Le sermon de Vance
Le discours du vice-président américain J. D. Vance le vendredi 14 février lors de la conférence sur la sécurité à Munich la semaine dernière n’est pas passé inaperçu et restera gravé dans l’histoire.
On l’attendait pour aborder la guerre en Ukraine et la manière dont Washington pourrait aider à la résoudre, et le voilà aborder les insuffisances des Européens et leur manque de visions. Ceux-ci ont vite déchanté quand ils s’aperçurent que Vance est venu pour leur administrer des reproches sur la manière dont ils se gèrent, sur leur manque de démocratie et de respect pour leurs peuples, et leur laisser faire face à l’immigration. Trois jours après, les voilà tous réunis à Paris, à l’initiative du président français, dans un contexte tendu pour donner la réplique à Washington.
Comme il est coutume chez les responsables politiques américains, pour expliquer leurs engagements, ils partent souvent de leurs origines pour étayer leurs démonstrations. "Quand j’ai demandé ma femme en mariage, je lui ai dit que j’avais une dette de 120 mille dollars et une parcelle dans une cimetière du Kentucky. Dans ce cimetière, il y a des gens qui sont nés au moment de la guerre civile, et un jour il y aura mes enfants, ma femme et moi-même. Ce cimetière comptera sept générations d’Américains. Je serai un parmi eux qui n’oubliera jamais d’où il vient".
Après avoir évoqué sa famille, le voilà attaquant de front l’Europe. "Plus que la Russie, la Chine ou un autre acteur externe, ce qui m’inquiète, dira-t-il à son audience, c'est le recul de l’Europe par rapport à certaines de ses valeurs les plus fondamentales et à celles qu’elle partage avec les États-Unis". Il a évoqué longuement dans son discours la menace sur le droit à la liberté d’expression en Europe qui vise l’extrême droite sans la nommer. Pour donner la preuve de ses dires, il a abordé des cas en Allemagne, en Roumanie, en Suède et même au Royaume-Uni, leur proche allié qui semble être dans le viseur des Américains.
La liberté d’expression est en retrait en Europe, selon Vance. Il les a avertis que, de la même manière que l’administration Biden a semblé faire taire ceux qui exprimaient leurs opinions, l’administration Trump va faire précisément le contraire et l’inverse, c’est-à-dire permettre à tous de s’exprimer comme ils veulent et sans retenue, a-t-il laissé entendre. Il a osé également leur dire, en face, qu’à Washington il y a maintenant un nouveau shérif sous la direction de Trump, et que, même si nous pouvons être en désaccord, "nous nous battrons pour défendre votre droit d'expression".
Vance s’est immiscé dans les politiques domestiques de l’Europe en demandant aux Européens de changer de cap face à l’immigration de masse. Une personne sur cinq en Europe est née à l’étranger et le nombre des étrangers a doublé, selon lui, entre 2021 et 2022. D’où sort-il ces chiffres qui semblent être contestés par les Européens eux-mêmes ? Mais l’objectif de Vance était incontestablement de faire peur aux populations du Vieux Continent sur les dangers extérieurs, et que leur seul salut est d’y mettre fin selon la conception de Washington.
C’est pour cette raison que Vance a encensé la démocratie pour permettre, sans la nommer, à l’extrême droite européenne, et à elle seule, d’accéder facilement au pouvoir et de gouverner. Ignorer les gens, mépriser leurs préoccupations, fermer les médias, allusion ici aux réseaux sociaux comme X, annuler des élections, c’est le moyen le plus sûr de détruire la démocratie. Pour preuve, si la démocratie américaine a survécu à dix années de remontrances de Greta Thunberg, vous pouvez sans doute survivre à quelques mois d’Elon Musk, leur a-t-il lancé non sans ironie.
La voix du peuple compte pour Vance et c’est cela, la vraie démocratie. Il n’y a pas de place pour des pare-feu : soit on respecte ce principe, soit on ne le respecte pas. Aucune démocratie ne survivra en faisant dire à des millions d’électeurs que leurs réflexions, leurs préoccupations et leurs aspirations ne sont pas valables et ne méritent pas d’en tenir compte. Écoutez votre peuple, a-t-il lancé à son auditoire, même si cela vous déplait et vous surprend. Ainsi, vous pouvez mieux affronter l’avenir avec certitude et confiance avec le soutien de vos nations. C’est là où réside la magie de la démocratie selon lui, et ce n’est pas à travers les grands édifices historiques ou les grands hôtels.
Puis, à la fin de son discours, il demande à ces Européens qui l’écoutent de bien croire en la démocratie. Y croire, c'est comprendre que chacun de nos citoyens a la sagesse de choisir ce qu’il veut à travers sa voix. Si nous refusons d’entendre cette voix, même nos combats les plus fructueux n’aboutiront pas à grand-chose, leur a-t-il lancé. C’est à un coup de pied dans la fourmilière que les Européens ont assisté ce 14 février. Ils sont venus pour écouter la politique que Washington propose pour régler à leur place la question ukrainienne, les voilà instruits sur le vrai visage de l’administration Trump II. Entre-temps, Américains et Russes sont en Arabie-Saoudite pour s’arranger mutuellement sur le dos des Européens.
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