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Europe centrale et de l’est : Un nouveau modèle pour une nouvelle Europe

Les pays de cette partie du Vieux continent sont capables d'élaborer un nouveau modèle économique permettant un retour à des taux de croissance du PIB de 4 et 5%.  

Le 4 février 2014 à 10h32

VARSOVIE – Il y a cinq ans, l’Europe centrale et de l’est étaient le théâtre d’une des histoires de croissance les plus impressionnantes du monde. La croissance annuelle de leur PIB avoisinait 5%, juste derrière celle de la Chine et de l'Inde. Les investissements directs étrangers vers la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie dépassaient les 40 milliards de dollars par an. Une voiture sur six vendues dans la grande Europe était exportée au départ des usines de la région. La productivité et le PIB par habitant augmentaient rapidement, réduisant l'écart avec l'Europe occidentale.

 

Pourtant, la région a eu du mal à retrouver son élan depuis la crise financière mondiale et la récession qui l’a suivie. Les taux de croissance économique ont chuté à moins d'un tiers de leur niveau d'avant crise. L'investissement direct étranger, qui a plongé de 75% entre 2008 et 2009, n'a été que partiellement récupéré.

En effet, la région semble avoir disparu de l'écran radar des entreprises et des investisseurs mondiaux. Pourtant, notre nouvelle recherche conclut que les attributs qui avaient rendu la région si attrayante restent intacts.

La croissance et les entrées d'IDE restent déprimées, mais, dans l'ensemble, la région a relativement bien résisté à la crise. Dans la plupart des pays, la dette publique en pourcentage du PIB n'a pas dépassé 60% depuis 2004 – à l'opposé de la plupart des 15 pays qui étaient membres de l'Union européenne avant cette année. Et ces pays continuent à offrir collectivement une main-d'œuvre hautement qualifiée à des niveaux de salaires qui sont, en moyenne, 75% meilleur marché que dans les économies de l'UE-15.

En même temps, la région a elle aussi connu certains excès – notamment dans le marché de l'immobilier – qui ont contribué à provoquer la crise. En Roumanie, les prix immobiliers ont augmenté de 23% par an de 2004 à 2007. De plus, malgré une amélioration substantielle de l'environnement des affaires dans la région, ces économies se classent derrière leurs voisins de l'UE-15 en ce qui concerne corruption (même si elles font mieux que d'autres économies émergentes, dont la Chine, l'Inde, le Brésil et la Russie).

Plus important encore, la crise a révélé des lacunes importantes dans le modèle économique de la région : une dépendance excessive aux exportations vers l'Europe occidentale et un niveau élevé de consommation par rapport aux autres régions en développement, alimenté par l’emprunt et la forte dépendance aux IDE pour financer les investissements en capital.

Néanmoins, l'Europe centrale et de l’est sont capables de façonner un nouveau modèle qui, selon nous, pourrait permettre un retour à des taux de croissance du PIB de 4-5%. Ce modèle devrait comprendre trois grands volets : développer et moderniser les exportations; augmenter la productivité dans les secteurs où elle reste faible ; raviver les IDE tout en développant des moyens pour que les économies de la région financent une part plus importante de leur croissance au moyen d’une épargne intérieure plus élevée.

La région a une grande opportunité pour augmenter la valeur de ses exportations de biens et services. Par exemple, elle est bien placée pour devenir un hub régional agro-alimentaire pour la grande Europe et au-delà. Les taux de salaire de la région sont encore suffisamment faibles pour que les saucisses polonaises vendues à Berlin coûtent environ 40% de moins que celles fabriqués à Hambourg.

La région est déjà exportatrice nette de produits à « forte intensité en connaissances » comme l'automobile et certains produits aérospatiaux. Elle pourrait s’orienter vers des domaines encore plus sophistiqués grâce à des investissements supplémentaires dans l'éducation et le développement de grappes industrielles telles que Dolina Lotnicza (Aviation Valley) dans le sud de la Pologne.

Une possibilité prometteuse réside dans les services à forte intensité en connaissances. Menée par la Pologne, la région est un endroit de plus en plus important pour la sous-traitance et la délocalisation de certaines tâches. Son industrie de l'externalisation se développe deux fois plus vite que celle de l'Inde.

Mais davantage de possibilités de croissance pourraient être encore à venir, compte tenu de deux tendances en Asie : la hausse des coûts salariaux et une préoccupation croissante chez les clients d’externalisation occidentaux concernant les problèmes culturels et linguistiques récurrents.

L’Europe centrale et de l’est sont bien placées pour profiter de ces tendances, compte tenu de leurs solides compétences linguistiques et de leur proximité culturelle par rapport aux clients européens et nord-américains. La région se situe aussi de nombreux fuseaux horaires plus proche de ses clients européens et américains que les entreprises en Asie.

Enfin, plusieurs secteurs sont mûrs pour une amélioration de la productivité. Dans la construction, qui est un secteur très informel, la productivité est 31% sous les niveaux de l'UE-15. La productivité est également faible dans l'agriculture, en raison de la prédominance des petites exploitations qui ne sont pas hautement mécanisées. L'ouverture du secteur agricole à l'investissement étranger aiderait à élargir la taille des exploitations moyennes et introduire des méthodes plus modernes.

Les industries de « réseau », comme les compagnies d'électricité et les systèmes ferroviaires, ont été partiellement privatisées dans la plupart de la région. Les ouvrir davantage à la concurrence et aux incitations de marché aiderait à augmenter la productivité de ces secteurs.

Pour réduire la dépendance aux emprunts à la consommation et aux aléas des flux d'IDE, les taux d'épargne intérieure de la région doivent être relevés lorsque la demande reprendra. La réforme des retraites et le développement des marchés financiers aideraient à atteindre cet objectif.

La mise en œuvre des composantes de ce modèle de croissance pour l'Europe centrale et de l’est demandera de nouvelles réformes visant à faciliter les affaires et à renforcer la protection des investisseurs. Les économies de la région devraient également investir beaucoup plus dans les infrastructures et la lutte contre les effets du vieillissement, qui pourraient rogner 0,7% sur les taux de croissance annuels au cours de la prochaine décennie. Faire en sorte que davantage de femmes rejoignent la force de travail permettrait de rapprocher les taux de participation au marché du travail des niveaux de l'UE-15 et d’éviter la flambée des taux de dépendance.

L’Europe centrale et de l’est seront inévitablement dans le feu des projecteurs cette année. Le 25e anniversaire de la chute du rideau de fer et le 10e anniversaire de l'adhésion à l'Union européenne de la République tchèque, la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la Slovénie fourniront une opportunité pour la région de mettre en valeur combien elle a progressé au cours du dernier quart de siècle. Mais la réalisation du potentiel considérable de la région en vue d’atteindre de nouveaux succès exigera une nouvelle approche de croissance.

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

© Project Syndicate 1995–2014

Tags : Algérie
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Le 4 février 2014 à 10h32

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