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Banc d’essai : comment adhérer à un parti politique au Maroc

Médias24 a enquêté auprès des 7 principaux partis de la majorité et d’opposition et présente un état des lieux sur «comment devenir adhérent d’un parti politique au Maroc?».

Banc d’essai : comment adhérer à un parti politique au Maroc
Samir El Ouardighi
Le 10 février 2014 à 10h40 | Modifié 10 février 2014 à 10h40

Comment fait-on pour adhérer à un parti politique? Y a-t-il des procédures particulières? Existe-t-il des partis plus volontaires, plus agressifs, plus “vendeurs“ que d’autres?

Nous nous sommes déplacés à Rabat aux sièges nationaux de l’USFP, du PPS, du PAM, de l’Istiqlal, du RNI, du Mouvement populaire et du PJD pour en savoir plus sur les procédures d’accueil des nouveaux adhérents. L’article ci-dessous est le fruit de cette enquête de terrain. Tous les propos cités ont été recueillis sur place par nos soins.

 

S’encarter politiquement : Mode d’emploi

 

Le parti de la justice et du développement (PJD) est sans aucun doute leparti qui filtre le plus les recrutements en son sein.

Pour postuler au titre de membre du parti, il y a deux possibilités: être coopté par un membre reconnu du parti ou présenter une candidature spontanée. Dans ces deux cas de figure, la route est longue avant de disposer de la carte du parti qui semble être plus une récompense qu’un dû. Il faut patienter une longue année en étant scruté par les instances du parti et faire un parcours sans faute en termes de probité pour présenter au final un profil satisfaisant qui permettra de bénéficier du «sésame PJD».

Contrairement aux autres partis marocains, le sympathisant ne peut pas postuler par voie informatique qui présenterait l’inconvénient de ne pas savoir à qui l’on s’adresse.

Le PJD a selon ses termes décidé de mettre l’accent sur la qualité des adhérents et refuse de recruter à tout va. Tous les «heureux admis» devront s’acquitter d’une cotisation de 50 dirhams par an pour les chômeurs et étudiants. Les salariés devront reverser 0,5 % de leurs revenus.

Avec 30.000 adhérents déclarés, le PJD assure accepter tout le monde y compris des personnes laïques même si de son propre aveu, les femmes non voilées y sont extrêmement rares.

 

L’Istiqlal, doyen des partis marocains revendique près de 250.000 adhérents à son compteur. Ce chiffre astronomique et invérifiable le place d’emblée comme celui ayant la plus large assise populaire au Maroc. Surnommé le parti des notables, l’essentiel de ses troupes vient des zones rurales où il dispose d’un fort réseau national d’antennes qui lui permet de recruter en nombre.

Pour devenir adhérent de ce parti, il suffit de se présenter à la permanence du parti de la zone géographique où le candidat-militant réside. Après avoir présenté sa CIN et rempli un formulaire, il faudra patienter 3 semaines pour obtenir l’aval de l’inspection des candidatures.

Ce délai se veut préventif pour lutter contre la transhumance politique et les candidats de mauvaise moralité. L’adhésion est plutôt simple et il est possible de s’encarter à distance grâce à l’outil internet. Chaque nouvel adhérent est affecté à une alliance représentative de la profession qu’exerce le candidat. Concernant les cotisations, le nouvel adhérent n’est soumis à aucune obligation car l’essentiel des troupes est d’origine modeste.

 

L’USFP qui annonce près de 120.000 membres se distingue des autres partis car l’informatique est le fer de lance de sa stratégie de recrutement des troupes. Dans le passé, adhérer au parti de la rose était un vrai parcours du combattant, car il fallait être coopté et passer par une longue période d’observation pour éviter les infiltrations policières fréquentes pendant les années de plomb. Désormais, d’un simple clic ou en remplissant un formulaire, le sympathisant devra patienter une quinzaine de jours pour avoir sa carte mais il devra néanmoins débourser 50 DH/mois s’il est étudiant ou 100 DH s’il est salarié pour participer aux dépenses du parti.

 

Le PPS nous assure que les jeunes adhèrent en masse à son parti même s’il préfère garder confidentiels les chiffres des militants encartés. Tout comme l’USFP, ce parti est passé de la culture du secret à celle de l’informatique pour étoffer ses troupes. Il n’y a pas d’obligation en terme de contribution financière mais le militant médecin ou avocat peut être mis à contribution pour aider les sympathisants démunis du PPS.

 

Le Mouvement populaire (MP) qui était dans le passé un parti qui recrutait essentiellement des sympathisants ruraux amazighs a décidé à son tour de s’ouvrir à toutes les couches de la société. Ce parti a décidé de gommer son cachet amazigh pour s’arrimer dansune dynamique électorale plus large grâce à un salarié du parti qui fait office de «recruteur» dans chaque ville ou campagne. L’adhésion par voie classique ou par le net est presque automatique moyennant 20 DH par an pour un étudiant ou 100 DH pour un salarié.

 

Le Rassemblement national des indépendants (RNI), parti citadin, ne veut pas s’embarrasser de procédures bureaucratiques pour les futurs adhérents. Il suffit de s’inscrire sur le site du parti ou d’envoyer le formulaire d’adhésion et le candidat se voit remettre sa carte de membre du parti pratiquement sur place et sans débourser le moindre centime comme si le but était simplement de faire du chiffre en termes d’adhésions.

 

Le PAM quant à lui est aux abonnés absents pour quiconque veut s’y encarter car le siège de ce parti est étrangement vide. Il faut croire que depuis le succès qui avait suivi sa création, la désillusion a été grande et que le rush des adhérents est de l’histoire ancienne.

 

L’examen des formulaires d’adhésion nous apprend que certains partis (RNI-PPS-PI) sont plus précis que d’autres sur le profil des candidats alors que le MP ne demande que les fondamentaux d’une carte d’identité nationale.

Hormis le PJD, le fait le plus significatif est que tous les partis précités ont mis l’accent sur le recrutement des partisans par internet. Si la méthode peut être efficace et est d’actualité, l’on remarque une dépersonnalisation de l’engagement politique car si les partis veulent s’inscrire dans la modernité, ils auront du mal à vendre du rêve de cette manière.

Il suffit pour s’en convaincre de se déplacer à une quelconque permanence politique pour voir que les préposés aux adhérents sont très peu convaincants voire absents comme si le recrutement direct n’était déjà plus de leur ressort et que l’essentiel était simplement de ratisser large.

Au total, aucun parti, avons-nous constaté, n'a une politique volonatriste de recrutement. La cooptation reste le canal essentiel. C'est comme si les partis recherchaient davantage le vote que l'adhésion.

 

 


 

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Tags : CNSS
Samir El Ouardighi
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