img_pub
Rubriques

La fracture numérique: une entrave au développement

GENEVE – On peut facilement penser que l’accès à l’économie numérique est généralisé et que les achats en ligne constituent l’évolution naturelle du commerce. Par exemple, en juillet, Amazon a vendu plus de 100 millions de produits à des consommateurs du monde entier lors de sa vente annuelle réservée aux membres privilégiés, une aubaine de 4,2 milliards de dollars englobant la vente de sel alimentaire en Inde, de Coke Zero à Singapour et de brosses à dents en Chine.  

Le 8 novembre 2018 à 14h37

Mais de tels chiffres cachent le fait que pour beaucoup dans les pays en développement, la voie vers le commerce électronique est juchée d’embûches. En termes simples, la croissance du commerce électronique n’est pas automatique et la diffusion de ses bienfaits n’est pas garantie.

Certains des obstacles sont d’ordre logistique. Ainsi, aux îles Tuvalu dans le sud du Pacifique, dont la capitale Funafuti ne comprend que dix rues portant un nom, 100 résidences seulement ont une adresse postale. Même si tous les habitants des Tuvalu avaient accès à l’internet (ce qui n’est pas le cas ; car seulement 13% de la population du pays disposait d’un accès à large bande en 2016, selon la Banque mondiale), la livraison des biens achetés en ligne y serait difficile.

Ailleurs, des milliards de personnes n’ont ni compte en banque ni carte bleue et dans la plupart des pays en développement, les lois de protection du consommateur ne couvrent pas les biens achetés en ligne. Ces obstacles sont particulièrement élevés pour les habitants de l’Afrique subsaharienne, des Etats situés dans des îles éloignées et dans plusieurs pays enclavés.

En revanche, dans la plupart des économies développées, les systèmes postaux bien huilés et des cadres juridiques établis signifient que les produits peuvent être achetés en ligne et livrés sans trop y réfléchir.

Mais le commerce électronique n’est qu’un des aspects de l’économie numérique en pleine évolution.

Suivre le développement de l'économie numérique 

L’innovation, la production et les ventes sont toutes des activités en train d’être transformées par les plateformes technologiques, l’analytique des données, l’impression 3D et le secteur prometteur de l’Internet des objets (IDO). D’ici 2030, 125 milliards d’appareils seront reliés à l’IDO, par rapport à 27 milliards en 2017. De plus, ce rythme soutenu de liaisons numériques se produit alors même que la moitié de la population mondiale n’a pas encore accès à internet.

Si rien n’est fait, le fossé béant entre les pays peu branchés et ceux qui sont hyper numérisés s’élargira, aggravant les inégalités actuelles. Le degré de numérisation peut même déterminer si un pays est en mesure d’atteindre les Objectifs de développement durable établis par la communauté internationale pour s’attaquer aux problèmes comme les famines, les maladies et les changements climatiques. C’est pourquoi j’estime qu’il faut faire plus pour appuyer les pays disposant de peu de moyens dans leurs initiatives d’intégration à l’économie numérique.

Il est difficile de prédire comment cette économie se développera. Nous savons toutefois que les interventions des Etats, des donateurs et des partenaires de développement détermineront la marche à suivre. L’initiative — Vers le numérique, lancée par l’OCDE en 2017 — aide les pays à saisir des occasions et à se préparer pour la transformation technologique. Les champs d’intervention comprennent la concurrence, la protection des consommateurs, l’innovation et l’entrepreneuriat, les assurances et les pensions, l’éducation, l’administration publique et le commerce. Il s’agit d’une stratégie globale que les spécialistes de la coopération pour le développement devraient émuler.

Renouveler les compétences et les connaissances

De plus, d’ici la fin de la prochaine décennie, les technologies de l’information et des communications (TIC) propulseront la croissance économique et les gains de productivité. Pour prospérer, les personnes auront besoin de renouveler leurs compétences et connaissances et les pays d’actualiser leurs politiques de protection des utilisateurs en ligne. Les petites entreprises, notamment celles qui sont gérées par des femmes propriétaires, seront particulièrement vulnérables aux aléas économiques.

Malheureusement, 1% seulement de tout le financement octroyé par Aide pour le commerce — une initiative des membres de l’Organisation mondiale du commerce visant à aider les pays en développement à améliorer les infrastructures favorisant les échanges commerciaux — est actuellement attribué aux solutions des TIC. De même, les banques multilatérales de développement n’investissent que 1% de leurs dépenses totales sur des projets des TIC et 4% seulement de cet investissement limité est affecté à l’élaboration des politiques, des travaux qui sont essentiels à une régie adéquate des économies numériques.

Au sein de l’organisme auquel je collabore, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), nous créons des stratégies d’aide aux pays en développement pour qu’ils exploitent leurs infrastructures actuelles et améliorent leurs capacités numériques. L’initiative, "Commerce électronique pour tous" vise à aider les pays en développement à obtenir du financement et de l’assistance technique. Depuis sa création, il y a deux ans, le programme a recruté presque 30 partenaires internationaux et une plateforme en ligne a permis de relier les Etats aux organismes et aux donateurs pour mettre en commun des ressources, des expertises et des connaissances.

Le G20 laisse aussi sa marque en ce domaine ; en août, j’ai joint les ministres du G20 en Argentine pour échanger nos vues sur ce qui peut être fait pour propager les bienfaits de la transformation numérique. Il va sans dire que cette réunion ne pouvait mieux tomber.

Néanmoins, même si les programmes et les sommets peuvent offrir au monde en développement et aux pays les moins développés une plateforme de lancement vers une plus grande connectivité, il faudra prévoir d’autres soutiens si l’on veut un jour combler la fracture numérique. Le fait que des milliards de personnes n’ont pas encore atteint le premier échelon de l’échelle rend la prospérité plus difficile que jamais à atteindre.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2018

Par Rédaction Medias24
Le 8 novembre 2018 à 14h37

à lire aussi

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
BUSINESS

Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice

Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.

L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance
SOCIETE

Article : L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance

Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.

La météo pour le lundi 27 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
Architecture et urbanisme

Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar

L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité