USFP : Lachgar et Zaidi s’affrontent au risque d’une scission
Les hostilités ont repris entre Driss Lachgar et Ahmed Zaïdi. La mésentente sur la désignation du président du groupe parlementaire a ravivé des tensions entre les deux hommes qui pourraient, à terme, déboucher sur une scission au sein des socialistes marocains.
L'élection du président du groupe parlementaire qui devait avoir lieu lors de la réunion du bureau politique des socialistes au siège du parti à Rabat a été reportée d’autorité au dimanche 13 avril prochain par Driss Lachgar, 1e secrétaire de l’USFP. Mécontent, Ahmed Zaidi qui ne l’entendait pas de cette oreille a organisé un scrutin anticipé dans l’après-midi du mardi 8 avril au siège du parlement.
Le matin du 8 avril, les 2 frères ennemis s’étaient réunis avec l’ensemble des parlementaires pour préparer l'élection du nouveau président du groupe. Le scrutin devait voir s’affronter le président sortant Ahmed Zaïdi ainsi que la protégée de M. Lachgar, la députée sahraouie Hasnaa Abou Zaïd.
En tout état de cause, Driss Lachgar a brusquement changé d’avis sur la tenue de ce scrutin et a imposé que le choix des candidats soit entériné par la commission administrative et non par le groupe parlementaire. Refusant le diktat de Driss Lachgar, Ahmed Zaidi a convoqué le même jour les députés du groupe parlementaire pour procéder à l’élection d’un des 2 candidats déclarés. Malgré l’absence de la candidate de Driss Lachgar, environ 30 députés ont assisté à ce scrutin et Ahmed Zaidi a été réélu à la tête du groupe parlementaire socialiste avec 22 voix pour et 5 abstentions. Le groupe parlementaire socialiste qui compte 42 députés dont 38 USFP et 4 du Parti travailliste a donc mis le premier secrétaire devant le fait accompli en réélisant Ahmed Zaidi à la présidence du groupe.
Contacté par notre rédaction, Ahmed Zaidi assure avoir déposé les résultats du scrutin au parlement et affirme n’avoir fait que respecter l’article 33 du règlement du parlement qui impose de procéder à l’élection des présidents de groupe 48 heures avant l’ouverture de la session parlementaire. Pour conforter ses dires, il rappelle que tous les partis de la majorité comme de l’opposition ont respecté le délai imparti en élisant leur chef de groupe respectif.
Ahmed Zaidi rejette la décision de Driss Lachgar de renvoyer la désignation des candidats 2 jours après le début de la nouvelle session parlementaire car il la juge illégale et opportuniste. Il affirme que le patron des socialistes a pris cette décision afin d’éviter une défaite.
Il ajoute que le fait de confier à la commission administrative du parti le soin de valider les candidatures est contraire au règlement intérieur du parlement qui prévoit que seuls sont habilités à voter pour élire le nouveau président, les parlementaires du groupe.
Il rejette également les accusations de Driss Lachgar qui l’accuse de sympathie voire de collusion avec les islamistes du PJD, honnis par le 1e secrétaire de l’USFP. Il remet aussi en cause l’union de son parti avec l’Istiqlal qui aurait été décidée unilatéralement par le patron des socialistes qui n’aurait pas consulté le bureau politique ni les militants de base. Ahmed Zaidi se veut pragmatique et appelle Driss Lachgar à un retour à la sagesse même s’il ne paraît pas convaincu d’une issue heureuse au conflit qui l’oppose au premier secrétaire. Il assure cependant que quelque soit l’avenir, la scission de son parti est une ligne rouge qui ne sera pas franchie de son fait ou par son courant.
Rappelons que les hostilités entre les 2 belligérants avaient débuté en février dernier lorsque Driss Lachgar avait décidé de se débarrasser d’Ahmed Zaidi de la présidence du groupe socialiste en installant à sa place Rachida Benmassoud. La manœuvre du 1e secrétaire avait été invalidée par la chambre basse qui avait assuré que M. Zaïdi resterait président jusqu’à la tenue d’élections car M. Lachgarn’avait pas respecté l’article 36 du règlement intérieur du parlement qui stipule que c’est au seul groupe parlementaire qui avait élu M. Zaïdi de le démettre de ses fonctions.
Même si pour Ahmed Zaidi, les choses sont désormais claires juridiquement, le différend qui l’oppose à Driss Lachgar connaîtra sans doute de nouveaux rebondissements dimanche prochain lors de la réunion du conseil national du parti. La commission administrative de l'USFP à la solde du 1e secrétaire devra trancher sur la validité des candidatures en cherchantà évincer Ahmed Zaidi de son poste quitte à recourir aux statuts du parti qui stipulent que le groupe est tenu de présenter ses candidats au 1er secrétaire qui les présente au comité administratif, lequel choisira le président du groupe.
Soulignons que la majorité des membres du comité administratif sont des obligés de Driss Lachgar et qu’une sanction ou éviction de M. Zaidi pourrait ouvrir la voix à une implosion, voire une scission, du parti de la rose.
Pour reprendre les termes d’un éléphant socialiste, Abderrahim Bouabid doit se retourner dans sa tombe devant la crise intérieure qui peut s’avérer à terme fatale pour le parti qu’il a contribué à créer.
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