Maroc-Banque mondiale : 15 milliards, mais pour quels emplois ?
Prévu jusqu’en 2035, le nouveau partenariat entre le Royaume et l'institution de Bretton Woods doit orienter les interventions de la BIRD, d’IFC et de la MIGA vers la compétitivité des entreprises, les territoires et le capital humain. Mais les financements restent indicatifs et leur impact difficile à isoler.
L'essentiel
- Le nouveau Cadre de partenariat-pays entre le Maroc et la Banque mondiale couvrira dix ans, jusqu’en 2035, avec l’emploi comme priorité centrale.
- L’enveloppe de 15 milliards de dollars reste indicative, avec un rythme annuel attendu d’environ 1,53 milliard de dollars.
- Le Groupe vise aussi la mobilisation de 8 milliards de dollars de capitaux privés d’ici 2035.
- La Banque mondiale reconnaît les difficultés de mesure de l’impact, tandis qu’IFC veut mieux orienter les financements vers les TPME.
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Les détails
Le Groupe de la Banque mondiale a présenté, jeudi 16 juillet à Rabat, les principales modalités de son nouveau Cadre de partenariat-pays avec le Maroc.
Conçu pour une durée de dix ans, ce cadre doit organiser les interventions de la Banque mondiale, d’IFC, chargée du secteur privé, et de la MIGA, spécialisée dans les garanties d’investissement.
La création d’emplois constitue son objectif transversal, autour de trois priorités : la productivité et la compétitivité des entreprises, le développement de territoires plus inclusifs et résilients, et le renforcement du capital humain.
Un cadre indicatif, révisé chaque année
L’enveloppe indicative de 15 milliards de dollars envisagée pour les financements de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) ne constitue pas un engagement définitif sur des montants ou des projets déjà arrêtés. Elle correspond à un rythme annuel attendu d’environ 1,53 milliard de dollars.
Les financements effectifs dépendront de la demande du gouvernement marocain, de la situation macroéconomique, de la performance des programmes et de leur niveau de préparation. La Banque mondiale maintiendra parallèlement une programmation glissante sur trois ans afin de donner davantage de visibilité aux opérations à venir.
En parallèle, le cadre fixe à l’ensemble du Groupe de la Banque mondiale un objectif de 8 milliards de dollars de capitaux privés mobilisés d’ici 2035.
La réalisation de cet objectif dépendra toutefois de l’avancement des réformes et des conditions de marché. Les interventions d’IFC et de la MIGA seront menées de manière sélective et conditionnées par les progrès réalisés dans les réformes, les cadres réglementaires et les conditions de marché.
Le Cadre de partenariat-pays fixe également plusieurs cibles à l’horizon 2035. Il prévoit de porter de 10,6 % à 15 % la part des entreprises introduisant de nouveaux produits ou services, de faire bénéficier 3,5 millions de personnes d’un meilleur accès aux infrastructures et services de transport durables, et de renforcer la résilience de 1,5 million de personnes face aux risques climatiques. Il entend également contribuer à ramener la part de la population en situation de pauvreté multidimensionnelle de 9 % en 2024 à 6,8 % en 2035.
Le Cadre de partenariat-pays ne sera pas figé pendant dix ans. Il fera l’objet d’un exercice annuel de planification. Le premier a débuté le 13 mars 2026 et le prochain est prévu en février 2027. Ces exercices permettront d’ajuster les projets, les instruments de financement et certaines cibles en fonction de l’avancement réel du programme.
Mesure de l’impact et financement des TPME
La place centrale accordée à l’emploi pose une première question : comment déterminer ce qui résultera réellement des interventions de la Banque mondiale et ce qui se serait produit même en l’absence du Cadre de partenariat-pays ?
Interrogé par Médias24, Ahmadou Moustapha Ndiaye, directeur de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte, explique que l’évaluation s’effectuera à la fois au niveau du cadre global et de chaque projet.
"Le Cadre de partenariat-pays dispose d’un cadre de résultats avec des objectifs quantitatifs, notamment en matière d’emploi et de mobilisation de capitaux privés. Chaque projet comporte aussi des objectifs et des indicateurs sectoriels qui sont suivis pendant sa mise en œuvre, puis évalués à son achèvement. Une entité indépendante du Groupe intervient également pour évaluer notre travail", indique-t-il.
Le responsable reconnaît toutefois que l’attribution des résultats est plus simple pour un investissement directement identifiable que pour une réforme économique ou institutionnelle.
"Il peut exister une difficulté d’attribution. Les emplois directement liés à un projet d’investissement sont plus faciles à mesurer. Lorsqu’on soutient une réforme, l’effet est plus difficile à isoler, même s’il existe des méthodes permettant de l’évaluer", poursuit-il.
La Banque mondiale ne limite cependant pas son appréciation aux seuls résultats qui pourraient lui être entièrement attribués.
"Ce qui importe, ce sont les objectifs du pays. Si le Maroc parvient, par exemple, à augmenter fortement la participation des femmes au marché du travail, nous considérerons cela comme un résultat positif, même si cette évolution ne vient pas uniquement de l’accompagnement de la Banque mondiale", ajoute Ahmadou Moustapha Ndiaye.
Par ailleurs, la canalisation des financements vers les très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) constitue un enjeu central. Dans un contexte où une large part du crédit continue de bénéficier aux plus grandes entreprises, la question est de savoir comment les ressources mobilisées dans le cadre du nouveau partenariat pourront être davantage orientées vers les entreprises présentant un potentiel élevé de productivité, d’investissement et de création d’emplois.
Interpellé sur ce point, David Tinel, manager régional d’IFC pour le Maghreb, reconnaît que la répartition actuelle des financements n’est pas toujours alignée sur la productivité des entreprises.
"Le capital a tendance à aller vers les entreprises les plus grandes, qui ne sont pas nécessairement les plus productives. Notre volonté est de soutenir davantage les PME, notamment celles dirigées ou détenues par des femmes et des jeunes", explique-t-il.
"Nous sommes assez mal équipés pour financer directement les petites entreprises. L’opportunité consiste donc à travailler avec des partenaires qui savent les atteindre et auxquels nous pouvons apporter de la valeur, de l’expertise et du partage de risque", poursuit David Tinel.
Le partenariat conclu avec Tamwilcom illustre cette approche. L’IFC prévoit de mettre en place un mécanisme de partage des risques pouvant atteindre 2,74 MMDH, soit environ 300 millions de dollars, couvrant un portefeuille de garanties émises par Tamwilcom en faveur des PME marocaines.
"Tamwilcom dispose des outils et de la connaissance du marché nécessaires pour offrir des garanties aux PME. Nous évaluons la rigueur de ses processus et, lorsque nous sommes à l’aise avec leur qualité, nous acceptons de partager une partie du risque. Nous ne refaisons pas l’analyse de chaque entreprise", précise notre interlocuteur.
Au-delà du partage des risques, l’IFC accompagnera Tamwilcom dans le renforcement de son modèle opérationnel et de ses procédures. David Tinel souligne également que l’accès au financement doit être complété par un renforcement des capacités des PME, afin que les ressources obtenues servent effectivement à financer des investissements productifs.
"Pour une petite entreprise qui compte un ou deux employés, les questions de fiscalité, de gestion, d’emploi ou de gouvernance peuvent être extrêmement complexes. Il faut d’abord renforcer ses capacités afin que le financement obtenu se transforme réellement en investissement productif, en croissance et en emplois", conclut-il.
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