. Nous sommes profondément touchés, émus, au plus profond de nous mêmes.
Elle est interprétée comme un signe de confiance dans le pays et dans sa sécurité. Elle est un média à part entière si j'ose dire pour affirmer, mieux qu’une campagne de l’office du tourisme, qu’un Chef d’Etat étranger se balade dans les rues de Tunis sans être inquiété.
Les Tunisiens sont profondément touchés par ce geste qu’aucun homme politique tunisien n’a osé faire.
Sur Facebook, les rencontres avec le Roi du Maroc sont devenues un sujet à part entière. Facebook est le média le plus puissant du pays, soit dit en passant. On peut y lire par exemple ce commentaire qui résume tous les autres : “J'apprécie à sa juste valeur cette attitude décontractée, conviviale, presque familière, de ce souverain venu d'un pays frère, mais pas étranger!“.
Et le journal digital Kapitalis d’ajouter : “C'est un geste d'amitié dont la portée n'échappera pas aux Tunisiens, qui ne l'oublieront pas de sitôt“. Les intérêts économiques en paraissent presque dérisoires. Le langage du coeur sera toujours supérieur au langage de l'intérêt. Merci.
(L'auteur est une journaliste tunisienne. Article rédigé pour Médias 24).
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