Comment le gouvernement a raté sa communication autour du 1er mai
Benkirane a fait fi de toutes les réserves, de toutes les oppositions, même celles qui se sont exprimées au sein du gouvernement. Et pourtant, il n'est pas parvenu à vendre ses décisions. Histoire d'une communication ratée.
Le gouvernement a complètement raté sa communication au sujet du pack social du 1er mai, alors qu’il avait des annonces consistantes à faire. C’est par la presse digitale que le public a été informé et ce dès le vendredi matin (par exemple ici sur Médias 24).
Dimanche en milieu de journée, c’est par sms que des journalistes sont invités à la conférence de presse du ministre de l’emploi convoquée pour le lendemain à 9h00. Déception, la conférence de presse sera centrée sur un “bilan social“ du gouvernement alors que l’opinion attend les décisions relatives au 1er mai. Le ministre de l'emploi veut délivrer des messages, les journalistes attendent des informations.
Mardi soir, le chef du gouvernement entouré des ministres concernés reçoit la CGEM et les syndicats pour le dernier round des négociations du 1er mai, en trois réunions successives. Les réunions prennent fin vers 23h00 et le chef du gouvernement les conclut par cette phrase : “c’est une décision politique et je l’assume“.
Il s’attarde alors avec ses collaborateurs et demande à Abdeslam Seddiki d’annoncer les différentes décisions le lendemain mercredi.
Personne ne se préoccupe de la manière dont la communication a été menée jusque là ni comment elle le serait le mercredi. Pourtant, le gouvernement a réellement fait quelques cadeaux. Mais il ne saura pas les vendre.
Mercredi, les médias savent qu’il y aura une communication officielle et qu’elle prendra la forme d’un discours du ministre de l’emploi, forme choisie par Abdeslam Seddiki.
Plus le temps passe, et plus l’annonce gouvernementale à venir perd de sa force, car elle est affaiblie, vidée de sa substance, par les fuites successives dans la presse.
Le discours de Abdeslam Seddiki est annoncé pour la fin de la journée puis confirmé pour le JT de 21h00 sur la chaîne nationale de tv Al-Oula. En réalité, quelques phrases extraites du discours sont reléguées à la seconde partie du JT, vers 21h15, alors que cette annonce aurait du faire l’ouverture. Mais les JT d’Al-Oula sont hiérarchisés d’une manière institutionnelle, et pas en fonction de l’intérêt des sujets. De sorte que c’est Benkirane qui a fait l’ouverture du journal, pour sa comparution devant la chambre des conseillers.
Le gouvernement aurait du négocier avec Al-Oula la manière dont cet événement allait être mis en scène. Le discours complet est diffusé en fin de journal et c’est dans un arabe classique, sur un ton hésitant, manifestement intimidé par la caméra que le ministre sert un discours convenu dans lequel se noient les décisions censées être “un cadeau“ aux syndicats selon les termes de Benkirane.
On aurait pu penser que la presse aurait reçu le communiqué officiel sous embargo ou bien en même temps que le ministre s’exprimait à la télévision. Rien de tout cela. L’agence MAP diffusera le premier flash en français à 21h59 puis il faudra attendra 22h40 pour le premier développement. Ce jeudi matin, les esprits des Marocains seront occupés par le pont du 1er mai, les vacances scolaires, la grasse matinée et éventuellement les défilés des syndicats.
Au final, la cible de ces décisions n’est pas correctement mise au courant, les syndicats occuperont la scène médiatique tout au long de cette journée, et les entreprises paieront les largesses de M. Benkirane.
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