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Résoudre la crise ukrainienne sans les Ukrainiens

Il est vraiment inégalable, le président Donald Trump dans ses répliques et ses attitudes face à ses adversaires qui lui montrent de la résistance, américains soient-ils ou étrangers. Le dernier qui en a payé le prix est le président ukrainien V. Zelensky qu’il a traité de dictateur sans élection, en référence à son mandat expiré en mai dernier.

Le 21 février 2025 à 12h39

J’adore l’Ukraine, mais Zelensky a fait un travail épouvantable, lui a-t-il lancé. Réfléchissez-y, un comédien au succès modeste qui a persuadé les États-Unis de dépenser 350 milliards de dollars pour s’engager dans une guerre qu’il ne pouvait gagner, et qu’il n’aurait jamais dû commencer, a matraqué Trump.

Cette attaque de front ne s’est pas arrêtée là. Trump lui a reproché aussi de ne pas vouloir tenir des élections pour la seule raison de se maintenir à la tête de l’État, parce qu’il est très bas dans les sondages. Et la seule chose à laquelle il excellait, dira-t-il, était de mener Joe Biden à la baguette pour servir ses propres intérêts. Il avait également émis des accusations, souvent infondées et peu diplomatiques, sur l’impopularité du président ukrainien et les détournements qu’il a opérés dans les aides américaines reçues. Pour l’achever, Trump l’a accusé ouvertement d’être responsable de l’invasion russe de son pays. Qui dira mieux ?

La cause de ces rudes échanges est la tenue, le 18 février à Riyad, en Arabie-Saoudite, d’une réunion entre les chefs des diplomaties américaine et russe, sans la présence de l’Ukraine et de l’Europe. On pouvait bien comprendre son utilité à ce stade, puisqu’il ne s’agit pour le moment que d’une reprise de dialogue entre Russes et Américains, et que les questions de fonds n'y étaient pas encore sur la table des négociations. Simplement voilà, les Européens, y compris les Ukrainiens, qui ont subi de plein fouet les critiques du vice-président Vance lors de la récente Conférence sur la sécurité à Munich sur la sécurité, ne font plus confiance à l’administration Trump.

On ne pouvait imaginer qu’après tant de pertes humaines, de confrontations, de sanctions économiques et de frustrations exacerbées, il serait possible de rassembler toutes les parties pour trouver une solution à cette crise complexe. Toute réunion préliminaire, entre Européens, Américains et Russes à la fois, aurait été une foire d’empoigne, d’autant plus que l’ONU n’y est pas associée. Malgré tout, les deux diplomaties, américaine comme russe, ont laissé entendre que la réunion de Riyad n'est, en fait, que le début du rétablissement de l’ensemble des relations bilatérales, avant de se pencher sur la question ukrainienne en tant que telle.

Juste après la réunion de Riyad, Américains comme Russes se sont efforcés de minimiser leurs attentes quant à l’issue de cette rencontre qui fut préparée avec soin et discrétion, et à l’insu des Européens. Ces derniers ont apparu encore plus divisés après cette rencontre qu’ils l’étaient avant. Le récent discours du vice-président américain Vance à Munich les a tous refroidis. Il leur a prescrit de permettre davantage de liberté à leurs citoyens et de s’attaquer frontalement à l’immigration qui les mine. Il a employé la même démarche qu’emploie Trump, sidérer l’adversaire d’abord pour lui imposer sa volonté par la suite.

À la vue des images transmises de cet événement, on pouvait déceler le bonheur qui se dégageait de la démarche du chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov. Une descente décontractée de l’avion, comme s’il atterrissait chez lui, distribuant ici et là des sourires comme un vainqueur. Aussi bien lui semblait détendu que son homologue américain paraissait morne et ténébreux. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio n’affichait même pas un rictus pour se mettre d’abord à l’aise. Était-ce le stress, le manque d’expérience face à un Lavrov, qu’on surnomme le Talleyrand russe, et qui a accumulé dans sa fonction plus d’un demi-siècle ?

On saura un jour les détails sur ce premier saut dans le vide et ce baptême du feu du nouveau secrétaire d’État américain Rubio. On l’a bien vu décontracté par la suite, juste après la réunion, quand il déclara que des opportunités extraordinaires existent pour un partenariat avec la Russie. Il ajouta que la clé pour y parvenir est la fin du conflit en Ukraine et des discussions sur les territoires et sur des garanties de sécurité entre tous les partenaires. Il admettait que les Européens devraient à un moment donné prendre part aux futures discussions sur l’Ukraine.

