La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
L’essentiel
- Le cours du soufre est passé d'environ 165 dollars la tonne début 2025 à plus de 1.000 dollars aujourd'hui, sous l'effet de la crise au Moyen-Orient.
- La pyrite, ce minerai composé de soufre et de fer (FeS₂), abonde au Maroc. Longtemps reléguée au rang de résidu minier, elle constitue pourtant une ressource locale sous-exploitée, capable de fournir du soufre et, par conséquent, de l'acide sulfurique essentiel à la production d'engrais.
- Dès 2027, OCP entend lancer la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite pour réduire sa dépendance aux importations.
- Via sa stratégie Mana Green, Managem vise d'abord 300.000 tonnes d'acide sulfurique à Guemassa, puis jusqu'à un million de tonnes à l'horizon 2028-2030, après la mise en service de son projet de fonderie de cuivre adossé à la mine de Tizert, plus grande mine de cuivre du Maroc.
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Les détails
Dans sa dernière communication, consacrée à la présentation des résultats du premier trimestre de l'année 2026, le groupe OCP a annoncé qu'il devrait lancer dès l'année prochaine la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, afin de réduire sa dépendance aux importations de soufre, dont les cours se sont fortement envolés sous l'effet d'une crise sans horizon d'apaisement au Moyen-Orient.
Ce projet stratégique ne date pas de la crise actuelle, puisqu'il était déjà inscrit dans la feuille de route du groupe. En effet, en 2025, le marché du soufre a subi de plein fouet la volatilité des prix, le cours de cette matière première essentielle étant passé d'environ 165 dollars la tonne en début d'année à près de 520 dollars en décembre. Aujourd'hui, son prix sur la bourse chinoise des métaux dépasse les 1.000 dollars la tonne, rendant crucial le développement d'alternatives viables face à un conflit qui menace de s'enraciner.

Pour le groupe OCP, cette crise du soufre représente un défi de taille, mais surmontable. Lors du dernier exercice, le soufre est devenu, et de loin, le premier poste d'achat de matières premières du groupe. Sa part a presque doublé en un an, bondissant de 37% à près de 59%.
La pyrite, une alternative minière au soufre issu du pétrole
La pyrite est un minerai composé de soufre et de fer (FeS₂), abondant dans plusieurs mines marocaines. Elle est souvent perçue comme un simple résidu minier, par rapport à des métaux jugés plus valorisants comme le cuivre, l’argent, le zinc ou le plomb.
La récupération du soufre à partir du minerai de pyrite se fait par voie thermique ou chimique, lors du raffinage, et constitue une alternative à la source principale de soufre, issue du pétrole et du gaz, que le Maroc importe principalement du Moyen-Orient.
Pour l'industrie des phosphates, ce soufre constitue pourtant un composant essentiel. Il permet en effet la production d'acide sulfurique, lequel est mélangé au phosphate pour obtenir l'acide phosphorique, qui sert ensuite, avec l'ajout d'ammoniac, à la fabrication des engrais.
Au Maroc, la mine la plus célèbre pour la production de pyrite est celle de Kettara, qui a toutefois dû fermer en 1982. En tant que résidu minier, la pyrite se trouve aujourd'hui surtout dans les gisements polymétalliques, susceptibles d'en abriter d'importantes quantités. La plus connue est la mine de Hajjar, rattachée au complexe minier de Guemassa, qui produit déjà de l'acide sulfurique.
C'est en 2013 qu'a été lancée, à Guemassa, l'usine de traitement des rejets de l'unité polymétallique destinée à la production d'acide sulfurique. Historiquement, le groupe Managem valorisait ainsi les rejets miniers du site CMG, ce qui couvrait une partie des besoins énergétiques de l'exploitation. Sa production a cependant fortement chuté en 2024, à 38 321 tonnes, alors qu'elle atteignait auparavant plus de 100.000 tonnes.
Managem, future source de soufre pour OCP
Cependant, la demande du groupe OCP demeure bien supérieure à la production locale actuelle : elle équivaut à 7 millions de tonnes de soufre.
À court terme, OCP est parvenu à sécuriser un approvisionnement compétitif grâce à une gestion optimisée des contrats de long terme conclus directement avec les principaux producteurs, à une gestion proactive de ses stocks et à une stratégie d'achat de soufre en lumps (crushed lump sulphur).
Compte tenu du potentiel minier marocain, OCP devrait tout naturellement se tourner vers Managem, qui dispose du plus important portefeuille minier national hors phosphate, avec plusieurs gisements polymétalliques, principales sources de pyrite.
Dans le cadre de son programme 2025-2030, Managem a d'ailleurs classé la production d'acide sulfurique parmi ses axes stratégiques de développement, dans le cadre de sa nouvelle stratégie Mana Green. Celle-ci vise, dans un premier temps, une production de 300.000 tonnes d'acide sulfurique.
Cette production proviendrait de l'exploitation d'une digue de pyrrhotite au sein du complexe industriel de Guemassa, à 35 km de Marrakech. L'unité y produirait un acide sulfurique de qualité supérieure (concentration supérieure à 98%), destiné à l'industrie des engrais. Les études de faisabilité sont en cours de finalisation.
À l'horizon 2028-2030, Managem entend monter en puissance. L'acide sulfurique serait alors également récupéré dans le cadre de son projet de fonderie de cuivre, qui vise la production de cathodes de cuivre, ainsi que la valorisation de la pyrite de la mine de Tizert. À terme, cette fonderie pourrait permettre d’atteindre une production d’un million de tonnes à partir de la plus grande mine de cuivre du Maroc, soit le quart de la demande d'OCP.
Boumadine, autre pourvoyeur potentiel de pyrite
À l'horizon 2030, une autre source majeure de soufre devrait entrer en production. Il s'agit de la mine polymétallique de Boumadine, en cours de développement par la compagnie canadienne Aya Gold & Silver.
À partir de six mines à ciel ouvert et de trois mines souterraines, elle produira trois types de concentrés enrichis en or et en argent, issus de minerais de plomb, de zinc et de pyrite. Au cours des cinq premières années, elle devrait produire annuellement 5 millions d'onces d'équivalent argent (soit la valeur d'environ 155 tonnes d'argent), ainsi que des résidus de pyrite.
Lors de la présentation du projet, Aya a indiqué être en pourparlers pour la construction d'une fonderie. Si elle se concrétise, cette dernière permettrait non seulement de produire de l'argent et de l'or natif au Maroc, mais aussi de valoriser la pyrite, qui constituerait alors une source additionnelle non négligeable pour le groupe OCP.
Toutefois, l'élément qui permettrait de valoriser pleinement ce potentiel, afin de couvrir l'ensemble des besoins d'OCP tout en réduisant les résidus miniers, reste la réforme de la loi sur les mines.
D’une part, celle-ci ouvrirait la voie à l'autorisation de projets de valorisation minière, de nature à réduire l'écart entre l'amont minier et l'industrie. D’autre part, elle prévoirait de lister les minerais critiques, qui devront satisfaire en priorité la demande nationale, au service d'une souveraineté industrielle. Or la souveraineté dans les engrais est, pour le Maroc, tout aussi stratégique que la chaîne de valeur automobile en cours de construction.
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