img_pub
Rubriques

15 milliards et un match à jouer (part 1)

Avec son nouveau cadre de partenariat 2026-2035, la Banque mondiale mise 15 milliards de dollars sur le Maroc. La question n'est plus ce que le partenaire apporte. Elle est de savoir si nous saurons faire pour notre économie ce que nous avons fait pour notre football : nous relever, itérer, et jouer collectif.

Le 21 juillet 2026 à 13h16

Le 9 juillet, à Boston, nous avons tous regardé la même image. La France, encore elle, refermait le parcours des Lions en quart de finale. Sur le moment, une déception. Quelques jours plus tard, avec un peu de recul, autre chose : la confirmation tranquille d'une trajectoire. Car il faut se souvenir d'où nous venons.

Quand un enfant apprend à marcher, il se lève, il trébuche, il tombe. Personne ne conclut qu'il ne marchera jamais. Il se relève, et il repart. En 2018, en Russie, notre football s'est levé et a trébuché : éliminé au premier tour, mais debout. En 2022, au Qatar, il a marché, et le monde entier l'a regardé marcher jusqu'en demi-finale.

En 2026, il a confirmé le pas : un nul face au Brésil, les Pays-Bas écartés, le Canada dominé, une place dans le top 8 mondial et le meilleur classement FIFA de notre histoire. Confirmer est moins spectaculaire qu'accomplir un exploit. C'est pourtant infiniment plus difficile. En 2030, à domicile, il courra.

Ce que notre football a réussi en huit ans, notre économie doit maintenant apprendre à le faire : transformer l'exploit en système.

Ce que le football nous a appris

Car cette trajectoire n'a rien d'un miracle. Derrière chaque étape, il y a une mécanique : une académie qui forme dans la durée, une fédération qui a tenu un cap au-delà des cycles et des sélectionneurs, une génération connectée à sa diaspora, un collectif qui a survécu aux individualités.

Le football marocain n'a pas seulement produit un résultat. Il a produit une continuité. Il est passé du statut d'exception à celui de norme, et c'est précisément ce passage-là, cette graduation, qui manque encore à tant de nos réussites économiques, comme évoqué dans les infrastructures invisibles qui rendent l'action publique durable.

Gardons cette image en tête, car l'actualité économique de ces derniers jours nous offre exactement le même rendez-vous, à une tout autre échelle.

Le partenaire a mis la table

Le 16 juillet, à Rabat, le Groupe de la Banque mondiale a présenté son nouveau Cadre de partenariat-pays avec le Maroc pour 2026-2035. Il faut le dire sans fausse pudeur : c'est un signal de confiance considérable. Environ 15 milliards de dollars d'interventions dans le secteur public sur dix ans.

Des engagements d'IFC en faveur du secteur privé appelés à dépasser ce montant. Les garanties de la MIGA en appui. Un objectif de 8 milliards de dollars de capitaux privés mobilisés d'ici 2035. Trois résultats visés : la compétitivité des entreprises, des territoires plus inclusifs et mieux connectés, le capital humain. Le tout aligné sur le Nouveau modèle de développement.

Et un détail, qui n'en est pas un, mérite qu'on s'y arrête. Ce cadre ne sera pas figé pendant dix ans. Il prévoit un exercice annuel de planification, le prochain dès février 2027, pour ajuster projets, instruments et cibles en fonction de l'avancement réel. Autrement dit, le partenaire a intégré dans sa propre architecture le droit de trébucher et l'obligation de se relever. Il a prévu d'apprendre en marchant.

On ne peut pas reprocher au partenaire de nous offrir la méthode. On peut seulement se demander si nous saurons l'habiter.

La question n'est pas ce qu'ils apportent. Elle est ce que nous en ferons. Une enveloppe indicative de 15 milliards, c'est un rythme théorique d'environ 1,5 milliard de dollars par an. Ce chiffre-là ne se décrète ni à Washington ni à Rabat. Il se réalise, ou ne se réalise pas, dans la capacité de nos administrations à instruire les dossiers, de nos régions à porter des projets bancables, de nos entreprises à absorber ce financement.

