Bonjour Colonna, adieu Le Drian
A soixante-six ans, Catherine Colonna a été nommée vendredi 20 mai au poste, combien sensible et stratégique en ces moments difficiles que traverse le monde, de ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la France. Elle rejoindra l’autre dame Elisabeth Borne nommée Première-ministre par Emmanuel Macron, suite à sa récente réélection pour un nouveau mandat à la tête de l’Etat français.
La nouvelle ministre qui dirigera le Quay d’Orsay est née en Inde et Loire. Elle a obtenu, dans la même région, sa maîtrise en droit public, puis enchaîné avec des diplômes de l’Institut d’Études politiques, IEP, puis de de l’Ecole Nationale d’Administration ENA, dont elle est sortie lauréate en 1983. Elle a commencé très tôt sa carrière à l’ambassade de la France à Washington, avant d’intégrer le ministère des affaires étrangères à la direction juridique.
De 1994 à 1995 on la retrouve porte-parole-adjointe au Quay D’Orsay puis porte-parole de la présidence de la république, où elle a été très proche de Jacques Chirac, qui appréciait son dévouement. C’est sous sa présidence qu’elle a été nommée ministre-déléguée aux affaires européennes de 2005 à 2007. En 2008 elle est représentante-Permanente auprès de l’UNESCO, et rejoint en 2010 le cabinet international de communication financière Brunswick. La nouvelle ministre a souvent représenté Paris dans d’autres pays à l’étranger. Elle a été Représentant-Permanente de la France auprès de l’OCDE, de 2017 à 2019, puis ambassadrice en Italie de 2014 à 2017.
Le dernier poste qu’elle a occupé à ce jour est ambassadrice à Londres. Le brexit est venu compliquer davantage les relations du Royaume-Uni avec la France. Londres avait renforcé ses relations avec Washington au détriment de la France, notamment par les accords AUKUS qui ont fait perdre à Paris un juteux contrat de sous-marins avec Canberra. D’autres dossiers sont venus envenimer les relations de ces deux capitales européennes comme celui des licences de pêche et de la migration.
Madame Colonna aura beaucoup à faire dans son nouveau poste, dans un moment difficile pour la France, l’Europe et le monde. Paris vit des défis stratégiques qui auront un impact sur son avenir aussi bien au Sahel, en Méditerranée, qu’en Europe de l’Est avec la guerre en Ukraine. Elle aura devant elle de grands défis à relever dans un monde nouveau qui peine à naitre. Elle doit savoir user de ses expériences passées pour replacer la France au niveau qui sied à son prestige, avec des partenaires solides pour aider à l’instauration d’un monde paisible et pacifique. Les défis qui pointent à l’horizon sont nombreux, mais les plus urgents demeurent le climat, le terrorisme et la migration.
Colonna, qui a travaillé à côté de Jacques Chirac et Dominique de Villepin, deux grands amis du royaume, a toujours montré une sympathie pour le Maroc. On se rappelle de son discours en novembre 2005, à l’occasion de la cérémonie officielle d’inauguration d’un mémorielle l’honneur de feu Mohammed V. Le roi a su, selon elle, durant cette période mener son combat pour le Maroc sans inimitié, sans rancœur, ni amertume contre la France.
Lors d’une autre visite au Maroc en décembre 2005, en tant que ministre déléguée aux affaires européennes, en compagnie de son homologue de l’époque, l’espagnol Alberto Navarro, elle a insisté sur une meilleure coopération entre le Maroc et l’Union-Européenne car les ambitions sont grandes, selon elle. Sur le dossier migration, elle a prôné une réelle synergie entre les pays d’origine, ceux de transit et les pays de destination, position qui était à l’époque innovante.
L’époque Le Drian est maintenant derrière. Trop lié aux industries d’armement, l’ancien ministre a certes été un des meilleur VRP, et a su dynamiser ce secteur malgré l’abandon du contrat des sous-marins avec l’Australie. Force est de constater que, venant du pays des droits de l’homme, la diplomatie n’est pas que ça. Elle a surtout comme autres principes, de réduire les tensions et non les attiser, de pacifier les rapports entre nations, et non les envenimer.
La nomination de Catherine Colonna, diplomate de carrière, connaissant les us et coutumes du Quay d’Orsay, comme des sensibilités de ses partenaires traditionnels, motivera la maison, et mettra certainement du baume à l’action extérieure de la France. Ce ne sont pas les défis qui manquent. C’est pour cela que bon nombre de pays amis de Paris, attendent les premières décisions de la ministre pour voir vers quelle direction elle compte larguer les amarres du navire Quay d’Orsay. On ne peut que lui souhaiter bon vent dans ce cas-là. Son premier voyage à l’extérieur de l’Europe, et la capitale qui sera choisie, seront bien scrutés par ses partenaires.
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