Neutralité active-objectivité au gré du vent : le huis-clos de l’incohérence
Écrire un article de fond. Naviguer sur les vaguelettes de l'objectivité ou de l'alignement sans se noyer par excès de confiance. Être fidèle à ses idées ou courtiser un lectorat de luxe. Quel dilemme ! Passer à côté de la plaque dans un sens ou dans un autre, une aubaine, ou une obligation de résultat.
Il y a trois semaines, un chercheur, chroniqueur et consultant auprès d'un think tank européen sollicite l'autorisation de publier un article que j’ai écrit sur l’ambivalence de la Chine et de la Russie au sein du Conseil de sécurité au sujet du conflit du Nord-Ouest africain. Le feu vert est donné pour la publication de l'article dans une version actualisée.
Or, plus tard, j'apprends que la rédaction du think tank change d'avis et décide de ranger le papier dans le tiroir des oubliettes. Le motif ? Le papier serait un texte de propagande. Incroyable ! Qu'est-ce qui a fait changer l'opinion de la rédaction du jour au lendemain ? La ligne éditoriale ? L'autocensure exagérée ? La remise en cause d’un narratif qui plombe les esprits des lecteurs occidentaux depuis cinquante ans ?
Alors, je me vois dans l'obligation non pas de justifier mes propos, mais de relever l'incohérence dans la définition donnée par la rédaction susvisée au terme "propagande" dans le métier du journalisme et des boîtes à produire des idées. S'agirait-il de la manipulation ? De deux poids, deux mesures ? De la volonté de se jouer de l'indifférence des lecteurs ? Ou, tout simplement, de la détermination à véhiculer un discours fidèle à un agenda et à une information à la carte ?
De la propagande donc ? Que l'on me permette de rappeler des productions qui ont balisé le terrain à la vraie propagande, dont l'Occident se garde de reconnaître en public et qu’il met en œuvre dans les coulisses. Cela dure depuis le début du siècle dernier et persiste même aujourd'hui avec plus de ferveur. Car, dans le Sud (toujours perçu comme une périphérie), des voix se lèvent pour contester la supériorité présumée sui generis des médias et des think tanks occidentaux sur le reste du monde.
Loin de moi l'idée de faire de l’esprit. Cependant, je ne peux m’interdire de dire ce que j’en pense avec tout le respect que je dois au chercheur et chroniqueur mentionné plus haut. Je suis en droit de m’interroger sur le filtre de la transparence présumée dont se vantent certains médias occidentaux qui s’avère, à mon humble jugement, trop transparent.
Quatre exemples retiennent l'attention. Le premier exemple est offert par Edward L. Bernays en 1928 sur les techniques des relations publiques, les vertus de la publicité et de la promotion commerciale et la manipulation psychologique. Son livre Propaganda (1928) coïncide avec les signes précurseurs de la grande crise financière internationale. Bernays joint l’utile à l’agréable et se met au service des intérêts des États-Unis au Guatemala pour renverser un gouvernement démocratiquement élu en 1954.
Ligne éditoriale, censure et transparence insidieuse
Le deuxième exemple est donné par Orson Welles dans son classique du cinéma Citizen Kane sorti en 1941. Si le film est inclus dans la liste des meilleurs classiques du cinéma américain et mondial, il n’en demeure pas moins qu’il est un instrument de propagande au service de la politique étrangère américaine.
En effet, le film reflète, d’une manière romanesque, le débat sur l’interventionnisme et l’isolationnisme en pleine deuxième guerre mondiale. Les États-Unis hésitent à embarquer dans la guerre. Le film n’est autre qu’un instrument de manipulation de l’opinion publique grâce au pouvoir des médias. La ligne de démarcation entre la propagande et l’intérêt national s’estompe et le public n’en perçoit que dalle.
Le troisième exemple est offert par Aldous Huxley (1932 et 1958). Son œuvre, notamment son roman Brave New World (1932), est redécouverte avec plaisir de nos jours par les nostalgiques de la littérature prospective. Dans des interviews avec Mike Wallace (1958), il revient sur l’utilisation de la propagande par Hitler pour se jouer de l’intelligence des Allemands, mais surtout le rôle de la publicité dans les pays démocratiques pour induire l’opinion publique en erreur.
