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Banques centrales : les inconvénients de la communication avancée

  BERLIN – La nomination de Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale américaine pour succéder à Ben Bernanke survient à l'un des moments les plus critiques de l'histoire récente de cette institution. L'annonce par la Fed en mai dernier qu'elle envisageait de réduire ses achats d'actifs à long terme a surpris nombre de banques centrales et déclenché des reventes à travers le monde. Pourtant les marchés n'ont pas accueilli très favorablement le début de redressement de l'économie américaine, car les investisseurs estimaient que le resserrement monétaire potentiel annoncé par la Fed était préférable au redressement économique lui-même.  

Le 23 octobre 2013 à 10h26

Par la suite, le mois dernier, lorsque la Fed a reporté l'arrêt de ses mesures de relâchement monétaire, les marchés sont devenus euphoriques. Et maintenant les investisseurs semblent davantage préoccupés par le regard que porte la Fed sur l'économie que par la situation économique réelle. Cela montre le risque que Yellen doit prendre en compte dans sa conduite de la politique monétaire américaine : le poids du point de vue de la Fed sur les marchés pourrait causer à long terme de sérieux préjudices à l'économie.

Le problème pour la Fed et les autres banques centrales ne tient pas à une certaine souplesse monétaire, mais à leur stratégie de communication. De grandes promesses ont donné un faux sentiment de sécurité aux acteurs du marché, les incitant à prendre des risques inappropriés. Ils se sont alors retrouvés en mauvaise posture pour faire face à des difficultés économiques. Tout cela constitue une menace pour la stabilité financière à long terme.

Le rôle d'une banque centrale consiste avant tout à gérer les attentes. Depuis quelques années, les autorités monétaires ont fait de la communication (sur leur manière de penser et sur les mesures qu'elles pourraient prendre) leur outil essentiel pour guider les marchés et ancrer leurs attentes. C'est tout spécialement vrai en ce qui concerne la «communication avancée» relative aux taux d'intérêt - et ce d'autant plus que la marge d'action des banques centrales se réduit.

Malheureusement, accorder trop d'importance à la communication présente des risques majeurs et s'accompagne d'un coût élevé. Les annonces des banques centrales ayant pris une telle importance pour les marchés financiers, les variations de prix en sont maintenant à traduire la réaction de ces derniers aux déclarations et à la politique des banques centrales, plutôt qu'aux réalités financières et économiques.

Ainsi, lorsque les responsables politiques promettent d'agir face à certains risques, invariablement les marchés minorent leurs conséquences. En mai dernier, Bernanke a lancé un avertissement sérieux concernant les prises de risque excessives sur les marchés financiers. Cela n'a pas empêché les investisseurs de pousser les indices boursiers à des sommets en dépit d'un redémarrage faible et incertain, tandis que l'indice de volatilité VIX qui traduit la perception des risques par les investisseurs chutait à un niveau plancher jamais atteint depuis le boom des années 2005 et 2006.

Deuxième inconvénient du rôle dominant de la communication des banques centrales sur les marchés financiers : les sources d'information privées sont occultées, ce qui prive les autorités monétaires elles-mêmes d'un point de vue indépendant, et précieux de ce fait, sur les tendances. Or elles en ont besoin pour prendre les bonnes décisions. Pire encore, les acteurs privés ne voient plus la nécessité de réunir, analyser ou diffuser leurs propres informations, comme elles le faisaient dans le passé.

Troisième inconvénient. Lorsque les banques centrales donnent des assurances trompeuses et orientent à l'excès dans une certaine direction, elles risquent de perdre leur principal atout : leur crédibilité. Que va faire la Fed par exemple en cas de fièvre inflationniste si le chômage reste élevé ? Son incapacité à ancrer les attentes minera sa crédibilité auprès des investisseurs et rendra d'autant plus difficile la réussite de sa double mission de maintien de la stabilité des prix et d'un taux d'emploi élevé.

Ces inconvénients liés à la communication avancée des banques centrales les laissent à la merci du hasard. Le récent échec de la Banque d'Angleterre à orienter les marchés dans la direction voulue pourrait être la conséquence de l'optimisme des investisseurs quant à l'économie britannique. Mais cela pourrait aussi signifier que l'orientation de la banque centrale britannique n'a pas porté ses fruits, ce qui menace sa crédibilité. La Banque centrale européenne est confrontée au même genre de risque.

Pour les banques centrales, il est moins important de planifier la sortie d'une politique accommodante que de mettre fin à leur stratégie de communication actuelle. Elles devraient commencer par mettre fin à leurs engagements trop explicites et ne plus tenter de pratiquer la micro-gestion des marchés financiers. Plus spécifiquement, elles devraient arrêter de faire de la communication avancée, notamment en ce qui concerne les annonces assorties d'informations quantitatives du moment où elles vont resserrer leur politique monétaire.

Plutôt que d'essayer de pousser les investisseurs dans une certaine direction et vers des objectifs quantifiés, Yellen et les autres responsables de banque centrale devraient communiquer plus clairement sur leur manière d'envisager les opportunités et les risques, que ce soit dans l'économie ou sur les marchés financiers. Ils pourraient alors laisser les investisseurs privés décider eux-mêmes de l'équilibre entre risque et retour sur investissement. Cela aiderait les marchés à être plus autosuffisants et les fortifierait, ce qui améliorerait la stabilité financière et favoriserait la reprise économique.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2013

Tags : ONCF
Par Rédaction Medias24
Le 23 octobre 2013 à 10h26

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