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Notules noires. Après la France, l'Amérique perd le Sahel

Cette semaine, Lemine Ould M. Salem s’arrête sur le retrait contraint des soldats américains du Niger. Un revers de plus pour les puissances occidentales dans cette région stratégique d’Afrique.

Le 29 avril 2024 à 11h36

Il y a sept mois, les autorités nigériennes forçaient la France à retirer ses 1.500 militaires présents au Niger dans le cadre de la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel. Aujourd’hui, elles viennent de contraindre les États-Unis d’Amérique au même exercice.

La semaine dernière, Washington a annoncé que les Etats-Unis acceptaient la demande de retrait de leurs militaires du Niger, formulée en mars dernier par les autorités de ce pays. C’était à l’issue d’une rencontre entre le secrétaire d’Etat adjoint américain, Kurt Campbell, et le premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, en visite aux Etats-Unis.

Présents au Niger dans le cadre d’un accord de coopération militaire signé en 2012 entre les deux pays, plus d’un millier de soldats américains sont abrités par deux bases, dont la plus importante à Agadez, dans le nord.

Inaugurée il y a six ans pour un coût de 110 millions de dollars, celle-ci abrite 700 hommes. Elle dispose d’équipements de haute technicité, dont deux appareils de surveillance électromagnétique, des hélicoptères et une dizaine, vingtaine en cas de crise majeure, de drones MQ 9 "Reaper". Elle possède surtout l’avantage d’être au cœur de la zone saharo-sahélienne. Une position idéale pour la surveillance de vastes territoires allant du sud de la Libye et de l'Algérie au nord du Nigeria, du Bénin et du Burkina Faso, mais aussi l’ouest du Tchad.

Avec celle de Djibouti, sur la mer rouge, cette base était le seule permanente de l’armée américaine en Afrique.

Le départ des troupes américaines du Niger trouve son origine dans la décision surprise du gouvernement nigérien de dénoncer, le 16 mars dernier, "avec effet immédiat", la coopération militaire avec les Etats-Unis, affirmant que la présence américaine était "illégale".

"Le gouvernement du Niger, prenant en compte les aspirations et les intérêts de son peuple, décide, en toute souveraineté, de dénoncer avec effet immédiat l'accord relatif au statut du personnel militaire des États-Unis et des employés civils du département américain de la Défense sur le territoire de la République du Niger", avait alors déclaré à la télévision nationale le Colonel-major Abdourahamane Amadou, porte-parole du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), l'organe militaire au pouvoir depuis le coup d’état du 23 juillet contre le président élu Mohamed Bazoum.

Selon l’officier, cet accord "illégal" et "injuste" a été "imposé unilatéralement" par les Etats-Unis, par une "simple note verbale", le 6 juillet 2012.

En réaction, le gouvernement américain s’était contenté de dire qu’il avait pris "connaissance" de la décision nigérienne et qu’il fournirait des informations "si nécessaire".

Cette retenue, alors que des intérêts stratégiques et militaires américains sont en jeu, est rare à Washington. Elle illustre l’attachement que les Etats-Unis accordent à cette région d’Afrique, au carrefour de multiples menaces sécuritaires dont le jihadisme et le trafic de drogues ne sont pas les moindres.

Elle illustre surtout le souci de Washington de ne pas laisser le terrain libre à la Russie de Poutine qui, depuis son rapprochement avec les militaires au pouvoir au Mali et au Burkina voisins, montre sa volonté de faire du Sahel une zone d’influence prioritaire.

Mais l’arrivée récente à Niamey d'une centaine d’instructeurs russes de l'Africa Corps, formé d’anciens miliciens de Wagner déjà actifs au Mali et au Burkina, a sans doute fait comprendre aux Américains que la décision de la junte nigérienne de rompre avec l’armée américaine était irréversible.

Jeudi 25 avril, les deux parties ont entamé les discussions sur les modalités pratiques du retrait envisagé. Ces échanges ont réuni des membres de la junte nigérienne et l’ambassadrice au Niger, Kathleen FitzGibbon, accompagnée par le général de division Kenneth Ekman, directeur de la stratégie, de l'engagement et des programmes du Commandement des États-Unis pour l'Afrique (AFRICOM).

Dans l’espoir de trouver un pays de substitution au Niger, Washington aurait sondé plusieurs gouvernements de la région. Mais aucun n’aurait manifesté d’intérêt à la proposition américaine. Un revers de plus pour la puissance américaine, et derrière elle ses alliés européens.

Aucun n’a été en mesure de prendre conscience à temps du recul de l’influence occidentale au Sahel. Aucun n’a été en mesure de trouver la manière d’y répondre.

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Le 29 avril 2024 à 11h36

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