Tayeb Hamdi

Médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé

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Covid et prière du vendredi : la haute surveillance

Covid et prière du vendredi : la haute surveillance

Le 15 octobre 2020 à 15:39

Modifié le 15 octobre 2020 à 16:25

Dans un contexte de circulation active du virus, la réouverture de 10.000 mosquées pour la prière du vendredi représente un risque accru de propagation de la Covid-19 si l'opération n'est pas strictement encadrée.

La réouverture de 5.000 mosquées de plus pour les cinq prières quotidiennes, ainsi que l'autorisation de l’ensemble des mosquées rouvertes (10.000 au total sur les 51 000 existantes) pour l'organisation de la prière du vendredi devrait être hautement encadrée pour éviter que les lieux de prière ne se transforment en foyers épidémiques et en des endroits risqués pour les personnes âgées et malades chroniques.

L’expérience des 5.000 mosquées rouvertes depuis le 15 juillet a montré beaucoup de limites quant au respect des mesures barrières. Beaucoup de fidèles ne respectent pas la distanciation nécessaire, pourtant clairement montrée sur les sols, et s’insinuent entre les présents, d’autres prient sans masques, ou n’apportent pas avec eux les tapis personnels comme prévu. Ne parlons pas de l’usage des gels hydroalcooliques. 

Cette situation mettait déjà en péril la santé des personnes âgées, ou moins âgées mais dont la santé est vulnérable face au coronavirus. 

Dans un contexte de circulation active du virus, le risque devient de plus en plus inquiétant :

1- Vu la multiplication des mosquées rouvertes, et qui certainement ne répondent pas aux mêmes critères de sécurité sanitaire et épidémiologique dictées au mois de juillet, autrement elles auraient été rouvertes depuis cette date.

2- La réouverture des mosquées pour la prière du vendredi est sans aucune commune mesure avec les cinq prières quotidiennes : autant les fidèles pouvaient choisir de prier chez eux par mesure de sécurité, la tentation aujourd’hui pour la prière du vendredi sera incontrôlable. 

Même avec la contrainte de la distanciation ces mosquées risquent d’être bondées du moment qu’elles ne sont que 10.000 à être fonctionnelles aujourd’hui, sur les 51.000 en fonction d’habitude. Avec l’obligation du respect des mesures barrières, un pourcentage minime de fidèles pourra trouver place, les autres, frustrés, prieraient quand même la Joumoua même sans distanciation !

3- Nous sommes en situation d’évolution épidémique qui s’aggrave, en témoignent les indicateurs quotidiens et hebdomadaires en hausse, et à la veille d’une deuxième vague qui sera plus ample (en chiffres de contaminations et de facto de cas graves en réanimation et de décès), et qui sera plus longue : de fin octobre début novembre jusqu’au mois de mars.

4- La capacité hospitalière et de réanimation est de plus en plus réduite, et des cas de plus feraient déborder un système de santé déjà fragile et fragilisé. Un débordement face auquel l’Etat ne peut rester indifférent : la seule solution sera de décréter des mesures territoriales contraignantes, très contraignantes, et génératrices de tensions.

5- Les personnes âgées (et les malades chroniques) sont les plus habitués des mosquées, avec les jeunes aussi dira-t-on. Oui, mais justement, ces personnes âgées généralement à l’écart de l’encombrement, respectueuses des mesures barrières, seraient côte à côte et face à face avec des jeunes très mobiles et très contaminateurs.

6- Les mesures restrictives annoncées pour les mosquées à savoir le port du masque, la distanciation sociale (près de 1,5 mètre), la stérilisation des mosquées, la mise à disposition des gels hydroalcooliques et la fermeture des dépendances sanitaires, ainsi que l’interdiction des rassemblements devant les mosquées, risquent fortement d’être ignorées ou obsolètes dans plusieurs sites.

La santé avant tout

Notre religion, l’Islam, ne nous contraint nullement à risquer notre vie, notre santé. Les préceptes de notre religion nous interdisent également de faire courir à autrui un risque évitable. 

Il faudrait réfléchir à revoir ces décisions et les encadrer rigoureusement pour l’intérêt général, la santé et la vie des Marocains, soit prendre toutes les mesures nécessaires pour que les mesures restrictives soient respectées et veiller à leur strict respect d’une manière continue et monitorée, en installant des comités devant chaque mosquée et en lançant une campagne de sensibilisation pour expliquer aux Marocains l’importance (malgré la sacralité de la prière) du respect des mesures barrières dans les mosquées et surtout lors de la prière du vendredi qui recrute des millions de personnes chaque semaine.

Les événements religieux, entre autres, sont des événements de super propagation (superspreaders), tout comme les restaurants, les cafés et autres lieux clos, en cas de non-respect de la distanciation et autres mesures barrières.