En 1961, dans une interview avec John Morgan (BBC), Huxley dénonce la dépendance mentale dont les hommes souffrent en devenant des victimes par destination. La technologie est utilisée pour les manipuler à outrance. Huxley est sévèrement critiqué pour avoir prophétisé que l’humanité sera domptée, domestiquée et asservie. La pensée libre, argue-t-il, sera combattue et mise à rude épreuve au fur et à mesure que les pouvoirs politiques réussissent à leurrer les opinions publiques.
Le quatrième exemple est donné par Georges Orwell. Sur la même longueur d’ondes que Huxley, il publie son roman intitulé 1984 en 1949. Un roman prémonitoire et apocalyptique ; le dernier qu’il publie avant sa mort. Il y dénonce les vérités premières, la compartimentation des individus, le totalitarisme dans toute sa superbe sournoise, l’ostracisme social et la répression politique. En somme, Orwell se révolte contre le paternalisme de la minorité des détenteurs du pouvoir et leurs relais sur les échiquiers politique, économique, social et médiatique.
Le cinquième exemple est offert par Noam Chomsky. Linguiste de renom, ayant développé une théorie controversée sur la grammaire générative (transformational grammar) pour se démarquer du structuralisme dans la critique du langage naturel, Chomsky est aussi connu pour avoir épinglé les médias de masse (1988). Il s’attaque aux intellectuels qui s’enferment dans leurs tours d’ivoire ou gardent le silence devant les injustices sociales et politiques.
Chomsky s’insurge contre le bon sens assassin et les fausses évidences qui prodiguent un confort intellectuel trompeur. La domestication de la pensée libre est décrite dans ce que Chomsky et son coauteur Edward Herman appellent le modèle de propagande, qui reprend l’idée de "Manufacturing Consent'', concept inventé par Walter Lippmann en 1922, et en font un livre en 1988.
Bien que ses opinions sur des conflits internationaux soient approximatives, Chomsky dérange par son engagement, parce qu’il s’attaque à des sujets tabous et se permet de démystifier le double jeu de certains médias dits progressistes qui refusent les opinions émises en dehors des cercles de la démocratie occidentale.
Hégémonie et hiérarchisation des valeurs
Il s'agit là des cas qui attestent de la promotion ou de la contestation des techniques qui privent les spectateurs et les lecteurs de la capacité de discernement, à même de leur permettre d'avoir droit au chapitre sans être victimes de l'illusion du savoir et de la connaissance factice.
Or, si l'on accrédite l'avis de la rédaction du think tank objet de cette rubrique, il n'y a rien à dire. En tout cas, cet avis rappelle la réaction orageuse du cinéaste sénégalais, Ousmane Sembène, à des propos de Jean Roux, cinéaste-ethnologue français, en 1965. En effet, lors d’une interview célèbre à l’époque, Sembène intime l’ordre à son interlocuteur de se taire. Il lui crie sans ménagement : "Tu nous regardes comme des insectes".'' La critique devient virale et s’adresse à tous les partisans de l’ethnologie militaire et culturelle.
Alors, parlons-en de propagande ! Toutes ces campagnes de presse qui préparent les opinions publiques aux différentes manipulations et font du syndrome de la meute une religion. La religion d'une poignée de décideurs et d'idéologues qui s'arrogent le droit de décider au nom et pour la majorité. On est loin de la définition des appareils idéologiques de l'État et de la distinction entre les intellectuels organiques et les intellectuels conservateurs immortalisée par Antonio Gramsci.
Oui, Gramsci, dont l’héritage le plus étincelant est ses réflexions sur l’hégémonie et sur la hiérarchisation des valeurs au profit d’une élite insatiable et avide de tout ramasser sur son passage. Or, l’hégémonie devient durable parce qu’elle est acceptée. Elle consacre la dictature de la pensée unique à cause de la passivité et du consentement des sujets. Y aurait-il dans ce cas un lien entre le consentement irréfléchi et le syndrome de la meute ?
