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Émirats Arabes Unis et Maroc – un nouveau chapitre économique

Le retour du cabinet Al Tamimi & Company au Maroc coïncide avec une phase charnière des relations économiques entre les Émirats arabes unis et le Royaume. Portée par une volonté commune de renforcer les liens et d’encourager les investissements croisés, cette dynamique ouvre des perspectives concrètes pour les acteurs économiques et institutionnels des deux pays.

Le 24 juillet 2025 à 14h21

Un nouvel élan de coopération

Les relations entre les Émirats Arabes Unis et le Maroc, historiquement solides, ont franchi un nouveau cap sur le plan économique à la suite de la visite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI à Abou Dhabi, les 4 et 5 décembre 2023. À cette occasion, une série de protocoles d’accord ont été signés dans des secteurs clés tels que les infrastructures, l’énergie, la sécurité alimentaire, la finance et le tourisme. Ces engagements visent à renforcer la coopération bilatérale en matière de commerce et d’investissement, tout en posant les fondements d’un partenariat structuré pour la période 2024–2029.

L’année 2024 a marqué le démarrage effectif de cette nouvelle dynamique. Une activité soutenue a permis de poser les bases institutionnelles et commerciales du partenariat. Forums économiques de haut niveau et missions commerciales se sont multipliés, mobilisant les acteurs publics et privés des deux pays.

En juin, la Dubai International Chamber a organisé à Casablanca le forum « Doing Business with Morocco », qui a réuni plus de 400 participants autour d’une plateforme B2B ciblée. Cet événement a donné un coup d’accélérateur aux investissements émiratis au Maroc. Dans la foulée, la mission commerciale « New Horizons » a débouché sur plus de 300 rencontres bilatérales et la signature de plusieurs mémorandums d’accord avec des institutions marocaines de premier plan, pour un volume d’engagements dépassant les 2 milliards de dollars.

Cette dynamique s’est traduite, le 27 juillet 2024, par la conclusion des termes d’un Accord Global de Partenariat Économique (Comprehensive Economic Partnership Agreement – CEPA) entre les deux pays. Cet accord d’envergure prévoit la réduction des droits de douane, l’harmonisation des procédures douanières et l’élargissement de l’accès aux marchés de services. Il constitue un socle juridique solide en faveur d’une intégration économique durable.

L’année 2025 marque le passage à la phase opérationnelle. En mars, le gouvernement marocain a dévoilé la liste restreinte des cinq consortiums internationaux présélectionnés dans le cadre du programme « Offre Maroc » pour l’hydrogène vert, d’un montant global estimé à 319 milliards de dirhams (environ 32,7 milliards de dollars). Parmi eux, le groupe TAQA, basé à Abou Dhabi, en partenariat avec l’espagnol CEPSA, s’est illustré avec un projet ambitieux combinant 6 gigawatts de nouvelles capacités en énergies renouvelables à des électrolyseurs industriels de grande envergure. Ce projet vise la production d’ammoniac vert et d’autres carburants synthétiques destinés à l’export, positionnant les Émirats comme un acteur stratégique de la future économie marocaine de l’hydrogène.

Les deux pays visent désormais à doubler les flux commerciaux et d’investissement d’ici 2031, et à consolider l’un des partenariats Sud–Sud les plus dynamiques de la région.

En avril 2025, la première session du Conseil d’affaires Émirats–Maroc s’est tenue à Sharjah, créant une plateforme institutionnelle pour structurer la coopération du secteur privé. Dans le même temps, l’Agence marocaine de développement des investissements et des exportations (AMDIE) a mené un roadshow à Abu Dhabi lors de l’Annual Investment Meeting (AIM 2025), sous le thème « De la vision à l’action ». L’événement a mis en lumière les opportunités offertes par les réformes engagées au Maroc et renforcé les échanges avec les investisseurs émiratis.

En mai 2025, les relations bilatérales ont franchi un nouveau seuil avec l’annonce du plus grand investissement privé jamais réalisé au Maroc. Le groupe TAQA, en partenariat avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) et le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, a dévoilé un programme d’une valeur comprise entre 130 et 150 milliards de dirhams (13 à 15 milliards de dollars). Ce vaste projet prévoit la construction de quatre stations de dessalement d’eau de mer, un transfert interbassin de 800 millions de m³, une « autoroute électrique » HVDC de 1.400 km (3.000 mégawatts), 1.200 mégawatts de nouvelles capacités en énergies renouvelables et l’extension au gaz naturel de la centrale de Tahaddart (1.500 mégawatts).

Pris dans leur ensemble, ces initiatives traduisent une montée en puissance spectaculaire de la coopération bilatérale. Les deux pays visent désormais à doubler les flux commerciaux et d’investissement d’ici 2031, et à consolider l’un des partenariats Sud–Sud les plus dynamiques de la région.

Le rôle des Émirats en tant que premier investisseur arabe et deuxième investisseur mondial au Maroc repose sur un écosystème de services financiers sophistiqué(...) incluant les fonds souverains, les plateformes de capital-investissement et les institutions de financement du développement.

Une stratégie d’investissement multisectorielle

Bien que l’énergie et l’eau demeurent des secteurs prioritaires, leur importance se reflète dans des coentreprises d’envergure entre des entreprises émiraties et marocaines de premier plan. On peut notamment citer YNNA Holding et AMEA Power — la branche dédiée aux énergies renouvelables du groupe Al Nowais Investments, basé à Abou Dhabi — qui ont signé un accord stratégique pour le co-développement d’un parc éolien de 100 mégawatts dans la ville marocaine de Laâyoune, illustrant l’appui des Émirats à la stratégie marocaine de développement industriel vert.

