Le dossier des diplômés chômeurs, enjeu d’un bras-de-fer Chabat-Benkirane
Le débat sur le recrutement des diplômés chômeurs refait surface et va occuper le devant de l’actualité au cours des prochaines semaines.
L’Istiqlal réclame en effet le recrutement de 80.000 diplômés chômeurs sur trois ans et l’application des promesses du gouvernement Abbas Fassi faites en 2011. Les coordinations de diplômés chômeurs saisissent la balle au bond et promettent un printemps chaud.
Hier mercredi 10 avril, les coordinations de chômeurs diplômés dénonçaient une "violente intervention des forces de l'ordre" contre leur sit in de protestation devant le Parlement, revendiquant une cinquantaine de blessés.
Après le communiqué de l’Istiqlal diffusé le 30 mars et qui réclamait le recrutement de 80.000 diplômés chômeurs sur 3 ans, le parti a demandé (notamment par la voix de son secrétaire général), l’application des accords de 2011 prévoyant le recrutement immédiat et sans concours, de plus de 4.000 chômeurs diplômés.
Mais Abdelilah Benkirane est intransigeant : l’embauche ne se fera pas par voie directe.
Cela fait deux ans que quelque 4.000 diplômés chômeurs attendent leurs affectations. En effet, le 8 avril 2011, un décret (n° 2-11-100) autorisait de manière « exceptionnelle et transitoire » leur recrutement dans la fonction publique, sans passer de concours. C’est dit clairement « exceptionnelle et transitoire » ! En outre, le texte avait arrêté l’application au plus tard, le 31 décembre 2011.
Hamid Chabat, secrétaire général du parti de l’Istiqlal, ne l’entend pas de cette oreille. Certes, le décret est caduc puisque le délai est dépassé, mais rien n’interdit de prendre un nouveau décret. Une promesse est une promesse et celle-ci doit être tenue, en vertu du principe de continuité de l’Etat.
Le fameux décret prévoyait l’insertion directe des 4.304 diplômés chômeurs signataires à travers leurs coordinations, du PV de la réunion du 20 juillet 2011. L’Istiqlal demande aussi, « l’embauche de 40.000 personnes en 2013 dans le cadre d’un service civil, dit de nouvelle génération comprenant la formation et la mise à niveau des candidats », explique à ce sujet Rahal Mekkaoui, responsable des relations extérieures du parti.
Ce n’est pas la faute aux diplômés chômeurs
Le décret d’application pose une date butoir, celle du 31 décembre 2011. Et la règle de la non-rétroactivité est un principe clairement établi. « Pour nous, le gouvernement peut agir. Si retard il y a, ou s’il a failli à ses engagements, ce n’est pas la faute des diplômés chômeurs. Il est naturel que ces derniers exigent de bénéficier de leurs droits », rétorque Rahal Mekkaoui.
Le gouvernement Benkirane reste ferme sur cette question. De source proche du dossier, on rappelle que « depuis son investiture, le chef du gouvernement a souligné le caractère exceptionnel de cette mesure. Que toute intégration à la fonction publique se réalisera par voie de concours. Il consacre ainsi le principe constitutionnel de l’égalité des chances. Chose qu’il a réitérée de manière solennelle durant une séance orale du parlement ».
PV caduc ou continuité de l’Etat ?
Pour mémoire, le 1er juillet 2011, le référendum constitutionnel est organisé sur fond de tensions sociales. Vingt jours plus tard, une réunion entre les principales coordinations des diplômés chômeurs et les responsables du cabinet Abbas El Fassi, aboutit à un PV. Document dans lequel le gouvernement s’engage à des recrutements directs dans la fonction publique. 25 novembre 2011 : élections législatives anticipées. L’exécutif change de main. A la veille de son départ, Abbas El Fassi laisse une patate chaude à Abdelillah Benkirane. Réaction de l’équipe de Benkirane arrivée au pouvoir dans un contexte de crise économique : le PV du 20 juillet 2011 est caduc.
Le parti de l’Istiqlal ne compte pas lâcher prise. La question du recrutement des 80.000 diplômés chômeurs sur les trois années à venir sera à l’ordre du jour de la prochaine réunion de la majorité. Une séance de travail qui se tient tous les 15 jours.
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