Restons vigilants.

Tayeb Hamdi

Médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé

Covid et prière du vendredi : la haute surveillance

Le 15 octobre 2020 à15:39

Modifié le 15 octobre 2020 à 16:25

Dans un contexte de circulation active du virus, la réouverture de 10.000 mosquées pour la prière du vendredi représente un risque accru de propagation de la Covid-19 si l'opération n'est pas strictement encadrée.

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La réouverture de 5.000 mosquées de plus pour les cinq prières quotidiennes, ainsi que l'autorisation de l’ensemble des mosquées rouvertes (10.000 au total sur les 51 000 existantes) pour l'organisation de la prière du vendredi devrait être hautement encadrée pour éviter que les lieux de prière ne se transforment en foyers épidémiques et en des endroits risqués pour les personnes âgées et malades chroniques.

L’expérience des 5.000 mosquées rouvertes depuis le 15 juillet a montré beaucoup de limites quant au respect des mesures barrières. Beaucoup de fidèles ne respectent pas la distanciation nécessaire, pourtant clairement montrée sur les sols, et s’insinuent entre les présents, d’autres prient sans masques, ou n’apportent pas avec eux les tapis personnels comme prévu. Ne parlons pas de l’usage des gels hydroalcooliques. 

Cette situation mettait déjà en péril la santé des personnes âgées, ou moins âgées mais dont la santé est vulnérable face au coronavirus. 

Dans un contexte de circulation active du virus, le risque devient de plus en plus inquiétant :

1- Vu la multiplication des mosquées rouvertes, et qui certainement ne répondent pas aux mêmes critères de sécurité sanitaire et épidémiologique dictées au mois de juillet, autrement elles auraient été rouvertes depuis cette date.

2- La réouverture des mosquées pour la prière du vendredi est sans aucune commune mesure avec les cinq prières quotidiennes : autant les fidèles pouvaient choisir de prier chez eux par mesure de sécurité, la tentation aujourd’hui pour la prière du vendredi sera incontrôlable. 

Même avec la contrainte de la distanciation ces mosquées risquent d’être bondées du moment qu’elles ne sont que 10.000 à être fonctionnelles aujourd’hui, sur les 51.000 en fonction d’habitude. Avec l’obligation du respect des mesures barrières, un pourcentage minime de fidèles pourra trouver place, les autres, frustrés, prieraient quand même la Joumoua même sans distanciation !

3- Nous sommes en situation d’évolution épidémique qui s’aggrave, en témoignent les indicateurs quotidiens et hebdomadaires en hausse, et à la veille d’une deuxième vague qui sera plus ample (en chiffres de contaminations et de facto de cas graves en réanimation et de décès), et qui sera plus longue : de fin octobre début novembre jusqu’au mois de mars.

4- La capacité hospitalière et de réanimation est de plus en plus réduite, et des cas de plus feraient déborder un système de santé déjà fragile et fragilisé. Un débordement face auquel l’Etat ne peut rester indifférent : la seule solution sera de décréter des mesures territoriales contraignantes, très contraignantes, et génératrices de tensions.

5- Les personnes âgées (et les malades chroniques) sont les plus habitués des mosquées, avec les jeunes aussi dira-t-on. Oui, mais justement, ces personnes âgées généralement à l’écart de l’encombrement, respectueuses des mesures barrières, seraient côte à côte et face à face avec des jeunes très mobiles et très contaminateurs.

6- Les mesures restrictives annoncées pour les mosquées à savoir le port du masque, la distanciation sociale (près de 1,5 mètre), la stérilisation des mosquées, la mise à disposition des gels hydroalcooliques et la fermeture des dépendances sanitaires, ainsi que l’interdiction des rassemblements devant les mosquées, risquent fortement d’être ignorées ou obsolètes dans plusieurs sites.

La santé avant tout

Notre religion, l’Islam, ne nous contraint nullement à risquer notre vie, notre santé. Les préceptes de notre religion nous interdisent également de faire courir à autrui un risque évitable. 

Il faudrait réfléchir à revoir ces décisions et les encadrer rigoureusement pour l’intérêt général, la santé et la vie des Marocains, soit prendre toutes les mesures nécessaires pour que les mesures restrictives soient respectées et veiller à leur strict respect d’une manière continue et monitorée, en installant des comités devant chaque mosquée et en lançant une campagne de sensibilisation pour expliquer aux Marocains l’importance (malgré la sacralité de la prière) du respect des mesures barrières dans les mosquées et surtout lors de la prière du vendredi qui recrute des millions de personnes chaque semaine.

Les événements religieux, entre autres, sont des événements de super propagation (superspreaders), tout comme les restaurants, les cafés et autres lieux clos, en cas de non-respect de la distanciation et autres mesures barrières.

Restons vigilants.

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