Par extension, les Africains sont taxés d'être incapables de produire des choses qui ont de la valeur, sinon celles qui reproduisent les blessures, les humiliations et les soumissions –en somme, tout ce qui donnerait crédit à la notion de victime et à l’image du syndrome de Stockholm.
Ainsi quand Aimé Césaire (1913-2008) et Léopold Sédar Senghor (1906-2001) battent la mesure de l'émancipation, à travers le concert de la négritude, ils sont épinglés bien que, dans la foulée, ils adoptent une position conciliante à l'égard de l'Occident. La revendication de la liberté est assimilée à un crime de lèse-majesté, à une ingratitude qualifiée voire à une insolence inacceptable.
Dès lors, je ne peux qu'être sidéré par l'attitude de certains intellectuels arabes et africains vivant en Europe et aux États-Unis qui s'interdisent la défense des causes de leurs pays d'origine de peur de se faire taper sur les doigts.
Il en est ainsi de certains Marocains qui sont montés au créneau pour critiquer la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara "dit occidental" en décembre 2020 sous prétexte du prisme des Nations unies dans la résolution des conflits internationaux. Ils ont gardé le silence ou adopté un profil bas, à la suite de l'adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2729, le 31 octobre 2025.
Justement, c'est l'interprétation de cette résolution favorable au Maroc qui aurait motivé la renonciation du think tank européen à publier le papier sur le conflit du Nord-Ouest africain sous prétexte qu’il ferait de la propagande.
Il semblerait que des courants de pensée et des médias européens n'arrivent pas à accepter que les politiques de diversion, de manipulation-intimidation en direction des pays du Sud sont révolues. Ils récusent particulièrement l’évidence de la panne d'idées, de la nonchalance créative dont la plupart souffrent. Ils renient la prise de conscience des pays du Sud qui conviennent qu’il est temps de se prendre en charge et de défendre leurs intérêts coûte que coûte.
Durant la guerre froide, le bloc de l'Ouest et le bloc de l'Est excellent dans l'art de la propagande sans qu'ils parviennent à se neutraliser. Les écrits de dissidents soviétiques, hongrois, polonais, roumains, bulgares, etc., et leur fuite (ou exil volontaire en) vers l'Ouest sont salués à force d'articles, d'interviews, de documentaires et de fictions cinématographiques. Le mouvement dans le sens inverse est occulté. Si des images apparaissent, on les conteste sous prétexte qu'il s'agit d'intoxication soviétique malsaine.
Avec l'apparition des premiers signes de l'essoufflement de l'URSS, des chercheurs, des politiciens et des stratèges militaires travaillent sur la chorégraphie des changements en cours pour préparer les opinions publiques occidentales à la nouvelle réalité. Si les facteurs sur lesquels sont fondées les analyses sont pertinents, l'acuité de la propagande surprend par son ampleur.
Cependant, aux yeux des promoteurs, ces agissements ne s'appellent pas propagande. Quand, vers la fin des années 1980, un nouveau slogan est véhiculé en France pour rebaptiser le contrôle des économies africaines "aide au développement conditionnelle", personne en Occident ne crie au scandale. Le spectre de la Conférence de Berlin (1884-1885) se permet une cure de jouvence.
Pouvoir de sublimation et de manipulation
Des régimes militaires remplacent des régimes militaires. Des liftings institutionnels sont opérés avec l'arrivée de personnalités civiles tirées au volet, à la carte et en fonction de leurs allégeances aux gouvernements des pays qui recueillent leur suffrage – et les préparent à la mise en scène du paradigme du chaos créatif.
Et puis, les néoconservateurs triomphent aux États-Unis en 1990. Ils influent sur la structure mentale des Américains et des Européens. Le même mode opératoire est mis en branle à travers la promotion du narratif sur la supériorité des valeurs libérales et démocratiques et de la fin de l'exceptionnalisme culturel et civilisationnel.