Et de nos opérateurs, dont nous sommes, à exécuter dans les délais. C'est l'économie de l'implémentation dans sa version la plus concrète : le vrai indicateur de la décennie ne sera pas le montant annoncé, mais le taux de transformation de l'annonce en réalisations.

Ceux d'entre nous qui accompagnent des programmes de développement le savent d'expérience : l'argent n'a jamais été notre contrainte première. Ce qui fait défaut, c'est la chaîne qui va de l'intention au décaissement, et du décaissement à l'impact. Chaque maillon existe quelque part. Rarement au même endroit, rarement au même moment. Et presque jamais en se parlant.

Jouons collectif

C'est ici que la métaphore du football cesse d'être une image pour devenir une méthode. Une sélection nationale ne gagne pas parce qu'elle aligne onze talents. Elle gagne parce qu'un schéma collectif fait jouer chacun à sa place, au bon moment. Notre économie dispose de ses onze : administrations, régions, banques, accélérateurs, universités, entreprises, diaspora. Ce qui lui manque, c'est la convergence. Trois chantiers, à notre portée, peuvent le dessiner.

D'abord, des coalitions d'exécution territoriales. Le cadre de partenariat parle de territoires inclusifs ; aucun territoire ne devient inclusif par circulaire. Autour de chaque région, une coalition resserrée : la région elle-même, le CRI, l'université, les banques, les opérateurs d'accompagnement. Avec un mandat simple : identifier, préparer et porter les projets capables d'absorber ces financements. Non pas une commission de plus, mais une équipe de terrain, avec un capitaine désigné et des résultats publiés.

Ensuite, assumer le rôle des acteurs intermédiaires. Entre une institution de Bretton Woods et une PME de Safi, la distance est immense. Elle ne se franchit pas par décret. Elle se franchit par des courroies : structures d'accompagnement, réseaux consulaires, organisations professionnelles, dont le métier est précisément de rendre finançable ce qui ne l'est pas encore, en commençant par le premier ticket qui conduit un projet du prototype à la preuve. C'est là le cœur de l'innovation inclusive : non pas inventer pour les territoires, mais outiller les territoires pour qu'ils inventent et absorbent par eux-mêmes.

Enfin, ouvrir les 8 milliards de capitaux privés à l'intelligence collective. Cette cible ne sera pas atteinte par les seuls investisseurs institutionnels. Elle a besoin de la diaspora comme co-investisseur de ses régions d’origine, et de l'épargne citoyenne que Safi a révélée : cette capacité marocaine à mobiliser la confiance du grand nombre dès lors qu'un mécanisme simple la relie à un besoin clair. Le financement collaboratif, les fonds de co-investissement territoriaux, les véhicules dédiés aux MRE ne sont pas des gadgets à la marge du cadre de partenariat. Ils en sont le prolongement naturel vers le citoyen.

Quinze milliards ne peuvent pas acheter la confiance d'un écosystème. Ils peuvent seulement la rémunérer si elle existe déjà.

La revue annuelle, notre rendez-vous

Reste un dernier déplacement du regard. La revue annuelle du cadre de partenariat peut être vécue comme un exercice technocratique entre l'institution et l'administration. Elle peut aussi devenir autre chose : le rendez-vous où le collectif rend des comptes au collectif.

Chaque février, poser publiquement les questions simples. Qu'avons-nous décaissé ? Qu'avons-nous réellement réalisé sur le terrain ? Et surtout, qu'avons-nous appris, et que corrigeons-nous pour l'année qui vient ? Non pour chercher des coupables, mais pour faire ce que fait tout collectif qui progresse : regarder le match, ajuster le schéma, rejouer. Une culture du compte-rendu assumée, sereine, régulière. Nous savons le faire pour une pelouse. Nous pouvons le faire pour une décennie.