Au-delà de ces projets phares dans le secteur de l’énergie, les investissements émiratis au Maroc s’étendent à un large éventail de secteurs, traduisant l’ampleur du partenariat bilatéral. Les capitaux en provenance des Émirats Arabes Unis et d’autres États membres du CCG affluent désormais vers l’immobilier, l’hôtellerie, la logistique, les technologies et le tourisme.

Le rôle des Émirats en tant que premier investisseur arabe et deuxième investisseur mondial au Maroc repose sur un écosystème de services financiers sophistiqué. Les capitaux émiratis sont mobilisés par le biais de multiples véhicules, incluant les fonds souverains, les plateformes de capital-investissement et les institutions de financement du développement.

Cette coopération bilatérale favorise également l’innovation dans les domaines de l’assurance, du crédit à l’exportation et du financement de projets, dotant les entreprises marocaines et émiraties d’outils performants pour gérer les risques et accéder à de nouveaux marchés. L’engagement commun en faveur de normes strictes en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de conformité financière renforce l’intégrité des transactions transfrontalières et soutient la durabilité des flux d’investissement à long terme.

Les investissements entre les Émirats et le Maroc ne sont en aucun cas à sens unique. Un nombre croissant d’entreprises marocaines établissent des filiales ou des succursales aux Émirats, afin de tirer parti d’un environnement fiscal favorable et d’un marché de consommation dynamique.

Dans le secteur de la santé, le groupe coté à la bourse de Casablanca Akdital a annoncé l’ouverture prochaine de quatre établissements hospitaliers à l’étranger, dont deux aux Émirats Arabes Unis (l’un à Dubaï et l’autre dans un second émirat), illustrant la manière dont certains champions marocains utilisent les Émirats comme tremplin pour leur expansion régionale. Cette dynamique bidirectionnelle est également illustrée par l’acquisition, début 2025, d’une participation majoritaire dans l’entreprise émiratie Intercoil International par le groupe Africorp Industry.

Cette opération a permis de faire passer sous contrôle marocain un acteur industriel émirati reconnu, tout en renforçant la présence du capital africain dans la région du Golfe.

Des accords majeurs EAU–Maroc en convergence avec la nouvelle dynamique d’investissement du Royaume

Ce renforcement du partenariat s’inscrit stratégiquement dans l’agenda économique du Maroc, et plus particulièrement dans le cadre de sa Charte de l’investissement récemment révisée. Ce nouveau dispositif vise à accroître l’attractivité du Royaume auprès des investisseurs étrangers grâce à des mécanismes de soutien robustes, comprenant notamment des subventions publiques et des avantages fiscaux et douaniers significatifs.

Pour les projets d’investissement supérieurs à 50 millions de dirhams (soit environ 5,5 millions de dollars), la signature d’une convention avec l’État marocain permet de bénéficier d’exonérations totales de TVA et de droits de douane dans le cadre de la mise en œuvre du programme d’investissement. De telles incitations, combinées à l’emplacement géographique stratégique du Maroc et à la stabilité politique et économique, s’avèrent particulièrement efficaces pour attirer des flux importants de capitaux étrangers.

Pour transformer les engagements en projets concrets, le Maroc a profondément réformé ses 12 Centres Régionaux d’Investissement (CRIs), les convertissant en guichets uniques pleinement opérationnels, capables d’accompagner les investisseurs tout au long du cycle de vie de leurs opérations.

La capacité de financement a également été renforcée grâce au Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, doté de 45 milliards de dirhams. En s’appuyant sur des partenariats avec des bailleurs de fonds multilatéraux et des gestionnaires d’actifs internationaux, ce fonds mobilise du capital privé au travers de véhicules sectoriels ciblés.

L’ensemble de ces mesures pro-investissement s’inscrit dans un contexte national particulièrement porteur, dynamisé par les préparatifs en vue de la co-organisation de la Coupe du Monde de la FIFA 2030. Ce programme prévoit notamment le doublement de la capacité aéroportuaire nationale, qui passera à 80 millions de passagers, l’extension de la ligne à grande vitesse entre Marrakech et Agadir, ainsi que la réalisation d’un nouveau Grand Stade Hassan II à Casablanca d’une capacité de 115.000 places.

Il est à noter que parmi les autres principaux investisseurs au Maroc — qui s’est affirmé à la fois comme une porte d’entrée vers l’Afrique et comme un pôle émergent pour les industries vertes — figurent l’Arabie saoudite, le Qatar et le Koweït, où Al Tamimi & Company dispose également de bureaux.

Observations finales

La récente vague d’investissements publics émiratis au Maroc marque un tournant décisif dans les relations économiques entre ces deux nations dynamiques. Au-delà des chiffres financiers impressionnants, ces collaborations traduisent un alignement stratégique profond, centré sur le développement durable, la diversification économique et la croissance partagée.

En ciblant des secteurs vitaux tels que l’énergie, l’eau et les infrastructures, les investissements émiratis répondent non seulement aux besoins immédiats du développement marocain, mais jettent également les bases d’un avenir prospère. Pour les entreprises et les investisseurs — en particulier ceux issus des Émirats Arabes Unis et des autres pays du Golfe — le Maroc offre un terrain riche en opportunités.

Al Tamimi & Company se tient prêt et est particulièrement bien positionné pour faciliter cette nouvelle ère passionnante de partenariat, pour soutenir ses clients en leur fournissant des conseils juridiques régionalement informés et l'expertise sectorielle nécessaire pour naviguer dans les opportunités et les complexités de l'environnement d'investissement prospère au Maroc, aux Émirats arabes unis et dans d'autres États clés du Moyen-Orient.

Par et
Le 24 juillet 2025 à 14h21

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