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Redaction

Benkirane entame l’année 2014 dans une position très affaiblie

Depuis l’avènement du gouvernement Benkirane II, l’ambiance consensuelle ayant présidée à son arrivée au pouvoir a tendance à s’estomper. Le chef de l’exécutif semble payer le prix fort de ses erreurs.

Benkirane entame l’année 2014 dans une position très affaiblie
Samir El Ouardighi
Le 12 janvier 2014 à 13h33 | Modifié 12 janvier 2014 à 13h33

Lâché par son partenaire l’Istiqlal, vampirisé par son nouvel allié RNI, objet d'une plainte judiciaire, personnellement décrié par les élus d’opposition, boycotté par les syndicalistes et critiqué par une partie du PJD, Benkirane a perdu de sa superbe.

Il continue de faire les gros titres de la presse, mais c'est davantage pour un mot, un propos populiste, une phrase provocatrice, une pique, que pour une décision politique. Bref, le showman prend le pas sur le chef de gouvernement. 

 

Lâché par l’Istiqlal

La défection du PI des de la coalition gouvernementale avait fragilisé l’édifice gouvernemental et en premier lieu la personne de son chef.

C’est le 8 juillet 2013 que le parti de l’Istiqlal avait mis à exécution sa menace brandie depuis 2 mois de se retirer du gouvernement Benkirane.

Chabat avait justifié cette décision en dénonçant les méthodes “hégémoniques“ du PJD et le manque de résultats du gouvernement. 

En refusant d’accéder aux désidératas de l’Istiqlal, Benkirane a étrangement viré sa cuti en acceptanttoutes les revendications du RNI, ennemi juré d’hier, pourqu’il rejoigne l’équipe gouvernementale remaniée.

Si l’art de la politique est de savoir faire des concessions,Abdelilah Benkirane s’est parfaitement distingué dans cette discipline en cédant sur toutes les demandes du RNI.

Le remaniement ou quand Benkirane est vampirisé par Mezouar

Après de douloureuses tractations, la nouvelle équipe ministérielle est arrivée en octobre 2013 aux commandes sous la direction d’un Abdelilah Benkirane plus affaibli que jamais. Pour constituer sa nouvelle majorité, le chef du gouvernement a dû accepter des compromis qui vont certainement peser lourd dans son avenir politique. Son nouveau partenaire, Mezouar peut se targuer d’avoir rendu justice au Rassemblement national des indépendants avec 8 portefeuilles en plus de la promesse de la Présidence de la Chambre des députés en avril prochain.

Il a également cédé sur l’arrivée de technocrates dans un gouvernement qu’il se faisait fort de vendre comme politique car issu des seules urnes. Il faut souligner que le poids politique du PJD au gouvernement a considérablement baissé car si numériquement ce parti est toujours majoritaire avec 12 maroquins ministériels, les leviers des commandes économiques sont désormais clairement entre les mains duRNI.

Si en politique, il ne faut jamais insulter l’avenir, il faut aussi garder bonne mémoire car les alliés d’hier peuvent aussi devenir les pires ennemis.

 

Confrontation parlementaire, pénale et syndicale

Le remaniement ministériel n’a fait qu’ouvrir la porte à une confrontation qui prend de l’ampleur et c’est à croire que le toilettage du gouvernement a ouvert les vannes de la contestation parlementaire et syndicale.

Ainsi, les séances des questions orales au gouvernement virent systématiquement aux rixes verbales entre Benkirane et les conseillers d’opposition, majoritaires à la 2èmechambre. L’exemple de l’examen du PLF 2014 reste emblématique d’une bataille parlementaire qui a abouti pour la 1er fois de l’histoire du Maroc au rejet de son adoption par la chambre des conseillers.

Si les désaccords entre majorité et opposition sur les choix économiques sont monnaie courante en démocratie, il semble moins courant que l’invective et le mépris soient le répertoire de prédilection d’un chef de gouvernement. Le moins que l’on puisse dire est que de ce côté, Benkirane a réussi à souder l’ensemble de l’opposition contre sa personne. La dernière séance des questions au gouvernement de l’année 2013 a ainsi abouti  au dépôt d’une plainte par l’Istiqlal contre le chef du PJD pour «diffamation et non dénonciation de délit commis» car ses sous-entendus méprisants ont électrisé une assistance hostile de facto.

De leur côté, les syndicats de toute obédience menace désormais de s’allier contre lui pour protester en menant des grèves contre ce qu’ils appellent la politique impopulaire du chef du gouvernement.

Hormis les mesures économiques prises par Benkirane qui sont décriées par l’ensemble des centrales syndicales, il apparaît que c’est plus l’homme qui leur pose problème. Le chef de l’exécutif qui sait être charmant et séducteur pour aller à la pêche aux voix électorales montre ses limites quand il s’agit de dialoguer avec ses partenaires politiques et sociaux.

Cela s’expliquerait peut-être par le fait qu’ayant passé plusieurs décennies dans l’opposition, il a du mal à se départir de sa certitude de détenir la vérité infuse. Si le PJD le soutient en faisant bonne figure, il semble que la grogne gagne même une partie des rangs du parti qu’il dirige.

 

Et le PJD dans tout ça ?

Benkirane doit maintenant affronter sa propre famille politique car le sacrifice de «frères ministres» risque de lui coûter cher ; une partie des militants n’ont toujours pas digéré le limogeage de Saadeddine El Otmani de son poste de ministre même si ce dernier justifie mollement son éviction.

Le chef du gouvernement marocain est en ce début d’année poussé dans ses derniers retranchements et pour éviter de passer pour un homme acculé, il remet à l’ordre du jour sa théorie sur la conspiration dont il serait victime.

En parlant de «démons et de crocodiles», il essaye d’accréditer auprès de ses militants, l’idée qu’il est victime d’un plan de déstabilisation. Il laisse entendre que des cercles influents et invisibles verraient d’un bon œil son départ ou au moins son affaiblissement. L’air du temps a cependant changé car même au sein du parti de la lampe, on préfère désormais les orateurs calmes et crédibles aux amuseurs publics.

Il est indéniable que Benkirane a révolutionné la communication politique marocaine par sa proximité avec le peuple, son usage de la darija et ses traits d’humour mais son populisme cache un tempérament autoritaire qui n’est pas du goût de tout le monde. 

L’efficacité de sa stratégie de communication virale est mise à mal par la multiplication d’ennemis et son électorat populaire pourrait rejoindre le cortège des mécontents si d’aventure la hausse des prix continue à éroder le pouvoir d’achat des Marocains.

 

 

 

 

 

 

 

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Samir El Ouardighi
Le 12 janvier 2014 à 13h33

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