Affaire Abou Zaïd: oui, la société civile est bien dans son rôle
Les amazighs font figure d’accusés alors qu’ils n’ont fait que réagir en état de légitime défense après les propos de Mokrie Abou Zaïd au sujet « d’une ethnie connue pour son avarice ».
Après ses propos à connotation xénophobes à l’égard des populations du Souss, le député du parti Justice et Développement a dû présenter ses excuses aux personnes qui se sont senties outrées par ses dérapages verbaux.
Et c’est tout à son honneur. Il faut bien dire que, dos au mur, épinglé et très contesté par la société civile et dans les réseaux sociaux, très critiqué au sein même de sa formation politique, M. Abou Zayed n’avait plus le choix que d’annoncer publiquement son mea culpa.
Malheureusement, ce fâcheux acte est loin d’être isolé. En effet, l’on assiste depuis quelques années à une recrudescence des incidents de dénigrement de l’identité amazighe qui n’a d’égal que la stupidité de leurs auteurs.
Elle n’épargne aucun parti politique, du PJD au PAM en passant par le parti de l’Istiqlal.
Cette montée en puissance des discours de haine et de xénophobie, est concomitante au virage clairement populiste d’une bonne partie de la classe politique marocaine. On ne peut certes pas reprocher aux hommes politiques du PJD d’avoir ouvert la boîte de Pandore aux abus et aux haines, mais leur contribution à la banalisation des actes stigmatisant la composante amazighe de la société marocaine n’est plus à démontrer.
Il est frappant également de constater que la classe politique n’est ni politiquement ni psychologiquement prête à assumer la diversité linguistique et culturelle en tant que pilier de l’identité marocaine.
De ce point de vue, la constitution marocaine semble bien en avance par rapport à nos dirigeants politiques qui ont de plus en plus de mal à se départir de leurs idéologies hostiles à toute vision plurielle de l’identité marocaine.
Il est fort à parier que, le moment venu, la classe politique se montrerait incapable de définir une vision, un projet politique pour l’intégration et la réhabilitation de l’amazigh en tant que composante essentielle de l’identité marocaine.
Aussi est-il important de constater qu’après cette affaire, le PJD se positionne de plus en plus comme étant le parti le plus hostile aux revendications identitaires amazighes et le multiculturalisme du Maroc: son refus catégorique du tifinagh comme caractère d’écriture de la langue amazighe adopté par l’Ircam, son rejet de l’officialité de la langue amazighe lors des débats sur la réforme constitutionnelle de 2011 et les attaques répétées de ses leaders politiques lors des meetings précédents les élections législatives de 2012, etc.
Enfin, l’affaire Abou Zaïd en dit long sur l’extraordinaire dynamisme de la société civile dans notre pays. En effet, si ces provocations stupides testent la société, sa santé mentale, sa solidité éthique, sa vigilance, il est du devoir de la société civile d’y répondre, car la démocratie ne peut se montrer impuissante face à des périls qui la menacent intrinsèquement et qui menacent la cohésion nationale.
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