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M6 à Tanger: au-delà des travaux d’Hercule, le sens profond de la visite

Qu'en disent les Tangérois? Comment ont-ils perçu cette visite de dix jours? Et aussi: ce qui a été fait, ce qu'il reste à faire pour une région qui devient le second pôle économique du Maroc.

M6 à Tanger: au-delà des travaux d’Hercule, le sens profond de la visite
Jamal Amiar
Le 31 mars 2014 à 13h59 | Modifié 27 avril 2021 à 22h26

Aussitôt descendu de l’avion à l’aéroport de Tanger jeudi 20 mars, le Roi Mohammed VI était  quelques heures plus tard à Béni Makada. Inauguration d’une mosquée, prière du vendredi, lancement de projets sociaux.

 Le ton était donné : l’amoureux de Tanger, le chef de l’Etat et le commandeur des croyants était de retour dans la ville dans laquelle il a probablement passé le plus de temps, hors Rabat bien sûr, depuis son intronisation en 1999.

 Avec Mohamed VI, les messages partent quelquefois en rafale et l’exercice est instructif à plus d’un titre car non seulement le chef de l’Etat, le commandeur des croyants et le teambuilder de l’équipe Maroc marque sa présence mais il agit concrètement.  

Ici, en 2014, on réalise que cela fait 15 ans que le Roi effectue 3 à 6 visites par an ! Dans l’histoire récente du Maroc, on retiendra que Mohammed VI est en train de mettre fin à «la politique du blabla et des pierres inaugurales», les fameuses alhajjara al assasya.

Peut-on décemment bouder son plaisir devant une telle évolution ?

 

On ne va jamais à Béni Makada “par hasard“

 

Lorsque Mohammed VI commence une visite de 10 jours, initialement prévue sur 8 jours, par Béni Makada et sa mosquée, c’est qu’il n’est pas  «venu là par hasard». Depuis un mois, Béni Makada se faisait remarquer et faisait flamber quelques véhicules de la police.

Ses militants salafistes  et leurs manifestations spontanées, ses rebellions contre la police locale faisaient l’actualité, tandis qu’à quelques kilomètres de là, braquage avec revolvers, arrestations de flics ripoux et autres amabilités peu rassurantes se multipliaient.

M6 commence donc une visite par Béni Makada où il reviendra au moins trois autres fois officiellement et officieusement pour voir de ses propres yeux et y tester sa popularité –intacte- et il finira son séjour, samedi 29 mars,  par une inauguration et une visite à la nouvelle gare maritime et ferroviaire ultra-moderne et au centre multi-modal d’export à Tanger-Med en présence d’une grande partie de l’élite politique et économique régionale et nationale.

Commandeur des croyants là, super-ministre de l’Equipent, de l’Economie et des Finances là.

Entre ces deux événements importants, Mohammed VI aura véritablement posé les jalons d’un Tanger différent, plus harmonieux dans son développement et plus respectueux de son identité.

La cité des sports avec ses équipements pour le tennis, sa piscine olympique et son stade football et sa piste d’athlétisme inaugurera ainsi à Tanger un véritable nouveau secteur d’activité économique en rapport avec les compétitions sportives internationales, un business loin d’être négligeable. C’était l’idée il y a 15 ans d’investisseurs émiratis de Hercules International sports qui avaient fait miroiter un projet similaire aux autorités locales du côté de Boubana mais dont seule la partie foncière et immobilière a prospéré …

Ça déménage et ça monte en gamme

Le déplacement à l’extérieur de la ville de la gare routière, du marché de gros, des abattoirs, de la fourrière municipale et le lancement du premier marché de quartier à Mesnana  permettent également d’atteindre plusieurs objectifs à la fois : aérer le centre-ville et améliorer la fluidité automobile; construire de nouveaux équipements communaux flambants et aux normes.

De même, l’attention portée cette fois-ci par le Roi aux projets de Rmilat et Perdicaris où il fut un joggeur régulier il y a une dizaine d’années et aux grottes d’Hercule qu’il connait assez bien pour passer dans le coin plusieurs jours de vacances  chaque été depuis 15 ans, une zone également où l’on des chances de croiser l’été Lalla Salma et nombre d’invités de la famille royale.

Cerise sur le gâteau, ces lieux, Rmilat, Perdicaris, grottes d’Hercule sont très chers aux Tangérois qui sont des centaines à les fréquenter le week-end et aux beaux jours pour un footing, un thé à la menthe entre amis, un pic-nique ou un plongeon dans la mer. Ce sont des lieux très importants dans la vie locale.

Une visite royale, surtout à Tanger, où la population estime véritablement que Mohammed VI en ayant démarré son règne par une visite ici en octobre 1999 après un crochet par Casablanca et le fameux discours sur le nouveau concept de l’autorité, est toujours un événement spécial.

Ici depuis 15 ans, on n’imagine pas un mois, un trimestre, un été sans une visite royale. Les gens aiment et attendent le Roi et le Roi le leur rend bien.

Les jeunes de l’ENCG s’invitent dans la visite

Du coup ici, on parle et on commente les activités du Roi comme bien sûr des activités royales avec l’attention politique et le respect citoyen qui leur sont dues, et on scrute ce qui se passe autour. La visite que le Roi vient d’achever à Tanger ce samedi 29 mars n’a pas échappé à cela et la grève à l’ENCG et la prière du vendredi 28 mars avec Mohamed Fizazi dans le rôle d’imam sont venus s’ajouter au flux régulier de l’actualité des activités royales.