Francis Fukuyama, Samuel Huntington, Bernard Lewis, Richard Perle, Charles Krauthammer, Robert Kagan, Paul Wolfowitz etc., passent par là et repêchent ce qui reste de la pensée de Claude Lévi-Strauss (1908-2009) au-delà de l’anthropologie structurale et de l’étude des peuples indigènes. Tout cela n’aurait peut-être rien à voir avec la propagande !!
À la veille de l’intervention américaine en Irak, en février 2003, le secrétaire d’État américain, Colin Powell, présente devant le Conseil de sécurité des Nations unies des images et des preuves jugées implacables sur la possession par l’Irak d’armes biochimiques. Il dénonce également les liens ''irréfutables'' de Saddam Hussein avec les réseaux terroristes. Il n’en est rien. Il s'agit de la propagande pure que Powell regrette en 2005, en 2011 et en 2015, en avouant avoir été leurré et manipulé par les services de renseignement américains.
Par ailleurs, quand la question kurde est posée, les pays concernés (l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie) adoptent une position commune contre la création d’un État unique qui réaliserait le rêve de la nation kurde. Auraient-ils fait de la propagande ou défendraient-ils leur intégrité territoriale ?
De même que quand des pays occidentaux encouragent la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien en 2017, en vue du morcellement de l’Irak, les médias occidentaux se concentrent sur Erbil et ferment les yeux sur Téhéran, Damas et Ankara qui abritent des Kurdes.
Il est vrai que les États-Unis et les pays européens sont dans l’euphorie de la signature de l’accord nucléaire iranien (Plan d’action global commun) à Vienne en juillet 2015. Les autres signataires (les États-Unis, la France, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et l’Allemagne) ne souhaitent pas froisser l’Iran. S’agit-il de la propagande ou d’intérêts mercantiles ?
Le conflit du Nord-Ouest africain maintenant ! Pendant cinq décennies, la thèse algérienne est relayée dans les médias et les cercles académiques européens. Le narratif du Front Polisario passe à longueur de journée sur les antennes et ses sympathisants ne lésinent pas sur les moyens pour stigmatiser le Maroc.
La thèse marocaine est qualifiée de propension irrédentiste, cavalière et dangereuse pour la paix et la sécurité régionale. Pour une fois, l'Est et l'Ouest accordent leurs violons. Le Maroc est passé à tabac. Personne n'y trouve rien à dire.
Ensuite, un tournant est observé en 2007. Le Maroc propose un plan pour sortir de l'impasse et résoudre ce conflit régional. Panique dans certaines chancelleries diplomatiques. Le retour du Maroc au sein de l'Union africaine en 2017 sonne le glas de la mainmise de l’Algérie et de ses alliés sur cette organisation. S'agit-il ici de propagande ou du droit légitime du Maroc de défendre ses intérêts sur place pour dénoncer la duplicité des partisans de la zone de confort ?
En décembre 2020, encore faut-il le rappeler, le président Donald Trump reconnaît le Sahara comme partie intégrante du Maroc. Panique dans certaines capitales européennes. Des campagnes de dénigrement sont orchestrées contre le Maroc et ne ménagent pas les États-Unis au début.
Des rapports rédigés par des think tanks européens et des centres de planification stratégiques mettent en garde contre la montée en puissance (présumée) du Maroc dans son espace maghrébin et africain. Il en est ainsi de l’Institut allemand pour les affaires internationales. Il publie une étude intitulée "Maghreb Rivalries Over Sub-Saharan Africa" (SWP, November 2020)'. Il redoute que le Maroc n'emprunte le chemin suivi par la Turquie sur le plan économique et ne relègue l’Europe en second rang sur l’échelle de l’influence en Afrique.
Si la majorité des pays européens accepte à contrecœur la réalité sur le terrain du Sahara, elle n'en multiplie pas moins les campagnes d'intoxication pour semer le doute dans les esprits. Il est vrai que les intérêts de certains centres de décision européens seraient consolidés si les relations conflictuelles dans la région persistaient. Est-ce que le fait de déconstruire ce narratif constitue une propagande au profit du Maroc et une insolence à l’égard des médias et des think tanks européens ?
