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Pandémies et progrès

AMMAN – L'humanité a survécu à de nombreuses pandémies tout au long de l'histoire. Dans de nombreux cas, nous avons tiré des leçons qui ont favorisé des progrès ultérieurs. Par exemple, les royaumes et les États d'Europe centrale et occidentale ont aboli le servage une fois qu'il est devenu clair, à la suite d'une épidémie dévastatrice, que la dépendance et la servitude mettaient en péril le pouvoir des dirigeants.

Le 1 mai 2020 à 7h44

De même, la pandémie de grippe espagnole qui a tué plus de 50 millions de personnes en 1918-19 a montré la vulnérabilité de pays entiers en l'absence d'un accès généralisé à des services de santé de base. Cet épisode a poussé les gouvernements à commencer à établir des systèmes de santé publique qui ont tant amélioré notre existence au XXe siècle.

Bien souvent, l'humanité s'est unie face à toutes sortes de menaces. Aujourd'hui, la pandémie de COVID-19 et ses nombreuses ramifications menacent de pousser nos structures sociales, politiques et économiques jusqu'au point de rupture. Si le passé n'est qu'un prologue, alors notre survie et notre bien-être exigent que nous changions.

La combinaison de maladie, de récession et de peur peut rapidement submerger les États et les sociétés. Chaque jour à venir va amener des défis de plus en plus nombreux que ne pourrons relever qu'en prenant soin des malades, en réduisant au minimum l'impact des confinements sur les vies et les moyens de subsistance, en assurant la fourniture d'eau, de nourriture et d'énergie nécessaires, et en nous empressant de trouver un remède au virus.

Comme dans tout conflit asymétrique, le succès dépend de notre résilience. Pour contenir les retombées économiques et sociopolitiques de la crise, les décideurs politiques doivent se concentrer sur la préservation de la dignité humaine et du bien-être social comme fondement de la sécurité nationale et internationale.

Dans une grande partie du monde, les membres les plus vulnérables de la société sont ceux qui sont en première ligne de la crise : non seulement les médecins, les infirmières, les soignants et les pharmaciens, mais également les employés des systèmes d'assainissement, les travailleurs agricoles, les caissiers de supermarché et les chauffeurs routiers. Tous font preuve du courage, du sacrifice et du dévouement qui nous aideront à voir le bout des 12 à 18 prochains mois de confinement. Mais en l'absence de soutien de l'État, que se passera-t-il pour les centaines de milliers de personnes qui ont déjà été licenciées, et pour les millions d'autres qui seront confrontées à des difficultés imminentes à mesure que le chômage continue d'augmenter ?

À mesure que les appels à la distanciation sociale se font de plus en plus pressants, nous devons nous souvenir de notre devoir humanitaire les uns envers les autres. Après tout, la sécurité, loin d'être individuelle, est collective et mondiale.

En effet, la logique d'une survie mutuelle assurée doit éviter les zones d'ombre. En fin de compte, la résolution positive des conflits trouve toujours un moyen de transcender les croyances politiques, la nationalité, l'origine ethnique, le sexe et la religion. De même, pour lutter contre cette pandémie, il faudra que notre engagement envers la vie soit véritablement universel.

Le monde dispose d'agents fiables à même d'aider à gérer cette crise ainsi que d'autres, comme le Comité international de la Croix-Rouge et Médecins Sans Frontières. Ces organisations ainsi que d'autres organisations de confiance doivent prendre l'initiative de développer une plate-forme publique de faits de santé afin que chacun comprenne à la fois l'ampleur du défi et les changements que nous devons apporter pour le relever. Et ceux qui crient au canular doivent être dénoncés comme autant de cyniques cruels.

En outre, les personnes qui ont été les plus attaquées au cours des dernières années – les migrants et les réfugiés – doivent faire partie intégrante des efforts nationaux visant à stopper la propagation du COVID-19. La Commission économique et sociale des Nations Unies pour l'Asie occidentale déclare que 55 millions de personnes dans la région ont besoin d'une aide humanitaire et que les femmes et les filles déplacées sont particulièrement vulnérables en cas de pandémie. Ainsi le défi est de taille, aussi bien pour la santé publique que pour notre humanité commune.

Heureusement, le système multilatéral, bien que mis à mal par des attaques nationalistes ces dernières années, a encore la capacité de faire face à cette crise existentielle. Bien que la solidarité humaine ait été au départ considérablement affaiblie à mesure que le virus COVID-19 a essaimé depuis la Chine, elle est aujourd'hui renforcée par l'aide apportée par la Chine au peuple et au gouvernement italien en cette période difficile.

La crise actuelle est également une crise de la mondialisation qui, bien qu'elle ait sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté au cours des dernières décennies, a également sapé les fondements du développement durable. Une meilleure mondialisation va exiger rien de moins que l'extension de l'éthique de la solidarité humaine au-delà des contours de notre réponse immédiate à l'épidémie de COVID-19.

Le véritable succès ne réside pas dans la lutte contre un agent pathogène, mais dans la redécouverte et l'institutionnalisation de la véritable valeur de la compassion, du respect et de la générosité dans les semaines et les mois à venir.
SAR le Prince El Hassan ben Talal, fondateur de Arab Thought Forum et du West Asia-North Africa Institute, Président du Conseil d'administration de l'Institut royal d'études interconfessionnelles.
© Project Syndicate 1995–2020

Par Rédaction Medias24
Le 1 mai 2020 à 7h44

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