Ali Bouabid

Chercheur et délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid.

Nous, l’Espagne et l’UE…

Le 21 mai 2021 à 13h41

Modifié 21 mai 2021 à 13h46

Autant je considère que le gouvernement a failli dans la gestion de la crise de Sebta, autant le ton péremptoire et condescendant de certaines réactions européennes me conforte dans la conviction qu’il y a des équivoques à dissiper dans nos relations.

Convenons d’abord que sur la question du Sahara, l’Espagne a depuis bien longtemps érigé la duplicité en principe directeur de sa relation avec le Maroc. Qu’elle accueille aujourd’hui pour des «raisons humanitaires» le chef du polisario, après avoir abrité des représentations de cette organisation et autorisé un activisme hostile au Maroc participent somme toute de la même logique.

Le condamnable et l’inacceptable dans l’affaire tient surtout à l’étendue de cette duplicité rendue manifeste par la volonté de tromper la vigilance d’un voisin, dit «ami», en recourant à des procédés indignes et peu avouables.

L’Espagne n’est pas un pays ami mais un simple partenaire

Du même coup une évidence s’impose désormais, dont il nous faut sereinement prendre acte. L’Espagne n’est plus un pays ami mais un simple partenaire. Et avec un partenaire ne comptent que les intérêts «bien compris» sur le contenu desquels une actualisation est désormais nécessaire pour nous réaccorder.

Dans cette perspective la question migratoire, récente dans nos accords avec l’UE, doit être soumise à un réexamen systématique. Pour y parvenir le Maroc doit au préalable, et avant la signature du prochain accord avec l’UE (2021-27) remettre sur le métier l’arsenal législatif et les conventions sur les migrations, pour en réévaluer certaines des dispositions à l’aune des développements récents et de leur mise en perspective au regard de nos intérêts.

Et en la matière, il est toujours bon de garder à l’esprit un questionnement aux allures de cas de conscience: Au nom et en vertu de quels principes un pays comme le Maroc se sentirait autorisé à interdire l’accès au continent européen à un ressortissant africain qui a fait ce choix et parcouru des milliers de kilomètres pour y parvenir? On peut toujours le conseiller et éventuellement l’en dissuader, mais on ne saurait moralement et humainement nous y opposer.

Une coordination à revoir en fonction de nos intérêts

Parallèlement, à l’UE en général et à l’Espagne en particulier il doit d’ores et déjà être rappelé que notre contribution décisive à la «cogestion des frontières» (entendre, le rôle de sous-traitant de l’Europe) «ne s’achète pas»; elle se compense tout au plus et à la hauteur des enjeux. C’est dire que les concours financiers que l’Europe octroie à ce titre ne relèvent aucunement du traitement de faveur pour justifier le ton comminatoire à peine voilé de l’UE à notre égard.

En effet, participer en première ligne et pour le compte de l’UE à la régulation des flux migratoires n’était a priori pas un domaine naturel de coopération. Il l’est devenu à la demande de l’Europe et depuis que cette dernière a choisi de mettre fin au droit à la libre circulation des personnes hors de ses frontières. Sans être membre de l’UE nous y avons pourtant accédé, non pour les montants octroyés qui ne compenseront jamais les dommages potentiels, mais dans une volonté de bon voisinage et de coopération globale revêtue d’un arrière-plan stratégique. Or c’est précisément cette dimension stratégique de la coopération qu’il nous faut aujourd’hui re-questionner et mettre en balance au regard de nos intérêts.

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