Vérité sens unique au dos du mur
Toujours dans le registre de la propagande, que les médias occidentaux ne condamnent nullement, les Marocains ne peuvent pas oublier la scène où on voit Yasser Arafat, président de l’OLP, serrer la main du dirigeant du Polisario, Mohamed Abdelaziz, à l’occasion de la 19ᵉ session du Conseil national palestinien tenue en 1988. En contrepartie de ce geste, l’Algérie autorise la déclaration d’indépendance de l’État de Palestine à Alger.
Que dire encore une fois de l’image du chef de l’Autorité nationale palestinienne, Mahmoud Abbas Abou Mazen, des chefs d'État de Tunisie, d'Éthiopie, du Congo-Brazzaville et du Nigeria, assis à côté de Brahim Ghali, chef du Front Polisario, à l’occasion de la célébration du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022 ? En quelle qualité ces personnalités perçoivent-elles Ghali ?
Le président Kaiss Saed récidive et reçoit en pompe Brahim Ghali, en août 2022, à l’occasion de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TIGAD). La Tunisie argue que les invitations sont adressées par la Commission de l’Union africaine et par le Japon. Le Japon dément catégoriquement cette information par la voix de son ministre des Affaires étrangères.
Dans le même ordre d’idées, on peut placer les pressions exercées sur le Conseil de sécurité par les États-Unis en 2013 pour introduire la question des droits de l’Homme dans la mission de la MINURSO. Où situer la politique, le chantage et la propagande à un moment où l’impasse prend tout le monde de court ? La manœuvre américaine vise un autre objectif en relation avec la situation au Moyen-Orient. Le Maroc refuse de tenir le rôle de proxy de service, ayant déjà résisté à la spirale des changements de régime provoquée par ce qui est appelé « printemps arabe ».
Quand l’Algérie dit avoir consacré le principe du droit des peuples à l’autodétermination dans la constitution de 2021 pour qu’il soit exclusivement appliqué au Sahara "dit occidental", on tombe des nues. L’Algérie refuse que ce principe soit, de quelque manière que ce soit, appliqué à la Kabylie ou au sud du pays où le Mouvement de libération du Sud algérien (MLSA) se manifeste de manière intermittente depuis 1970. Des attaques militaires sporadiques du MLSA sont enregistrées en 2020, 2025 et 2026.
L’interprétation contradictoire du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes par l’Algérie traduirait-elle un point de principe, une manœuvre de propagande ou de défense de son intérêt national en travaillant à porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un pays voisin ?
Qu’en est-il du Mexique qui inscrit le principe de l’autodétermination dans la constitution et en prive les Chiapas, une population qui regroupe une douzaine d’ethnies dans le sud du pays ? L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) alimente une révolte de libération depuis 1980. Elle figure parmi d’autres groupes paramilitaires ainsi que l’Armée révolutionnaire du peuple (EPR) créée en 1996, qui adopte une position plus radicale visant le changement de régime.
Qu’en est-il du cas des Samis (Lapons) partagés entre la Norvège, la Finlande, la Suède et la Russie ? Les Samis, qualifiés de dernier peuple indigène d’Europe, ne sont évoqués dans la presse occidentale que lorsque des incidents ont lieu sur la péninsule de Kola en Russie. Bien qu’ils disposent de parlements symboliques dans les trois pays scandinaves en Norvège (1989), en Suède (1993) et en Finlande (1996), les Samis ne sont pas intégrés totalement sur l’échiquier politique.
Qu’en est-il des pétitionnaires maghrébins qui défendent, à juste titre, les causes d’injustice et de violation des droits de l’homme dans leurs pays de naissance ou ceux de leurs parents, mais qui ferment les yeux sur les violations des mêmes droits dans les pays d’accueil qui ciblent leurs proches et amis ?
Qu’en est-il d’autres pétitionnaires qui proposent une solution de la question du Sahara selon une approche qui ignore à dessein la partie principale du conflit en allant jusqu’à suggérer une gestion partagée du territoire entre l’Algérie et le Maroc ? Propagande ? Complicité ? Manipulation ?
