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Casablanca: les élus font leur cirque

L’AGO du conseil de Casablanca a eu un seul mérite : le quorum a été réuni. Un exploit au vu de l’historique de la ville. Autrement, rien à signaler. Médiocrité et populisme ont la peau dure. Compte-rendu d’une réunion d’où on sort déçu et… malheureux.  

Casablanca: les élus font leur cirque

Le 2 novembre 2013 à 12h24

Modifié 2 novembre 2013 à 12h24

L’AGO du conseil de Casablanca a eu un seul mérite : le quorum a été réuni. Un exploit au vu de l’historique de la ville. Autrement, rien à signaler. Médiocrité et populisme ont la peau dure. Compte-rendu d’une réunion d’où on sort déçu et… malheureux.  

15h. La grande salle de la wilaya de Casablanca était comble. Quoi de plus normal, diriez-vous, puisqu’il s’y tient l’Assemblée générale ordinaire du conseil de la ville. Sauf que non, jamais AGO n’a vu l’affluence d’autant d’élus communaux. Même le maire, arrivé avec une heure de retard, et ne prenant même pas la peine de s’en excuser, n’a pas pu s’empêcher de glisser le message: «Un grand merci aux élus d’être venus, cette fois-ci, en masse».

La salle se déchaîne

Après un court discours de convenance, la lecture de la Fatiha et la présentation de l’ordre du jour, la salle s’est enflammée d’un coup.

En effet, il aura suffi que Mohamed Sajid demande aux élus de faire passer les discussions prévues à l’ordre du jour avant les interventions individuelles pour qu’un brouhaha éclate. Protestations et insultes fusaient de partout. Le maire est accusé de vouloir réprimer les élus «comme à son habitude».

A peine apaisés, les protestataires reprenaient de plus belle. La tempête a duré plus d’un quart d’heure, durant lequel tout le monde parlait en même temps. Un cauchemar pour les non-habitués!

Et voilà que l’AGO censée démarrer à 15H n’entame ses travaux qu’une heure et demie plus tard. Mais personne dans la salle ne semble se soucier de ce genre de détails. Une heure de plus, une heure de moins, là n’est pas le problème. L’essentiel est de crier encore plus fort que son rival.  

Chacun en prend pour son grade!

Impatient (on le comprend), M. Sajid n’a pas attendu que le calme total soit rétabli pour reprendre la parole. Cela aurait demandé des heures, probablement. En même temps, son adjoint, Ahmed Brija, par ailleurs modérateur de l’AGO, n’a eu de cesse de demander à l’assistance de se calmer et de faire preuve d’un minimum d’organisation.

Et paf, un élu se lève, visiblement en colère. «De quel droit vous permettez-vous de diriger la séance? Je vous conseille de ne pas vous exposer autant. Vous risqueriez de vous en mordre les doigts». S’en suivent des applaudissements, des grognements et puis bla bla bla !

Le spectacle est ahurissant, désolant, révoltant, dégoûtant. Une petite minorité d’élus respectables sort du lot. Leurs interventions sont censées, structurées, posées. Mais nous l’avons dit, ce n’est qu’une petite minorité. Malheureusement.

«Goul Allah Ynsar Sidna»

Sajid, imperturbable, continue sur sa lancée. Constamment interrompu par une foule déchaînée, il tient à terminer la lecture de l’ordre du jour. Entre deux phrases sur la nécessité de mettre en place un plan d’urgence, le transport en commun, les panneaux publicitaire, le nettoiement, l’oued Bouskoura, les habitations menaçant ruine, ou encore le patrimoine communal, un élu se lève et crie: «vive le Roi», puis un autre qui lance: «Sajid, pourquoi vous refusez de dire Allah Ynsar sidna. Allez, dites-le!».

Une partie de la salle clame, elle aussi, «Aâch al Malik !». Et voilà qu’un autre quart d’heure part en fumée, empêchant l’avancée des travaux de l’assemblée. Mais cela ne semble encore une fois gêner personne dans la salle. «Nous finissons par nous y habituer. Nous sommes étonnés au début, mais cela nous passe», nous déclare un élu, visiblement blasé.

Ou comment se placer sous le parasol royal pour éviter l’autocritique

Et rebelote, dans chaque mot d’ordre, l’allusion est faite au discours du souverain. «Merci Sidna d’avoir dit les choses clairement. Enfin, nous allons travailler dans la transparence. Ceux qui nous mettaient les bâtons dans les roues ont été démasqués. Merci Sidna». Ce refrain revenait en boucle.

Et personne ne semblait trouver cela anormal. Il fallait marquer le coup. Et surtout ne pas reconnaître sa part de responsabilités. Les méchants, les incompétents, les malhonnêtes, ce sont les autres, bien évidemment !

Populisme à l’infini

«J’avais gelé mon mandat dans le conseil de la ville, mais après le discours du roi, je suis motivé», déclare tout fier un conseiller local. Les uns sifflent, d’autres applaudissent. «La politique folklorique, vous connaissez ?», ironise un membre du Conseil. 

Brija intervient, demande aux intervenants de respecter les délais accordés aux interventions. Vive colère dans la salle. «Laissez-nous nous exprimer. Le peuple doit tout savoir. L’ère de la répression est révolue messieurs».

«Nous sommes prêts à passer la nuit ici s’il le faut, voire plusieurs jours d’affilés. Que ceux qui ont plus important à faire nous laissent travailler. Il s’agit d’une cause nationale».

Et rebelote, le débat va dans tous les sens. Ça crie, ça gesticule, ça insulte et puis ça en vient presque aux mains. Des élus interviennent pour calmer les esprits. «Il est hors de questions de voter pour des projets dans lesquels nous n’avons pas été impliqués. Nous allons nous y opposer par tous les moyens. Nos électeurs doivent savoir que nous sommes là pour défendre leurs intérêts». 

Tout ça pour ça !

C’est là justement où se situe l’enjeu : les électeurs. L’Assemblée générale est ouverte au public, au grand plaisir des élus qui y voient une occasion en or pour convaincre le public présent de leur efficacité et de leur bonne volonté. Sait-on jamais !

Il est 19h30. Les mots d’ordre censés durer quelques secondes s’éternisent. Les discussions portant sur le budget et les conventions à ratifier ou celles à annuler n’ont pas encore démarré. Mais qu’importe ! D’autant plus que Mohamed Sajid, critiqué, décrié, menacé par l’assistance a eu gain de cause. L’AGO s’est soldée, tard dans la nuit par un vote à l’unanimité de tous les dossiers présentés par le Conseil.

Eh oui, tout ça pour ça !
 

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