Lavrov semblait pour sa part cueillir les bénéfices de cette rencontre en terre d’Islam. Il déclara que les Américains ont commencé maintenant à mieux comprendre la position russe. Cette déclaration pourrait être interprétée autrement : les Ukrainiens comme les Européens ont induit en erreur l’Amérique pendant l’ère Biden pour prolonger la guerre. Ce n’est que sous Trump qu’ils prennent la bonne résolution de se mettre à table pour négocier et mettre fin à la confrontation. Lavrov a informé, pour sa part, qu’il s’est entendu avec son homologue Rubio afin de poser les bases d’une future coopération sur les enjeux géopolitiques d’intérêt commun.

Les deux parties se sont également mises d’accord pour nommer rapidement des délégations dédiées à des négociations spécifiques pour mettre fin au conflit entre les deux puissances. Pour Tammy Bruce, la porte-parole du Département d’État, un appel téléphonique suivi d’une réunion ne suffisent pas à établir une paix durable. C’est ce même sentiment que Lavrov traduira différemment en ces termes : nous ne nous sommes pas contentés de nous écouter, mais nous sommes également entendus. Nos intérêts nationaux ne coïncident pas toujours, mais lorsqu’ils ne coïncident pas, il est important de regarder ces divergences et de ne pas provoquer d’affrontements militaires.

Si tout semblait bien se dérouler entre Américains et Russes, ce n’est pas le cas pour le premier concerné, le président ukrainien Zelensky, et le reste des pays européens, qui se sont sentis ignorés et marginalisés pour un événement qui les intéresse en premier lieu. Pour le président ukrainien : Trump peut pousser Poutine à un accord de paix, mais ne croyez pas un mot sur un quelconque cessez-le-feu, a-t-il prévenu. Il a aussi alerté que si les Américains retirent leurs troupes de l’Otan, c’est à-dire 30% des effectifs, le risque que la Russie occupe l’Europe serait de 100%.

Cette appréhension est la même chez les autres dirigeants européens qui craignent que le président russe ne profite d’une pause pour reconstituer ses forces et repartir de plus belle à l’assaut du reste de l’Europe. Ils sont conscients que leur continent passe par une période cruciale et que la sécurité du continent est en jeu. Le président français est en difficulté politique chez lui, et le chancelier allemand a des élections dont l’issue est incertaine. Le couple franco-allemand qui constitue le moteur de l’Union européenne est mal en point.

Alors que Trump traitait le président Zelensky de dictateur, paradoxalement Poutine faisait semblant de faire un pas en sa direction, en ajustant légèrement sa position, sans cependant modifier le fond de ses exigences. Il a annoncé être prêt à négocier avec son homologue ukrainien toute solution qui tient compte des réalités du terrain. Autre semblant d’assouplissement fut la déclaration de Moscou de reconnaitre le droit de l’Ukraine d’adhérer à l’Union européenne, mais pas à l’Otan qui, pour Poutine serait une menace existentielle. Ces ouvertures ne sont en réalité que des subterfuges pour duper l’Occident en se présentant comme un homme de paix, face à un Zelensky faiseur de guerre.

Ce n’est un secret pour personne que Trump, l’homme d’affaires qu’il est et qui ne parle que de deals, a un faible pour les dictateurs qui lui tiennent tête. Il est un admirateur de Poutine depuis son premier mandat comme président des États-Unis. Poutine est tout à fait à l’opposé un agent formé dans le KGB et qui en a pris les plis, froid comme du marbre, mais bon communicateur. Il cache en lui-même le désir d’une revanche sur l’histoire qui a marginalisé son pays depuis l’effondrement de l’URSS à la fin du siècle dernier.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la conférence de Yalta en 1945, l’Europe a bénéficié d’une longue période de paix et d’entente avec la Russie. Cette époque est définitivement révolue, et un nouveau monde est en train de voir le jour pour redessiner les contours d’un nouvel équilibre géopolitique mondial. Quel que soit la nature des arrangements à venir sur l’Ukraine, ceux-ci ne peuvent perdurer qu’avec l’accord des Européens, et en premier lieu des Ukrainiens. Une paix durable en Ukraine n’est envisageable que si le droit international est respecté en Europe comme au Moyen-Orient et partout ailleurs. L’Europe n’a plus trop de choix, soit elle doit se ressaisir et s’imposer, ou alors sombrer et céder le pas aux autres puissances.

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Le 21 février 2025 à 12h39

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