2030 : l'enfant courra

En 2030, le Maroc accueillera le monde. L'enfant qui s'est levé en 2018, qui a marché en 2022 et confirmé en 2026 courra à domicile, devant son public. Personne ne doute plus de lui, parce qu'il a appris la seule chose qui compte : tomber n'est pas échouer, c'est apprendre, à condition de se relever ensemble.

Les financements accélèrent les économies qui savent exécuter ; ils ne compensent jamais celles qui ne savent pas apprendre.

La même année, le cadre de partenariat passera sa quatrième revue annuelle. On saura alors si l'économie marocaine a pris le pli de son football : itérer, graduer, jouer collectif. La Banque mondiale a fait sa part, IFC et la MIGA feront la leur. La balle est dans notre camp, et un camp, par définition, ne se joue qu'à plusieurs.

Reste une question que les 15 milliards ne régleront pas systématiquement : celle du capital immatériel, cette richesse invisible qui décide de tout le reste.

Nous y reviendrons.

Par
Le 21 juillet 2026 à 13h16

à lire aussi

Bank Al-Maghrib chiffre l’effet d’éviction du financement public sur le crédit au secteur privé
ECONOMIE

Article : Bank Al-Maghrib chiffre l’effet d’éviction du financement public sur le crédit au secteur privé

Bank Al-Maghrib estime qu’une hausse de l’encours des actifs publics détenus par les banques, équivalente à un point de PIB, est associée, à long terme, à une baisse de 0,79 point de PIB du crédit aux entreprises privées. Un chiffrage officiel du canal bancaire de l’effet d’éviction, alors que le privé peine encore à prendre le relais de l’investissement public.

800 drones lumineux pour retracer l’histoire du Chellah en septembre 2026
Quoi de neuf

Article : 800 drones lumineux pour retracer l’histoire du Chellah en septembre 2026

Le site archéologique du Chellah accueillera, du 4 au 8 septembre 2026, une série de spectacles de 800 drones lumineux dans le cadre du programme "Nostalgia, les émotions d’antan". Le projet, porté par le ministère de la Culture, est estimé à 5.320.080 dirhams.

Secteur bancaire : ce qu’il faut retenir du bilan 2025 présenté par Bank Al-Maghrib
Actus

Article : Secteur bancaire : ce qu’il faut retenir du bilan 2025 présenté par Bank Al-Maghrib

Le résultat net agrégé des banques a atteint 19,2 MMDH en 2025, porté par la progression des revenus récurrents et la baisse du coût du risque. Dans le même temps, les crédits ont augmenté de 6,5% et les dépôts de 7,6%, selon le bilan présenté par Bank Al-Maghrib.

Curtiss-Wright prévoit une usine de traitement de surface au Maroc
Quoi de neuf

Article : Curtiss-Wright prévoit une usine de traitement de surface au Maroc

Le groupe américain Curtiss-Wright prévoit d’implanter une nouvelle installation de traitement de surface au Maroc pour accompagner le développement de l’industrie aérospatiale. L’entreprise évalue actuellement plusieurs sites et vise une mise en service de cette future unité à la mi-2027.

Pour l’AEI, les marchés pétroliers résistent, pour l'instant
INTERNATIONAL

Article : Pour l’AEI, les marchés pétroliers résistent, pour l'instant

Malgré l'aggravation des tensions au Moyen-Orient et les menaces qui pèsent désormais sur les détroits d'Ormuz et de Bab el-Mandeb, les marchés pétroliers restent, pour l'heure, relativement résilients, estime l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Sahara : le Bénin réitère son soutien au plan d'autonomie et annonce une visite à Dakhla
DIPLOMATIE

Article : Sahara : le Bénin réitère son soutien au plan d'autonomie et annonce une visite à Dakhla

À l'occasion de la 7ᵉ Commission mixte de coopération maroco-béninoise, le Bénin a réitéré son soutien à la souveraineté du Maroc sur son Sahara et au plan d'autonomie, salué la résolution 2797 du Conseil de sécurité et annoncé de nouvelles initiatives visant à renforcer la coopération bilatérale.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité