Alfred Gusenbauer
Ancien chancelier de la République d'Autriche.L’impératif du libre-échange transatlantique
La confirmation de Michael Froman en tant que représentant américain au commerce est un moment approprié pour mettre en évidence les nombreuses possibilités qu'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et les États-Unis pourrait offrir à l'Europe, l'Amérique et le monde entier.
L'économie mondiale actuelle à trois niveaux – un taux de croissance de 6% dans les marchés émergents, de 2% aux États-Unis et nul en Europe – montre des signes inquiétants de paralysie et d’unilatéralisme nationaliste. Beaucoup voient des guerres monétaires se profiler à l’horizon.
Dans un environnement mondial aussi économiquement précaire, remplis de pièges protectionnistes, un pacte de libre-échange entre les deux plus grands blocs commerciaux du monde, représentant environ 40% du PIB mondial, n'a jamais été plus important qu’aujourd’hui. Historiquement, libre-échange et croissance économique ont évolués de concert, de même que le protectionnisme et la stagnation ; une intégration commerciale plus profonde entre les économies américaine et européenne permettrait de renforcer la croissance des deux côtés de l'Atlantique.
La croissance de 2% qui est prévue cette année aux Etats-Unis, malgré une diminution des dépenses publiques à hauteur de 1,8% du PIB, implique une croissance réelle du secteur privé de 3,8%. Bien que la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne soient toutes deux intervenues activement pour stimuler la reprise économique, les résultats ne pouvaient pas être plus différents.
Aux États-Unis, la crise bancaire a été solutionnée rapidement et de manière durable, alors que l'Europe continue à aller d'un plan de sauvetage à l'autre. En outre, le programme de relance de l'Amérique a évidemment fonctionné (malgré les critiques de la gauche, qui estime que trop peu a été fait, et les attaques de la droite, pour qui le plan de relance est trop important). Un autre facteur pourrait être une différence fondamentale de mentalité : beaucoup d'Européens ont tendance à surestimer le risque lorsqu'ils évaluent une opportunité.
En tous cas, l'Amérique est le premier pays dans la partie frappée par la récession de l'économie mondiale où le stimulus public a conduit à suffisamment d’investissements et de croissance privés pour qu’une consolidation budgétaire devienne possible. Plus les Etats-Unis et l'UE se développent ensemble, plus l'UE bénéficiera de la reprise américaine.
Les Etats membres de l’UE devraient aligner leurs économies sur la croissance américaines
La demande pour les biens européens augmentera, et les Etats membres de l'UE peuvent – et devraient – aligner leurs économies sur la croissance américaine. L'histoire suggère que l'espoir d'une reprise autonome en Europe pourrait s'avérer trompeur ; presque toujours, le cycle économique européen a suivi et renforcé celui des États-Unis. Aujourd'hui, par exemple, une récession prolongée en Europe est généralement considérée, avec les compressions budgétaires, comme posant le plus grand risque envers une reprise américaine durable.
Les coûts du travail dans le secteur industriel américain sont actuellement de 25% inférieurs à la moyenne européenne. Néanmoins, ce sont les différences dans les coûts de l'énergie qui sont les plus importantes, étant maintenant jusqu'à 50% inférieur aux Etats-Unis – un écart qui risque de se creuser davantage avec la poursuite de la révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis.
Cela a conduit les industries européennes à forte intensité énergétique – y compris les producteurs de verre, d'acier, de produits chimiques et de produits pharmaceutiques – à investir massivement aux États-Unis. Souvent, elles fabriquent des composants de haute qualité, qui sont ensuite transformés en Europe. Le producteur d'acier autrichien Voestalpine AG, par exemple, va commencer à produire des billes d'acier dans le sud des Etats-Unis, qui seront ensuite transformées en des alliages de haute qualité en Autriche.
La combinaison des faibles coûts de production aux États-Unis et des capacités de finition de classe mondiale en Europe est une recette pour obtenir des produits de première qualité à prix compétitifs. De cette façon, les investissements européens contribuent à la ré-industrialisation des Etats-Unis, tout en assurant simultanément des emplois européens de haute qualité.
Mais l'Europe doit faire davantage pour relancer son secteur manufacturier. La dernière tentative de créer une zone de libre-échange UE-États-Unis, sous la présidence de Bill Clinton, a échoué en raison de la politique agricole rigide et archaïque de l'UE. Un nouvel effort aiderait l'Europe à remplacer sa politique agricole avec une politique de recherche-développement visant à renforcer la compétitivité industrielle.
Malgré toutes les belles paroles échangées lors de sommets multilatéraux de coordination des politiques, des déséquilibres au sein de l'économie mondiale alimentent une montée des tensions. À une époque où nombreux sont ceux qui cherchent le salut dans le nationalisme, une zone de libre-échange UE-États-Unis serait un puissant symbole en faveur de davantage de coopération pour surmonter les défis mondiaux.
La croissance économique de l’Asie change la donne
Le poids économique croissant de l'Asie change aussi la donne géopolitique. L’accumulation d’armes massives par la Chine montre que la puissance économique sans puissance militaire n'est qu'un phénomène temporaire. Ainsi, le centre de la politique mondiale est en train de se déplacer de l'Atlantique vers le Pacifique.
L'Europe devrait décider de son positionnement. Une zone de libre-échange UE-États-Unis renforcerait les liens politiques transatlantiques et réfuterait efficacement le reproche fréquent selon lequel l'Amérique a perdu tout intérêt pour l’Europe.
Lors de son second discours d'investiture, le président Barack Obama a fait de la création d’une zone de libre-échange euro-américaine un projet de base de son second mandat. Le secrétaire d'Etat John Kerry a répété ce message au cours de sa visite en Allemagne ce printemps. Maintenant, c'est au tour de pays européens exportateurs comme l'Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et l'Autriche de réclamer une suite à l'offre de négociations américaine.
L'Europe a fait état de nombrilisme pendant assez longtemps. Son malaise a soulevé des questions quant à savoir si son capitalisme démocratique survivra au défi économique posé par les régimes autoritaires et quasi-autoritaires.
Pour ma part, je préfère prendre des décisions politiques que me complaire dans le doute et l'apitoiement sur soi. Un pacte commercial transatlantique permettrait d'aligner les deux économies et les intérêts fondamentaux de l'Occident.
Traduit de l’anglais par Timothée Demont
© Project Syndicate 1995–2013
à lire aussi
Article : Coupe du monde 2026. Maroc-Haïti, les clés du match
Ce mercredi 24 juin à Atlanta (23h), l’équipe nationale n’aura sans doute pas besoin de forcer son talent pour s’imposer face à une sélection haïtienne joueuse et ambitieuse. Mais les Grenadiers affichent d’importantes lacunes dans l’animation défensive, avec un bloc souvent désorganisé à la perte du ballon.
Article : Qui est Nabil Fahmy, le nouveau secrétaire général de la Ligue arabe ?
Fils d’un ministre qui avait rompu avec Sadate après sa visite à Al-Qods, cet ancien ambassadeur d’Égypte aux États-Unis prend les commandes d’une institution souvent critiquée pour son impuissance mais toujours centrale dans la diplomatie arabe collective.
Article : Avec plus de 600 vols par semaine, Marrakech confirme son rang de locomotive touristique
France, Espagne, Hongrie, Bulgarie… À vue d’œil, le ciel de Marrakech s’ouvre à de nouveaux marchés. Malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui ont perturbé le transport aérien mondial, les compagnies continuent de renforcer leurs fréquences vers la ville ocre et assument déjà le prochain cap : 900 vols par semaine.
Article : Médias, IA, sondages… en prévision des législatives 2026, la HACA fixe les règles de la campagne
Du 15 août au 22 septembre, les antennes marocaines vont entrer sous régime électoral spécial. Adoptée le 16 juin par le CSCA, une nouvelle décision normative du CSCA va imposer aux radios et télévisions un cadre strict sur l’accès des partis à l’antenne, le retrait des animateurs candidats, les conflits d’intérêts des invités et la lutte contre les contenus trompeurs jusqu’au scrutin du 23 septembre. Détails.
Article : Engrais : trois mois après l’accord avec OCP, l’Inde fait passer ses premières cargaisons par Ormuz
Quatre navires chargés d’urée, de phosphate diammonique et de soufre sont en route vers les ports de Krishnapatnam, Kakinada, Paradip et Mundra. New Delhi, qui dit disposer d'un stock de 19,6 millions de tonnes, cite désormais le Maroc parmi ses fournisseurs stratégiques pour la campagne agricole.
Article : Gaza : les premiers éléments des FAR rejoignent la force internationale de stabilisation
Après les annonces faites en février par Nasser Bourita à Washington, l’engagement marocain entre dans sa phase opérationnelle. Désormais, des militaires sont présents au quartier général américain de Kiryat Gat, sous l’égide du Conseil de la paix.