Othmane Rahmouni recueille votre avis sur le gouvernement
Inspiré par la révolution de Jasmin, ce jeune Marocain a créé GOVpinion, une plateforme web au service du fonctionnement de son pays.
Pour choisir leur hôtel, certaines personnes font aveuglément confiance à son nombre d’étoiles. Mais cela ne les met pas à l’abri de la mauvaise qualité de service, du manque de propreté des chambres… Pour éviter ces mésaventures, des sites comme tripadvisor ont été créés.
Depuis, de plus en plus de gens ont le reflexe d’aller sur internet avant de choisir leur hôtel. Ils y trouvent alors les expériences des voyageurs y ayant déjà séjourné et qui le recommandent ou non. Des notes sont alors attribuées en fonction des avis, qui permettent certes à l’internaute de faire son choix, mais qui ont également pour effet de mettre l’hôtel face à ses réalités.
Déçu par l’inefficacité des différentes actions mises en place pour lutter contre la corruption ou améliorer le service public… Othmane Rahmouni, qui fait plus confiance au nombre d’étoiles attribuées par les internautes qu’à celles affichées par les hôtels, a une idée saugrenue mais lumineuse. En remplaçant hôtel par institutions et voyageurs par citoyens, il parvient à concevoir un site permettant aux Marocains de partager leurs opinions, d'évaluer les institutions publiques, et donc de mettre les hommes politiques face à leurs responsabilités. Eureka !
Othmane Rahmouni développe lui-même son concept
Basé à Seattle, Othmane travaille chez Microsoft depuis 8 ans. Ce jeune trentenaire a été successivement développeur puis program manager avant de devenir senior product manager. Une expérience qui lui permet de développer lui-même son idée à travers une plateforme web.
Il travaille en mode soir et week-end pour créer une version béta de GOVpinion, qu’il lance en 2011. Dès septembre 2012, il en développe une nouvelle, qui connait plus de participation et commence à se faire connaitre. Cette plateforme figue d’ailleurs parmi les finalistes de la catégorie « application web de l’année » de l’édition 2012 des Maroc Web Awards.
Othmane finance lui-même son projet et recrute cinq personnes au Maroc. Lorsqu’on lui pose la question du coût de l’opération, il répond : « j’aurais pu faire un grand trip de plusieurs semaines autour du monde ! ». Avant de poursuivre : « Je gagne 0 DH avec ce site et je ne suis pas motivé par l’argent. Il aurait été plus facile de monter une start up aux Etats-unis, mais je voulais apporter quelque chose à mon pays qui ait un impact social ». Sa priorité consiste à lutter contrel’inefficacité des administrations et la corruption qui les gangrène. Pour cela, il considère que la meilleure solution est de créer un dialogue entre les citoyens marocains et leurs administrations.
Il développe alors la plateforme GOVpinion de manière à permettre à un citoyen marocain qui se rend dans une institution publique, et qui veut reconnaître sa satisfaction ou sa déception, de communiquer son opinion.
Les Marocains avides de renseignements
Très vite, Othmane se rend compte que le Marocain n’a pas l’habitude de faire de réclamations ou de se plaindre. Avec plus de 12.000 fans sur sa page Facebook et des milliers de visites par jour, le site receuille surtout des des questions sur les coordonnées des institutions, plutôt quedes avis d’internautes.
GOVpinion développe donc une base de données de 4000 institutions et de 1000 responsables. « Nous avons identifié toutes les CRI, les communes, les institutions de justice et d’éducation, ainsi que les hôpitaux publics, les ambassades… », explique Othmane. Un travail fastidieux qui permet à GOVpinion de renseigner ses visiteurs sur les coordonnées des administrations et leurs dirigeants.
Les ambitions de GOVpinion
Ceci dit, un annuaire, bien qu’étant très utile, est loin d’être la seule finalité du site. GOVpinion réfléchit donc à une manière de se développer pour que les citoyens s’entraident et partagent leurs expériences. « Nous travaillons également sur le dialogue à deux voies comme pour que les internautes puissent discuter en direct avec les responsables des institutions. Un député au parlement est d’ailleurs fort intéressé », nous confie Othmane.
Très optimiste, il est convaincu que plus le site sera connu, plus il aura d’impact : « le feed-back est très positif et les gens nous disent qu’ils ont besoin de ce type de communication ». Il imagine déjà des affiches sur les portes des administrations mentionnant la note attribuée par GOVpinion et invitant les citoyens à aller voter pour eux. Une sorte de label de qualité, mais aussi un moyen de pression aux mains des prestataires. Le vote serait alors un geste citoyen qui mènerait les institutions vers plus de transparence, un meilleur service et moins de corruption.
Mais le rêve d’Othmane est encore plus grand : « Mon intention est que GOVpinion soit duplicable dans d’autres pays. J’ai d’ailleurs des visiteurs de tous les pays et un ami pakistanais qui travaille sur un site similaire ».
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