Moulay Hicham, le banni de Princeton
“Journal d’un Prince banni“ a fait les gros titres des médias, mais n’a pas fait l’événement. Il y a eu beaucoup d’articles et peu d’analyses, des reprises de bonnes feuilles, de préférence les plus voyeuristes. Nous avons attendu de le lire avant de vous livrer un article. Décryptage.
L’ouvrage du Prince Moulay Hicham n’est ni un récit autobiographique ni un journal de bord.
C’est un manifeste politique, tel est du moins son objectif. L’auteur semble guidé par une ambition politique dévorante, maintes fois affichée, aujourd’hui ouvertement déclarée; "je ne m’interdis rien": en d’autres termes, je me permettrai tout.
De la part d'un citoyen marocain qui prétend à un rôle, la démarche est naturelle et légitime. Cet homme a des prétentions, il le dit et après avoir louvoyé pendant deux décennies, il se lance en politique, comme d’autres (parfois les mêmes!!!) se lancent en affaires.
Mais il se trouve que ce citoyen est prince, cousin du Roi, neveu de Hassan II. Dès lors, sa seule stratégie possible pour accréditer la thèse du recours -moi ou le chaos- c’est celle de la rupture. Rupture avec les siens y compris sa proche famille, avec son milieu, avec son appartenance, et dans ce cas, les diaboliser devient un pré-requis, une nécessité vitale.
Voici et Le Monde Diplomatique
Ce mélange des genres, ce mix entre Voici et Le Monde Diplomatique, complique toute grille de lecture du livre, brouille sa compréhension, introduit des éléments qui parasitent l’ensemble.
L’appât du livre, ce sont les racontars, calomnies, médisances, intrigues réels ou inventés. Par contre, le propos, l’objectif premier, c’est la posture politique.
L’auteur —qui n’est pas né de la dernière pluie— a vu les bénéfices qu’il pouvait tirer de cette confusion.
Si vous le critiquez en tant que membre de la Famille Royale, il vous opposera son droit de s’exprimer, en tant que Marocain, dans un pays démocratique ou censé l’être.
Si vous le critiquez en tant qu’homme politique, il fera glisser le propos vers son ascendance éminente et son statut de victime, la légitimité de sa posture et son courage à toute épreuve.
Iznogoud et Brutus
L’Orient dont il se réclame affûte en son sein depuis des siècles les dagues impatientes de vizirs qui se voient Calife à la place du calife. Dans le Maroc contemporain, la figure d’Iznogoud a emprunté quelques fois ses galons aux uniformes militaires, jamais à la toge de Brutus.
Le parricide! Ah ! la voilà l’ombre de Hassan II, qui court toute la trame de ce livre (roman?). Ce César qui cumulait dans toute sa majesté le rôle du père, de l’oncle, du Roi tout-puissant, n’aurait pas su saisir chez son neveu, jeune poulain piaffant, les qualités supérieures que ce dernier s’accordait tout seul, rêvant à ses plus hautes destinées.
Chez lui, l’amour du pouvoir est supérieur à l’amour des siens. Son égo est supérieur à son intelligence qui elle, n’est pas usurpée.
Déception, rancœur, envie, nous sommes plus dans un scénario de ‘Harim el Sultan’ que dans le mental d’un homme politique moderne.
Les printemps arabes lui avaient à un certain moment, redonné de l’espoir. Vite déçu. Il change de posture: la révolution marocaine sera décalée dans le temps, elle interviendra en 2018. Il la raconte dans un long texte publié en janvier 2013 par la revue Pouvoirs.
Rien ne se passe. Au Maroc, personne ne l’appelle au secours. Il entame une course contre la montre, veut absolument se trouver un espace sur le champ politique. «Prince banni» est une excellente trouvaille marketing. C’est mieux que «prince rouge». Il joue son va-tout : tout renier, tout casser. Rien ne trouve grâce à ses yeux. La classe politique et l’élite sont pourries. Le Makhzen aussi. Condescendant, il veut bien être un recours pour un peuple qui n’a rien compris!
Le propos politique de son ouvrage esquive l’essentiel pour un homme qui se perçoit comme un recours: le projet politique. Il liste ce qui ne va pas, parfois à raison; il arrive à un bonimenteur de dire la vérité pour crédibiliser son propos. Par exemple, il a raison lorsqu’il évoque l’arrivée massive des jeunes sur le marché du travail, qu’il faut anticiper. Il est injuste, ou de mauvaise foi, lorsqu’il fait un bilan où rien ne trouve grâce à ses yeux, même pas la Moudawana ni les performances économiques[i].
On connaissait sa position sur la place de l’Amazigh au Maroc. Pour lui, le Maroc ne peut être qu’arabe.
Sur le Sahara, on sursaute. "Occidental" répète-t-il partout. S’en explique (sur France 24): "c’est l’appellation internationale". Allons donc !
Cette affaire [du Sahara] remonte selon lui, à un rêve de Allal Fassi, le ‘Grand Maroc‘ comme d’autres disent le grand Israël. Le Maroc, expansionniste? Un simple rêve de Allal Fassi?
Et les droits historiques du Maroc? Il les occulte tout simplement. Il est plus proche de la thèse des dirigeants algériens que des droits marocains. Bouteflika l’appelle d’ailleurs au téléphone, ils discutent des misères que le Makhzen lui fait. Étrange !!!
Sur le Sahara marocain, aucune analyse géopolitique. Aucune référence historique aux droits du Maroc. Aucune solidarité ou réaffirmation de ses droits.
Ses ambiguïtés, ses postures n’ont jamais été aussi clairement étalées. Cet homme veut vendre des illusions aux Marocains. Il ne semble pas trouver preneurs.
[i] Par exemple, lorsqu’il cite la Banque Mondiale qui estime que la faiblesse de la croissance au Maroc est une énigme. Cette citation est extraite du mémorandum de… 2005. Ce n’est pas le seul exemple. L’ouvrage est truffé d’affirmations discutables, de raccourcis, d’erreurs, et pas seulement dans le domaine économique.
Second exemple : l’auteur affirme que Hassan II s’est brouillé avec l’OLP et Yasser Arafat non pas parce que ce dernier a salué publiquement le chef du Polisario à Alger, mais parce que Yasser Arafat a eu l’outrecuidance de rendre visite à Moulay Hicham à Rabat.
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