Lemine Ould Salem
Journaliste spécialiste des questions africainesNotules noires: Ce duel de généraux qui attriste le Soudan
Cette semaine, notre chroniqueur, Lemine Ould M. Salem se penche sur la guerre impitoyable qui, depuis un an, ravage le Soudan.
Depuis un an, sous le regard étrangement silencieux du monde entier, une tragédie sans nom se répand sur les vastes terres du Soudan, troisième plus grand pays d’Afrique avec plus de 1.880.000 kilomètres carrés.
A l'origine du drame qui afflige les 48 millions de citoyens de ce pays, les ambitions concurrentes de deux généraux autrefois alliés qui se disputent, aujourd’hui, le pouvoir: Abdel Fattah Al-Burhan, 63 ans, patron des forces armées régulières, chef de l’Etat de facto et Mohamed Hamdan Daglo “Hemetti", 49 ans, chef des Forces de soutien rapide(FSR), une unité paramilitaire formée d’anciens miliciens engagés aux côtés de l’armée gouvernementale lors du conflit dans les provinces orientales du Darfour.
La triste guerre que se livrent les deux hommes a profondément divisé le pays. Les vieux clivages ethniques sont réactivés, des régions entières sont ravagées, les récoltes sont saccagées et les viles, y compris la capitale Khartoum, sont dévastées.
Selon les statistiques publiées en janvier par l’organisation spécialisée dans la collecte des données des conflits, ACLED (l'Armed Conflict Location & Event Data Project), entre 10.000 et 15.000 décès ont été signalés au Soudan depuis le début du conflit. Un chiffre qui paraît trop faible par rapport à la réalité, si on considère les conclusions d’un rapport adressé, le 15 janvier, au Conseil de sécurité par un panel d’experts de l’ONU. D’après de document, la seule ville d’el-Geneîa, capitale de l’ouest du Darfour, aurait enregistré entre 10.000 à 15.000 qui ont trouvé la mort en raison de la guerre entre les deux généraux.
Les chiffres publiés en début d’année par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), estiment, eux, à plus de 10 millions de personnes qui ont été contraints de quitter leur domicile, dont près de deux millions vers les pays voisins, faisant du Soudan le deuxième pays avec le plus grand nombre de déplacés au XXIe siècle après la Syrie.
Comme tout conflit du genre, cette guerre civile qui déchire le Soudan n’épargne pas les enfants. Dans une note postée sur son site internet en date du 12 janvier, l’organisation des Nations-Unies pour l’enfance (Unicef) estime que près de 9 millions d'enfants font face à une insécurité alimentaire aggravée, tandis que près de quatre millions d'enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë cette année.
Pour mettre en lumière la gravité de la situation, une conférence internationale consacrée au Soudan s’est tenue à Paris lundi 15 avril, date anniversaire du début du conflit qui a tout juste un an.
"Au total, plus de deux milliards d’euros seront mobilisés en faveur des hommes et des femmes du Soudan", victimes d’un conflit "qui a provoqué l’une des pires crises humanitaires au monde", s’est félicité le président français Emmanuel Macron à l’issue de cette rencontre coorganisée par la France, l’Allemagne et l’Union européenne (UE).
Parmi les donateurs annoncés, Bruxelles promet 350 millions d’euros, Paris 110 millions d’euros, Berlin 244 millions d’euros et Washington 147 millions de dollars.
En attendant que d’éventuels bailleurs se manifestent pour compléter les 800 millions d’euros restants sur les 4 milliards d’euros souhaités par l’Onu, les participants à la conférence de Paris se sont engagés à faire de la crise soudanaise une priorité de l’agenda mondial. Comme cela est de coutume dans pareil conclave, ils ont aussi exhorté les acteurs du conflit à mettre un terme aux hostilités et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations concernées. Un appel dont on pourrait tout faire dire, sauf qu’il n’est pas opportun. La guerre pour le pouvoir que se livrent au Soudan les généraux Burhan et Hemetti est impitoyable. Elle menace le Soudan de désintégration et fait planer de sérieux risques de déstabilisation sur ses voisins.
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