Une chose curieuse cependant : quand des Marocains écrivent sur le Maroc dans un langage qui dorlote les défenseurs des droits de l'Homme à la carte, ils sont acclamés. Quand d'autres, qui vivent en Europe, se distinguent par une retenue exagérée et prennent le bâton par le milieu, ils redoutent le pire.
C’est comme si ces écrivains et chroniqueurs avaient peur de subir le même sort que celui des sympathisants communistes, socialistes et simples victimes prises dans l'engrenage par la machine du maccarthysme durant les années 1947-1954 aux États-Unis.
Par ailleurs, ceux qui défendent les intérêts de leur pays d’origine souffrent le martyre de peur d'être taxés de taupes au service de leur pays d'origine et contre le pays d’accueil.
Qu’en pensaient les défenseurs de la neutralité sur la question du Sahara quand le Maroc a fait l’objet d’un marchandage scandaleux à travers un hacker, appelé Chris Coleman, qui a piraté le serveur du ministère des Affaires étrangères marocain en 2014 ? Il ne s’agissait pas d’un loup solitaire ou d’un fervent amateur des prouesses informatiques.
La même interrogation concerne le comportement de ces chroniqueurs et écrivains quand l’opération de chantage a évoqué une manœuvre d’espionnage présumée de certaines personnalités françaises et espagnoles attribuée aux services de renseignement marocains grâce à un logiciel appelé Pegasus ?
Une campagne de dénigrement au sein des institutions européennes, notamment le Parlement européen. Bien que les autorités espagnoles et françaises aient affirmé qu’il n’y avait pas de preuves tangibles à même d’épingler le Maroc, les médias reviennent à tour de rôle sur ces accusations sans prendre des gants.
Par ailleurs, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) rend une décision le 4 octobre 2024 concernant les accords commerciaux et de pêche entre le Maroc et l’Union européenne, deux jours avant la fin du mandat de certains juges ? Respect du calendrier ou intention douteuse ?
La même observation concerne l’enquête de la cellule antifraude de la Commission européenne (OLAF), entamée en 2003. L’OLAF rédige un rapport en 2007 sur les pratiques frauduleuses du Polisario et de certaines factions de l’armée algérienne. Toutefois, le rapport n’est révélé au grand public qu’en 2015.
De même qu’un rapport du Programme alimentaire mondial (PAM) sur l’évaluation de son programme stratégique pays Algérie pour les années 2019-2022 confirme l’existence de pratiques de détournement de l’aide alimentaire et humaine destinée aux camps de Tindouf.
Alors parler de deux poids deux mesures, de double jeu, d’hypocrisie politique et diplomatique et d’arrogance analytique ou de complicités flagrantes dans le traitement des questions de souveraineté des pays du Sud, est légitime.
Le débat reste ouvert sur le dilemme de l’information, de l’éthique, de la manipulation et de l’intoxication. Souvent, les décideurs tranchent en fonction de leurs intérêts. Ils les associent à ceux des gouvernements en place dont la survie dépend d’eux en dernier ressort. Un secret de polichinelle ? Sans doute. À l’instar de tous les supports de l’information et de la réflexion, les think tanks ont un agenda, des lignes rouges et ils détestent d’être bousculés dans leurs certitudes daltoniennes.
Alors, avancer à tout bout de champ l’argument de la propagande pour cacher les contradictions flagrantes se rapportant à l’objectivité journalistique et d’honnêteté intellectuelle manque de panache dans le cas d’espèce. Il confirme la même duplicité et contradiction retenues dans le comportement de la Chine et de la Russie à l’égard du conflit du Nord-Ouest africain au sein du Conseil de sécurité (CSNU).
Le mérite le plus saillant de l’adoption de la résolution 2797 du 31 octobre 2025 par le CSNU réside dans le fait qu’il met fin à l’ambivalence de certains acteurs étatiques et non étatiques qui utilisent le conflit du Nord-Ouest africain comme fonds de commerce.
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