Libre-échange UE-Maroc : quelles conséquences sur le textile, le cuir et l’habillement ?
L’étude d’impact concernant l’Aleca vient d’être publiée. La filière de l’habillement pourrait tirer profit du futur accord avec l’Europe, mais les conséquences pourraient être négatives pour le cuir et la production de textile.
C’est un secteur traditionnel de l’économie marocaine qui représente environ 250.000 emplois. Le Maroc a toujours été un partenaire important de l’UE dans le secteur. Mais la concurrence chinoise et la crise économique sont venues jouer les trouble-fête depuis 2009.
Dans le secteur de la production de tissus (textile), les entreprises sont majoritairement détenues par l’Etat et produisent des intrants pour le marché national. Mais avec la signature des accords de libre échange avec les Etats-Unis, de plus en plus d’investisseurs privés s’intéressent au secteur.
Dans le secteur des cuirs, le Maroc a misé sur une production de qualité à haute valeur ajoutée, pour faire face à la concurrence accrue et à bas prix des pays asiatiques. Le secteur comprend environ 340 entreprises, qui opèrent principalement dans des petits ateliers, et emploient environ 17.500 personnes.
Dans l’habillement, deux types de productions cohabitent : une production traditionnelle destinée au marché local et produite à bas coût et une production plus modernes à plus forte valeur ajoutée et destinée à l’exportation. Le secteur a récemment traversé une phase de concentration avec la diminution du nombre d’entreprises.
Bien que le secteur textile, cuir et habillement soit un important pourvoyeur d’emplois, les conditions de travail sont particulièrement mauvaises, avec une part importante de la main d’œuvre opérant dans l’informel.
Pour ses exportations, le secteur est relativement dépendant d’un petit nombre de destinations, puisque pour les 5 principaux produits exportés, les 3 principales destinations - à savoir l’Espagne, la France et l’Allemagne - représentent 80% des exportations. L’Espagne est le plus gros importateur.
Les atouts du secteur sont multiples :
- La proximité géographique avec l’UE qui facilite les échanges et réduit les coûts de transport.
- L’existence d’une main d’œuvre qualifiée, en particulier dans le secteur des cuirs.
- L’utilisation croissante de techniques de production modernes.
- La stratégie mise en place pour améliorer la qualité des produits afin d’attirer les grandes marques.
En revanche, le secteur souffre de :
- La forte dépendance envers les marchés européens.
- La faiblesse et le caractère erratique de l’investissement privé.
- Le caractère public de la plupart des entités de production, ce qui ne facilite pas l’innovation.
- La faible capacité de réaction et d’adaptation des entreprises, surtout les PME.
- La concurrence des pays asiatiques.
Des barrières essentiellement réglementaires
Le secteur a été totalement libéralisé avec les accords passés. Seules des barrières non tarifaires demeurent et feront l’objet des négociations dans le cadre des Aleca.
L’accès au marché marocain pour les exportations européennes est contraint, comme dans le cas des fruits et légumes, par les charges de services. Mais, l’environnement des affaires, notamment les questions de financement, est également une barrière.
L’accès au marché européen pour les exportations marocaines est contraint par les normes de qualité, notamment dans le textile et les cuirs. Certains produits, notamment dans les cuirs, se voient refuser l’accès au marché européen pour des normes techniques et l’emploi de certaines substances interdites en Europe.
Impact : positif pour l’habillement, mais pas pour le textile et el cuir
Les estimations réalisées font état d’un impact négatif des Aleca sur la production et l’emploi dans les secteurs des textiles (respectivement -2,7% et -2,6%) et des cuirs (-3,6% et -3,5%), alors que l’effet serait positif dans le secteur de l’habillement (1,3% et 1,3%). En revanche, les échanges entre l’UE et le Maroc devraient bénéficier de ces accords, avec un gain plus substantiel pour l’UE que pour le Maroc.
Dans le secteur de la production de textiles, les Aleca pourraient stimuler l’investissement pour moderniser les structures de production et accroitre la compétitivité. Mais la structure actuelle du secteur dominé par les entreprises publiques n’est sans doute pas la meilleure pour attirer l’investissement.
Dans le secteur des cuirs, si le climat des affaires s’améliore, l’installation de grandes marques en offshoring devrait s’intensifier. Mais les Aleca devraient également favoriser l’accès au marché des marques marocaines qui opèrent déjà sur les créneaux à forte valeur ajoutée.
Dans le secteur de l’habillement, les opérateurs qui produisent à bas coût pour le marché intérieur devraient subir de plein fouet l’intensification des échanges et la concurrence accrue qui en découle. De plus, la fragmentation de la chaîne des valeurs devraient encore accroître les problèmes liés aux emplois informels.
Des mesures visant à favoriser l’emploi de techniques modernes de production ainsi qu’à sensibiliser les entreprises du secteur et notamment les PME aux normes conditionnant l’accès au marché européen pourront faciliter l’adaptation des entreprises marocaines à la nouvelle concurrence.
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