Sur le premier point alors que les étudiants de l’ENCG sont en grève depuis le 17 février et qu’ils venaient de signer un accord avec leur administration pour le rompre, la reprise de la grève des cours coïncida avec le passage du cortège royal devant l’école jeudi 27 mars vers 15H.

Et là on vit se télescoper deux Maroc complètement différemment mais si proches et si complémentaires.

 Alors que les étudiants manifestaient derrière le muret de leur établissement après avoir été matraqués  par les forces de l’ordre sans motif apparent, les autorités locales avaient posté entre le muret et l’avenue Moulay Rachid où passait le cortège royal des troupes musicales de ghaïta et de clairons pour couvrir les slogans des 700 jeunes de l’ENCG Tanger.

 Pourtant à ce moment-là, jamais les objectifs du Roi et ceux des jeunes étudiants grévistes entrés par concours et filles et fils des classes moyennes marocaines n’avaient été si proches : d’un côté un jeune Roi qui se défonce entre Tanger, Casablanca, Doha, Ryad et  Abidjan  travaillant sur l’avenir du Maroc et des Marocains, s’investissant parfois au prix de sa santé pour avancer, pousser ; de l’autre, des jeunes étudiants qui contestaient un système universitaire  accusé d’être malhonnête et corrompu dirigé par des cyniquesqui les préparaient au chômage et dévalorisaient leur diplôme … sauf s’ils décidaient d’aller continuer leurs études dans les écoles privées de la ville … fondées et dirigées par certains de ses professeurs.

Après les alertes sécuritaires sur la ville et la poussée de fièvre de quelques groupuscules salafistes dans certains quartiers de la ville, la direction par Mohamed Fizazi de la prière du vendredi 28 mars devant le commandeur fut un autre évènement plein de sens politique et religieux.

Pour saisir ce sens, il faut savoir que Mohamed Fizazi surnommé «l’émir des salafistes» a été interpellé au lendemain des attentats du 16 mai 2003 de Casablanca pour être condamné à 30 ans de prison avant d’être libéré en avril 2011 sur recommandation du Conseil national des droits de l’homme, quelques semaines après les importantes manifestations du 20 février 2011 et l’important discours royal du 9 mars.

Des autorisations de construire à revoir ?

Une visite royale est aussi l’occasion pour certains groupes de citoyens qui ont du mal à se faire écouter de l’autorité locale à tenter de se entendre suivant en cela le diction qui dit «pourquoi m’adresser aux exécutants si je peux m’adresser au patron».

C’est ainsi le cas d’une importante association locale, la Coordination de défense des droits des consommateurs www.rabitatanger.com, qui joue un rôle de vigile social et citoyen et qui a publié cette semaine un long communiqué dans lequel elle rappelle des cas d’autorisations de construire octroyées sur des terrains publics, des autorisations de construire donnés en pleine ceinture verte, ou un projet autorisé pour une clinique privée et transformé en cours de chemin en bureaux.

 

M6 à Tanger: au-delà des travaux d’Hercule, le sens profond de la visite

Maquette du futur palais des arts et de la culture

 

Tramway et Cervantès

Une visite royale aussi longue et aussi intense révèle en creux ce qui reste à faire ou ce qui pourrait être encore fait dans la mesure du possible bien sûr.

Et dans ce lot, trois sujets viennent à l’esprit :

-un, la refonte du système d’éducation et de formation même s’il s’agit de mener des expériences à un niveau régional et donc sans nécessairement attendre de tout faire au niveau national. Car ici, ce qui est en train de très largement devenir le second pôle économique et industriel du pays, le système de formation au management est à revoir, à la fac des sciences les étudiants sont en grève et à la fac de droit comme à l’ENCG, les étudiants réclament un système d’examens et de notation honnête et qui respecte le travail des étudiants.

-L’autre thème est celui de la réflexion et de la proposition d’un schéma de transport public efficace, économique et écologique car jusqu’à quand la ville qui s’étend d’un côté vers la route de Rabat, la TFZ et Gzénaya et de l’autre vers la route de Tétouan et l’usine Renault-Nissan continuera-t-elle à supporter ces navettes de dizaines, voire ce centaines de camionnettes de transport du personnel  matin, midi et soir sur des dizaines de kilomètres ? L’asphyxie guette.

-Enfin, qui peut le plus peut le moins. Si Notre pays peut mettre 7,7 MMDH pour le plan Tanger-métropole et lancer un palais des arts et de la culture, d’ailleurs contesté pour son architecture «néo-persane», pour 100 MDH, pourquoi a-t-il tant de mal à réunir 50 MDH pour rénover ce bijou de la ville qui tombe en ruines, qui a fêté ses 100 ans en décembre dernier,  qui est une propriété de l’Etat espagnol certes et qui s’appelle le Teatro Cervantès ?

Aussitôt parti hier, voilà que l’on parle de son retour.

M6 présidera le lancement de la stratégie industrielle 2014-2020 mardi 1er avril à Casablanca très certainement, recevra l’Américain John Kerry et puis reviendra du côté de sa résidence de Boubana ou de la place El Feddan à Tétouan.

Tanger-Med le grand projet du règne se trouve là, Renault-Nissan aussi et peut-être Toyota demain aussi, sans compter qu’il faut veiller à ce que les 7,7 MMDH prévus dans le cadre du plan Tanger-Métropole soient bien dépensés et que peut-être notre enseignement recommencera à former les jeunes Marocains, les cerveaux et les managers de Maroc de demain. Vous savez qui ? Nos enfants et les vôtres.

 

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Tags : coronavirus
Jamal Amiar
Le 31 mars 2014 à 13h59

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