Un opérateur accuse l’ANP d’avoir délibérément tué le port de Kénitra
Mouhsine Bennani, manutentionnaire et agent maritime au port de Kénitra, dénonce la façon dont l’ANP procède à la fermeture du port.
A travers une dépêche de la MAP, l'Agence Nationale des Ports (ANP) annonçait récemment «le lancement d'une étude pour l'identification de nouvelles opportunités pour la requalification du port de Kénitra, dont le maintien de l'activité commerciale se traduit par un déficit structurel, et envisage, en attendant, le recadrage de son système d'exploitation».
L'ANP indiquait « avoir engagé des pourparlers avec les usagers du port et la main d'œuvre dockers, dans le but d'arrêter les modalités et les mesures d'accompagnement pour la mise en œuvre de ce recadrage ». Quelques jours auparavant, l’ANP avait annoncé sa décision de fermer définitivement ce port.
Faisant suite à ces propos de l’ANP, Mouhsine Bennani, manutentionnaire et agent maritime au port de Kénitra a adressé à la rédaction de Médias 24 la réaction suivante :
« Les pourparlers que l’Agence prétend avoir entamés avec les usagers du Port et la main-d’œuvre portuaire ont eu lieu après l’annonce par la directrice de l’ANP de la fermeture du port le 15 mai 2013. Pourquoi mettre les opérateurs devant le fait accompli ? Pourquoi ne pas les avoir associés aux décisions stratégiques de requalification du port ?
« Les motifs invoqués par l’ANP quant à la régression de l’activité sont non-fondés. La véritable raison est que depuis son arrivée à Kénitra en 2007, l’ANP n’a jamais réalisé ni maintenance des équipements ni investissements. A titre d’exemple :
- 11 grues opérationnelles en 2007 - 1 seule en 2013
- Balisage du chenal inopérationnel depuis 10 ans
- Tirant d’eau du fleuve réduit de 20 cm en octobre 2010 pour manque de dragage
- Fermeture du port entre Février et Octobre 2010 pour absence de dragage.
- Absence de conducteurs de grues
- Aucun élévateur disponible à Kénitra
La liste et longue…
«Alors que la mission de l’ANP telle que définie dans la loi 15-02 créant cette agence est:
- D’assurer le développement, la maintenance et la modernisation des ports (Art. 33).
- L’octroi de concessions et d’autorisations d’exploitation des activités portuaires (Art 8)
- Ces concessions et autorisations sont données par appel à la concurrence (Art 12)
«Nous notons que l’ANP a failli à sa mission au port de Kénitra. Il s’agit d’une volonté délibérée de laisser mourir ce port. Aucun appel d’offres pour la concession de la manutention n’a été lancé à Kénitra à l’instar de ce qui a été fait dans les autres ports du royaume. La fermeture du port a été programmée de longue date. Aujourd’hui, on cherche des raisons valables pour la justifier.
«Tous les motifs invoqués par l’ANP pour justifier l’arrêt de l’activité commerciale ne sont que subterfuge.
«Le coût de passage des marchandises à Kénitra est inférieur de 50 % à celui de Casablanca (exemple de la pâte à papier : 35 DH la tonne pour Kénitra – 90 DH à Casablanca).
«L’Agence annonce un coût de dragage de 25 millions de DH par an mais oublie de préciser que des milliers de mètres cubes de sable (provenant du dragage) sont vendus quotidiennement par la société Rimal installée à Mehdia. Où vont les recettes provenant de la vente de ce sable ? Quel est le prix de la concession de dragage octroyée à la société Rimal ?
«Enfin, la reconversion dont parle l’ANP se traduira dans les faits par une simple mise à disposition au profit de certains promoteurs immobiliers d’un capital foncier qui avoisine les 150 hectares (superficie approximative du port de Kénitra ».
L’ANP n’a répondu ni aux appels ni aux mails de Médias 24. Nous précisons que l’opérateur en question est considéré comme crédible et sérieux. Nous attendons avec intérêt toute réaction de l’ANP.
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